A contre-courant, des loisirs à l'industrie
Villeneuve-Saint-Georges, Vigneux-sur-Seine, Draveil, Juvisy


De Villeneuve-Saint-Georges à Draveil, remontez la rive droite de la Seine et le fil de l’histoire. Découvrez les métamorphoses d’un paysage, aujourd’hui réinventé à l’aune des défis du changement climatique. Infrastructures, lotissements et grands ensembles ont profondément transformé la rive droite de la Seine : un concentré d’un siècle d’urbanisation francilienne. Modelé par l’exploitation de ses ressources, le paysage est devenu un espace de loisirs, en constante évolution.
▶️ Découvrez des capsules audio avec des témoignages sur plusieurs étapes de ce parcours !

Parcours réalisé en partenariat avec les CAUE d'Île-de-France et avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, dans le cadre d'Archipel Francilien.
Aperçu du parcours
La confluence de la Seine et de l'Yerres, un territoire face au risque d'inondation
2025 ©Martin Argyroglo
Un lieu de villégiature prisé
Les vallées ont toujours favorisé l’installation humaine et le développement des villes en facilitant la création d’infrastructures et d’industries le long des cours d’eau. Située à la confluence de la Seine et de l’Yerres, Villeneuve-Saint-Georges ne déroge pas. Habitée depuis la préhistoire, elle fut un lieu de villégiature apprécié dès l’époque gallo-romaine. Le riche patrimoine de son centre-ville en témoigne, il est aujourd’hui protégé comme Site Patrimonial Remarquable (SPR).
Non daté ©Archives départementales du Val-de-Marne
De la cité viticole à la ville ouvrière
Le paysage de Villeneuve-Saint-Georges s’est profondément transformé au cours des XIXᵉ et XXᵉ siècles : la campagne viticole paisible et les châteaux ont laissé place aux usines et aux carrières à proximité du fleuve, de la voie ferrée et de la Route Nationale 6. Villeneuve-Saint-Georges devient alors une importante ville cheminote et ouvrière, théâtre en juillet 1908, d’une grève qui fera date dans l’histoire du syndicalisme européen et réunira les ouvriers des sablières de Villeneuve, Vigneux et Draveil.
1908 ©Archives départementales de l’Essonne
Un territoire vulnérable
A force de s’urbaniser, le territoire en a oublié ses rivières et leurs dangers. La zone était pourtant déjà redoutée pour ses crues dès le Moyen-Age ! En 1910, le quartier Belleplace-Blandin, enclavé entre la Seine, l’Yerres, la voie ferrée et la RN6 connaît une montée des eaux mémorables, atteignant plus de 3 mètres d’eau des berges jusqu’au talus ferroviaire.
1910 © Geneanet
Faire face au risque
Depuis, les crues de plus en plus fréquentes, causent d’importants dégâts et représentent un risque majeur pour les habitants, parfois en situation de précarité. Ainsi, depuis 2012, les pouvoirs publics ont engagé un ambitieux programme de renaturation des berges de l’Yerres. Il redonne à la rivière une zone d’expansion d’environ 12 ha et restaure les milieux naturels très dégradés. A terme, le projet permettra aussi de clôturer un vaste itinéraire de promenade et de découverte des espaces naturels de la vallée de l’Yerres de Varennes-Jarcy à Villeneuve-Saint-Georges.
On se donne rendez-vous dans 10 ans pour une belle promenade le long de l’Yerres ?
2025 ©Martin Argyroglo
La confluence de la Seine et de l'Yerres, un territoire face au risque d'inondation
2025 ©Martin Argyroglo
Un lieu de villégiature prisé
Les vallées ont toujours favorisé l’installation humaine et le développement des villes en facilitant la création d’infrastructures et d’industries le long des cours d’eau. Située à la confluence de la Seine et de l’Yerres, Villeneuve-Saint-Georges ne déroge pas. Habitée depuis la préhistoire, elle fut un lieu de villégiature apprécié dès l’époque gallo-romaine. Le riche patrimoine de son centre-ville en témoigne, il est aujourd’hui protégé comme Site Patrimonial Remarquable (SPR).
Non daté ©Archives départementales du Val-de-Marne
De la cité viticole à la ville ouvrière
Le paysage de Villeneuve-Saint-Georges s’est profondément transformé au cours des XIXᵉ et XXᵉ siècles : la campagne viticole paisible et les châteaux ont laissé place aux usines et aux carrières à proximité du fleuve, de la voie ferrée et de la Route Nationale 6. Villeneuve-Saint-Georges devient alors une importante ville cheminote et ouvrière, théâtre en juillet 1908, d’une grève qui fera date dans l’histoire du syndicalisme européen et réunira les ouvriers des sablières de Villeneuve, Vigneux et Draveil.
1908 ©Archives départementales de l’Essonne
Un territoire vulnérable
A force de s’urbaniser, le territoire en a oublié ses rivières et leurs dangers. La zone était pourtant déjà redoutée pour ses crues dès le Moyen-Age ! En 1910, le quartier Belleplace-Blandin, enclavé entre la Seine, l’Yerres, la voie ferrée et la RN6 connaît une montée des eaux mémorables, atteignant plus de 3 mètres d’eau des berges jusqu’au talus ferroviaire.
1910 © Geneanet
Faire face au risque
Depuis, les crues de plus en plus fréquentes, causent d’importants dégâts et représentent un risque majeur pour les habitants, parfois en situation de précarité. Ainsi, depuis 2012, les pouvoirs publics ont engagé un ambitieux programme de renaturation des berges de l’Yerres. Il redonne à la rivière une zone d’expansion d’environ 12 ha et restaure les milieux naturels très dégradés. A terme, le projet permettra aussi de clôturer un vaste itinéraire de promenade et de découverte des espaces naturels de la vallée de l’Yerres de Varennes-Jarcy à Villeneuve-Saint-Georges.
On se donne rendez-vous dans 10 ans pour une belle promenade le long de l’Yerres ?
2025 ©Martin Argyroglo
Le Delta Club de Vigneux-sur-Seine, une architecture en kit pour le loisir
2025 © Martin Argyroglo
Quel est donc ce drôle de bâtiment posé à la limite entre la zone d’activité et le lac Montalbot ? Le Delta Club est un Mille-Club, il s’intègre dans la politique nationale des Trente Glorieuses qui visait à doter le territoire français d’équipements de loisirs, c’est l’ère des Piscines Tournesol ou Caneton, mais aussi des « Mille Clubs de jeunes ».
Le ministère lance un concours…
1981 ©Delta Club de Vigneux-sur-Seine
En 1966, le ministère de la Jeunesse et des Sports organise un concours de conception-construction pour un prototype d’équipements socioéducatifs préfabriqué pouvant être assemblé par une main-d’œuvre non qualifiée. Le concours est d’abord à destination de sociétés de construction. Elles s’associeront ensuite avec des équipes d’architectes, suite à des réclamations de la profession rappelant l’importance de la qualité architecturale pour les projets éducatifs.
5 modèles, 2346 clubs de jeunes
Construction du Delta Club @Delta Club de Vigneux-sur-Seine
Deux premiers modèles de clubs sont produits en série à partir de 1968. Face au succès de l’opération, en 1972, un deuxième concours retient 3 nouveaux modèles de clubs parmi lesquels le Tridim 120, de l’entreprise BSM conçu par les architectes Godderis et Deleu. C’est ce modèle qui sera livré à l’association Delta Club et monté en 1981 près du lac Montalbot. Il est reconnaissable à sa structure métallique à l’extérieur du bâtiment.
Et ailleurs en Essonne ?
©Delta club de Vigneux-sur-Seine
En Essonne vous pouvez retrouver des cousins du Delta Club à Marcoussis, c’est aujourd’hui un local d’arts plastiques, à Marolles-en-Hurepoix, la salle Mille-Club ou encore à Ballancourt-sur-Essonne où le Mille-Club continue d’accueillir des événements pour les jeunes de la commune. Les Mille-Clubs font aujourd’hui partie du patrimoine du XXᵉ siècle. Dans certaines régions, ils bénéficient même de la protection Label Architecture Contemporaine Remarquable.
Autoconstruction et projet éducatifs
1981 © Delta Club de Vigneux-sur-Seine
Au delà de leur préfabrication, ce qui caractérise les Mille Clubs, c’est le projet éducatif qui accompagne leur construction. Livrés par l’État aux communes ou à des associations de structure jeunesse, ils sont ensuite assemblés par les jeunes eux-mêmes sans supervision de professionnels. Cette autoconstruction vise à favoriser un sentiment de communauté et d’appropriation.
© Delta Club de Vigneux-sur-Seine
A Vigneux-sur-Seine, le Delta nécessitera 3500 heures de travail bénévole !
Les étapes du chantier à Vigneux
© Delta Club de Vigneux-sur-Seine
Une dalle béton de 20 m par 20 m est coulée grâce à la mise à disposition d’une bétonnière par une entreprise de maçonnerie locale. Les adhérents du Delta Club procèdent ensuite à l’assemblage puis au levage de la charpente tridimensionnelle. Assemblée au sol, elle est ensuite hissée sur des poteaux à l’aide de quatre palans. Ce n’est pas terminé ! il faut ensuite poser les cloisons, réaliser la plomberie, l’électricité, et les finitions. Le chantier permet une forte cohésion de groupe, certains jeunes employés dans la construction forment des étudiants peu habitués aux travaux manuels.
Un programme à moduler
© Delta Club de Vigneux-sur-Seine
La commande initiale du ministère de la Jeunesse et des Sports était de fournir aux structures jeunesse un local de 150 à 200 m². Jugé trop petit par l’association Delta Club au vu des activités de la structure, celle-ci coule une dalle béton de 400 m² et conçoit deux extensions dès le début du chantier sur les façades nord et ouest. Réalisé à partir de matériaux de récupération et grâce à l’aide d’entreprises locales de maçonnerie et démolition, le bâtiment du Delta Club illustre l’art du DIY (do it yourself), du bricolage.
Un entretien de tous les jours
© Delta Club de Vigneux-sur-Seine
Depuis 45 ans, le bâtiment a du s’adapter aux changements de pratiques, et à son vieillissement. Des travaux d’entretiens sont régulièrement menés par les bénévoles de l’association. C’est donc un patrimoine bien vivant que vous observez !
Le Lac Montalbot, une carrière devenue espace naturel sensible
2025 ©Martin Argyroglo
Le sable, héritage géologique millénaire
Il y a 150 ans, le lac Montalbot n’existait pas. Il est né de l’exploitation du sable de la vallée de la Seine. Ce sable provient de l’histoire géologique du Bassin parisien, une cuvette sédimentaire formée il y a 200 millions d’années par les allers-retours de la mer. La Seine y a creusé son lit, érodant les couches et charriant les matériaux, d’où l’abondance de sable dans la plaine alluviale de Villeneuve-Saint-Georges jusqu’à Draveil.
1908 ©Archives départementales de l'Essonne
Le sable, une ressource pour la construction
Au début XIXᵉ, les gisements de sable de la vallée de la Seine commencent à intéresser les entrepreneurs. L’activité est d’abord artisanale, on prélève ça et là de quoi fournir les chantiers. Mais dès 1860, l’activité s’intensifie sous l’impulsion des grands travaux haussmanniens et l’aide des machines à vapeur. À Vigneux-sur-Seine, c’est la célèbre entreprise Piketty Frères, devenue ensuite Compagnie des sablières de la Seine, qui officie.
1908 @Archives départementales de l'Essonne
Un paysage façonné par l’extraction
La première sablière est ouverte à Vigneux en 1869, en limite de Draveil. L’exploitation s’étend rapidement, atteignant 60 ha en 1908, année des grandes grèves ouvrières. Ces premières carrières, épuisées vers 1925, sont peu à peu remblayées, et l’extraction se poursuit un peu plus au nord de Vigneux au Champtier-Montalbot, au Chemin Vert et à la Croix-Blanche (de 1940 à 1950).
1908 @Archives communales de Vigneux-sur-Seine
La transformation de l’ancienne fosse
La fosse Montalbot, épuisée depuis 1960, s’est remplie d’eau. Difficile d’imaginer qu’en ce lieu paisible, des centaines d’ouvriers ont trimé ! Renommée lac Montalbot, la fosse fait l’objet depuis 2022 d’un projet de restauration écologique et d’accueil du public. Avec plus de 44 hectares, c’est aujourd’hui l'un des plus grands plans d’eau de la région parisienne, propice à la pratique des sports nautiques.
2025 ©Martin Argyroglo
Lac de Chateau Frayé, un lotissement autour de l'ancienne pièce d'eau d'un château
2025 ©Martin Argyroglo
Un ancien domaine seigneurial et bourgeois
Avant la Révolution française, Vigneux-sur-Seine apparaît comme une campagne paisible, ponctuée de châteaux et de fermes isolées. Entièrement dédiées à l’agriculture, les terres sont réparties entre six grandes exploitations : la grande et la petite ferme de Noisy, les terres du château de Vigneux, le domaine rural de Rouvres, la ferme du château des Bergeries de Sénart, ainsi que celles du château Frayé (qui porte à cette époque le nom de château Fraguier).
1907 ©Archives départementales de l'Essonne
Le début des lotissements
Début XXᵉ, le paysage de Vigneux-sur-Seine reste marqué par la présence de fermes et de châteaux. Toutefois, le territoire communal n’est plus entièrement tourné vers l’agriculture : de vastes sablières s’y sont installées et des quartiers résidentiels commencent à se développer. C’est à cette époque qu’une importante partie des terres du domaine de château Frayé est vendue par son propriétaire à une société immobilière pour être lotie (puis, trente ans plus tard, les terres restantes, par ses héritiers). Un quartier résidentiel s’y développera progressivement, principalement avec des maisons de villégiature. Il prendra le nom de « quartier du lac » du nom de la pièce d’eau qui a été conservée.
1910 ©Archives départementales de l’Essonne
La pièce d’eau
La pièce d’eau remonterait aux années 1760-1780. Longue d’environ 400 mètres, elle se compose d’un canal rectiligne prolongé par un bassin circulaire formant le lac, au centre duquel se trouve une île. Elle est alimentée par des conduites souterraines venant du plateau de Sénart, ainsi que par une source située à l’origine du canal. L’île, arborée et ornée d’une grotte, se situe à la transition entre le canal et le lac.
1926 ©Archives départementales de l'Essonne
Un lieu de loisirs
De nombreuses cartes postales anciennes témoignent de l’usage récréatif qui était fait de ce lieu : pêche, baignade, canotage… On y récoltait aussi de la glace en hiver, stockée dans des glacières souterraines. Menacée de remblaiement en 1954, elle sera rachetée par la ville en 1976. Depuis, des travaux d’assainissement ont été réalisés par l’association des riverains, avec l’appui de la municipalité. Aujourd’hui, la pièce d’eau et son île offrent un refuge à de nombreuses espèces d’oiseaux.
1976 @Archives communales de Vigneux-sur-Seine
Les vestiges du château
Le château se trouvait au bout de la pièce d'eau. Si vous ouvrez l’oeil, vous repérerez ses anciennes ailes transformées en pavillons, aux numéros 10-12 et 11-13 de la rue de Bellevue !
2025 © Martin Argyroglo
Grand Ensemble des Briques Rouges, sur les remblais une architecture contemporaine remarquable
2025 © Martin Argyroglo
Sur les remblais
1943-1945 ©Archives départementales de l’Essonne
Vigneux-sur-Seine s’est développée par vagues successives : d’abord les lotissements, puis les grands ensembles dès 1960. La Croix-Blanche et les Briques Rouges sont alors édifiés près de la Seine, sur une ancienne sablière, comblée avec les déblais du métro parisien : ils reposent en quelque sorte sur le sous-sol de Paris !
Le grand ensemble de la Croix-Blanche
La Croix Blanche en 1965 @Archives communales de Vigneux-sur-Seine
Ce vaste ensemble résidentiel de 3 000 logements, conçu par les architectes Lopez et Tourry, et édifié entre 1963 et 1967 comprenait sept tours monumentales : repères du paysage local, elles s’imposaient dans le panorama de la vallée de la Seine. L’ensemble composait un nouveau centre pour la commune, avec des équipements sociaux, administratifs, culturels et commerciaux le long d’un nouvel axe paysager reliant les quartiers pavillonnaires à la gare.
Le projet de renouvellement urbain
2025 © Martin Argyroglo
Au début des années 2000, de nombreux dysfonctionnements dans le quartier de la Croix-Blanche ont conduit à l’adoption d’un projet de renouvellement urbain par les pouvoirs publics. Dans ce cadre, six des tours ont été démolies pour être remplacées notamment par des bâtiments de logements collectifs plus petits. La dernière tour fait actuellement l’objet d’un projet de réhabilitation important.
Le grand ensemble des Briques Rouges
Extrait de permis de construire, 1960 ©Archives communales de Vigneux-sur-Seine
Derrière la Croix-Blanche, se trouve un deuxième grand ensemble construit à la même époque (1962-64), mais néanmoins plus discret : les Briques Rouges. D’échelle intermédiaire, ses immeubles de 4 étages, autour d’une « barre » de 9 étages, tranchaient avec les 7 tours de 23 étages du grand ensemble voisin ! L’ambition était de proposer à la population grandissante de la périphérie parisienne des logements à la fois confortables, économiques, rapides à construire, faciles à aménager.
Un ensemble labellisé Architecture Contemporaine Remarquable
Extrait de permis de construire, 1960 ©Archives communales de Vigneux-sur-Seine
Les Briques Rouges, conçus par l’architecte Paul Chemetov (au sein de l’Atelier d’Urbanisme et d’Architecture, AUA), sont labellisés « Architecture Contemporaine Remarquable » depuis 2008. Cet habitat collectif mêle des matériaux typiques du pavillonnaire (pignons en meulière, façades en brique, toitures en tuiles plates) avec une ossature en béton armé. Cette approche semi-artisanale, économique, fait écho aux constructions des Castors, aussi présents à Vigneux-sur-Seine.
2006 © Région Ile-de-France, Philippe Ayrault
La piscine Caneton, une piscine clés en mains
2008 © Région Ile de France, Philippe Ayrault
Au 47 avenue de la Concorde, la discrète piscine cache sous une réhabilitation des années 2010, un modèle de piscine Caneton. Moins célèbre que sa cousine la piscine Tournesol, le modèle Caneton est aussi issu du plan « mille piscines », lancé en 1971. Comme les Mille Clubs, il s’intègre dans la politique nationale des Trente Glorieuses qui visait à doter le territoire français d’équipements de loisirs.
Un concours, cinq modèles
2008 © Région Ile de France, Philippe Ayrault
L’opération Mille Piscines, portée par le Ministère de la Jeunesse et des Sports, avait pour objectif d’équiper le territoire en piscines, à la suite d’une série de noyades dans les années 1960 et des mauvais résultats des nageurs français aux Jeux Olympiques de 1968. À une époque marquée par l’innovation architecturale et la préfabrication, un concours est lancé, aboutissant à la sélection de cinq modèles de piscines : Caneton, Iris, Plein Ciel, Plein Soleil et Tournesol.
Un partenariat original
vers 1974 ©Région Ile-de-France
L’idée était de proposer un projet clé en main aux communes grâce à l’industrialisation et la production en série. La méthode était originale. L’État dirigeait les travaux et livrait la piscine prête à l’usage, tandis que la commune fournissait le terrain, aménageait les alentours et contribuait financièrement au fond de concours.
Le modèle Caneton
vers 1974 ©Région Ile-de-France
La piscine Caneton conçue par les architectes Alain Chavrier, Jean-Paul Aigrot et Franc Charas est décliné à 196 exemplaires. Celle de Vigneux-sur-Seine sera construite en 1974. Une autre Caneton sera mise en service en 1977 à Draveil (rue Ferdinand Buisson).
Le modèle Caneton se compose de deux bâtiments reliés par une galerie. Le premier, celui visible depuis l’avenue de la Concorde, abrite les vestiaires, entrée et toutes les fonctions annexes de la piscine. La galerie, où se situe le pédiluve, permet de rejoindre le bassin de 25m. Le choix de la préfabrication devait permettre une construction rapide. La structure est composée d’une ossature bois en lamellé collé. Des panneaux sandwich viennent terminer la coque.
Comme sur les modèles Tournesol, les piscines Caneton s’ouvraient sur l’extérieur, à savoir que la toiture d’origine était composée de 5 panneaux translucides ouvrants de 40m² chacun.
Ils ont été supprimé lors de la réhabilitation.
Port Premier, d'une fouille à un port de plaisance
2025 © Martin Argyroglo
Les péniches
Nous pénétrons maintenant dans la base de loisirs du Port aux Cerises. Depuis la passerelle métallique qui franchit la première darse, admirez les péniches : on peut en compter jusqu’à 95 ! Ce petit port de plaisance privé a été aménagé en 1990 et dispose d’un accès direct à la Seine par convention avec les Voies Navigables de France.
2025 © Martin Argyroglo
Les anciennes fouilles
Derrière ce lieu idyllique, se cachent encore d’anciennes fouilles ! C’est d’ailleurs ici que se trouvaient les premières carrières ouvertes par les frères Piketty (dès 1869) qui poursuivront ensuite l’extraction sur les terrains de la Pierre à Mousseau aux environs de 1890. A la cessation de leur activité, il était prévu par contrat que certaines parcelles restent en eaux : c’est le cas de Port Premier et de l’étang de Brême voisin.
1899 © Région Ile-de-France
Les ateliers des Sablières de la Seine
Autour de l’étang de Brême et de Port Premier, étaient implantés plusieurs sites liés aux industries Piketty. On retrouvait à l’emplacement de l’actuelle entrée dans la base de loisirs, rue Henri Rossignol, la maison familiale Piketty et plus à l’est, l’actuelle friche au bout de la rue Antoine Augustin Parmentier était occupée par l’usine de construction navale de la Compagnie des Sablières de la Seine. Ces deux bâtiments inscrits à l’inventaire du patrimoine de la Région Ile-de-France, ont été démolis au cours des années 2010, face, peut-être à la pression immobilière du secteur et à la requalification des abords du Port aux Cerises.
Usine de construction navale des Sablières de la Seine en 2007 @Région Ile-de-France, Stéphane Asseline
La Pierre à Mousseau, du menhir aux totems de la modernité
2025 © Martin Argyroglo
Le menhir
non daté © Archives départementales de l’Essonne
À la Pierre-à-Mousseau, vous serez peut-être pris d’un vertige, car ici se sédimentent des siècles d’histoires. Ce menhir de 4 tonnes, datant du Néolithique, témoigne de l’occupation très ancienne de la vallée de la Seine. Composé de grès stampien, il a été importé, sans doute depuis la forêt de Sénart, à 5 km, où se situe le gisement le plus proche. Classé monument historique en 1887, il est déplacé en 1911 pour permettre l’exploitation du sable, puis replacé à la fermeture de la carrière.
Un ancien parc seigneurial
non daté © Archives départementales de l’Essonne
Avant l’exploitation du sable, le menhir se dressait dans le parc du château des Mousseaux, l’un des nombreux domaines de Draveil. Occupé jusqu’en 1960, le château fut démoli lors de la création de la base de loisirs (il était alors en ruine). Le menhir, lui, a retrouvé son aspect d’origine en 2000 (sans maçonnerie) et trône désormais au cœur du Port aux Cerises.
1974 © Région Ile-de-France
Place aux loisirs
À deux pas, d’autres géants se dressent : les pentagliss de la piscine. L’industrie a laissé place aux loisirs. La fameuse piscine à vagues de la base de loisirs a été ouverte en 1993.
2025 © Martin Argyroglo
L'île de loisirs de Port aux Cerises, des sablières aux châteaux de sable
2025 © Martin Argyroglo
Le port marchand
Non daté © Archives départementales de l’Essonne
Le site de l’Île de loisirs du Port aux Cerises a connu bien des vies avant de recevoir le Grand Prix du Paysage en 2009 ! Au XVIIIᵉ, il y avait là un port marchand actif, expédiant vers Paris des cerises (du hameau de Mainville) et des asperges (de la plaine des Sables au Nord-Ouest du territoire communal). Imaginez vous, deux cent tonnes de fruits fraichement cueillis quittant le port pour alimenter les marchés parisiens !
Le temps des sablières
Non daté ©Archives Départementales, cote 2FI63-5
Début du XXᵉ siècle, les terres agricoles en bord de Seine, propriété du château de Draveil, sont vendues et exploitées comme carrières de sable pour la capitale par un consortium regroupant la Compagnie des Sablières de la Seine, la société Morillon-Corvol et la Société d’Extraction et de Transport des Matériaux.
À partir des années 1930, les sablières sont épuisées, le terrain devient une friche industrielle. Des activités plus ou moins autorisées s'y développent : baignade, pêche, canotage, joutes nautiques, mais aussi décharges et squats.
La création de la base de loisirs
Entre 1964 et 1985 © Archives départementales de l’Essonne
À partir de 1960, l'Agence foncière et technique de la région parisienne achète des réserves foncières en prévision d'aménagement concertés : des logements collectifs et l'équipement de 24 bases de loisirs. Ces dernières répondent à une politique étatique d'aménagement du territoire, visant à améliorer la qualité de vie en région parisienne en offrant des espaces de détente et de nature pour ses habitants. Le site de Draveil-Vigneux est identifié pour accueillir l'une de ces bases, la proximité avec Paris en fait un lieu de destination privilégié, on attend près de 850 000 visiteurs les week-end.
En 1969, la superficie de la base de loisirs envisagée est de 64ha, le site s'étendra au fur et à mesure pour atteindre aujourd'hui 160ha. En 1976, un syndicat mixte d'étude, d'aménagement et de gestion est constitué par la Région, le Département de l'Essonne et les communes de Draveil, Vigneux-sur-Seine et Juvisy-sur-Orge pour prendre en charge l'aménagement du site qui ouvre au public en 1980. L’inauguration de la base de loisirs a lieu en 1981.
Le projet paysager
2025 © Martin Argyroglo
Sous la direction des paysagistes Vexlard et Vacherot (Latitude Nord), les 160 hectares (dont 32 de plans d’eau) seront progressivement réaménagés en prairies libres d’usage, boisements, zones de baignades et de jeux. La faible qualité des sols, largement constitués de remblais, nécessitent une importante opération de plantation pour créer des boisements diversifiés. L'intervention paysagère se fait donc en plusieurs étapes, démarrant d'abord autour des deux principaux sites de fouilles, Mousseaux et Lavessière. D’une terre épuisée, renaît progressivement un paysage vivant.
2005 ©Jean-Pierre Dupuy
La cité coopérative Paris-Jardin, première cité-jardin française
2025 © Martin Argyroglo
La première cité-jardin française
À la lisière de la base de loisirs, se niche un joyau architectural et paysager : le lotissement Paris-Jardins. Première cité-jardin construite en France, ce quartier s’inspire du modèle anglais des garden cities imaginé par Ebenezer Howard, dont il revendique fièrement l’héritage. Ce quartier mérite de s’y attarder en parcourant les allées à la découverte de l’esprit pionnier de ses débuts, encore vivant aujourd’hui.
1911 ©Archives départementales de l'Essonne
Du domaine seigneurial au lotissement coopératif
L’aventure commence en 1911, lorsque des employés et ouvriers parisiens réunis sur l’idée fondamentale de la coopération font l’acquisition du château de Draveil (XVIIIᵉ) et d’une partie de son parc, propriété de la famille Laveissière (vous aurez noté que ce nom est aussi celui d’un étang de la base de loisirs). L’objectif des coopérateurs était de constituer une communauté solidaire et de concevoir un lotissement en harmonie avec la nature.
1930 ©Archives départementales de l'Essonne
Le projet architectural et paysager
En octobre 1911, Coppin, sociétaire, géomètre arpenteur, dresse un plan du domaine qui vient d’être acquis. Puis, la direction des opérations est confiée à l’architecte Jean Walter : le plan qu’il dresse correspond au plan actuel de la cité. Il comprend 320 lots à bâtir (avec des règles précises), tout en préservant les allées et les éléments pittoresques du domaine de 43 hectares. Le château, l’orangerie, la ferme et le potager deviennent patrimoine commun.
2025 © Martin Argyroglo
Une utopie réalisée
L’ensemble a conservé une grande cohérence paysagère et architecturale. Il constitue un témoin des utopies sociales qui ont marqué l’histoire du logement populaire. Depuis 1997, Paris-Jardins est protégé comme Site Patrimonial Remarquable.
2025 ©Martin Argyroglo
La Société Nautique de la Haute Seine, la seine et ses usagers
2025 © Martin Argyroglo
Au terme de notre balade, nous revoilà en bord de Seine pour y découvrir des usages nautiques et de loisirs. La Société Nautique de la Haute Seine est un club d’aviron implanté sur la rive droite du fleuve depuis plus d’un siècle. Administrativement, la SNHS nait en 1912, mais on retrouve des traces d’activités de canotage dès le XIXᵉ siècle. Haut lieu de la pratique sportive, le site a même accueilli les championnats de France d’aviron de 1895 !
Construction d’un club d’aviron
Au début du XXᵉ siècle, la pratique du canotage puis de l’aviron se structure, et marque la naissance de sociétés d’aviron. A Draveil, le Cercle des Sports, présidé par un certain M.Piketty (celui des fameuses carrières que nous avons évoquées à Vigneux-Sur-Seine) fait l’acquisition d’un terrain en bord de Seine pour la construction d’un hangar à bateaux. Inauguré en 1907, le petit Hangar, aujourd’hui appelé club-house, est conçu par l’architecte Emile Bénard.
1907 © Archives SNHS
Les sports nautiques, un lien fort avec l’industrie
Les premiers sociétaires du club sont souvent des industriels du secteur. Outre Piketty, il est possible de retrouver les Dammann, Fayaud (industriel à Viry-Châtillon), Deutsch. Séduits par la technicité du sport, ces ingénieurs participeront à développer quelques innovations techniques tant pour les activités nautiques que pour l’aviation, alors très présente sur le territoire de Viry. On raconte que des coques de bateaux d’aviron auraient été utilisées pour réaliser des flotteurs d’hydravions sur la Seine !
1925 © Région Ile-de-France
Un patrimoine nautique
En 1922, pour faire face à l’augmentation de la flotte de bateaux, le grand hangar est construit. Fonctionnel, l’édifice est érigé en seulement 6 mois grâce à la participation des sociétaires du club. Le bâtiment est composé d’une charpente bois auto-porteuse et d’un remplissage en briques.
Cette extension permet d’abriter, aujourd’hui encore, une grande variété de bateaux. Certains, conservés et entretenus par des adhérents passionnés du club, datent du XIXᵉ siècle et sont la trace des premières activités de canotage sur ce bassin.
2012 © Archives SNHS
L’aviron, un sport pour tous ?
Aujourd’hui, la SNHS, premier club d’aviron de l’Essonne, rassemble un public varié : compétiteurs de haut niveau, amateurs, jeunes et moins jeunes. D’un sport bourgeois au début du siècle dernier, l’aviron s’est ouvert à de nouveaux pratiquants, notamment grâce aux activités à destination des scolaires dès les années 1950 et à l’ouverture de la pratique féminine dans les années 1930.
1936 © Archives SNHS
La Seine au présent et au futur
Au-delà de l’aviron, la Seine en amont de Paris est un secteur à enjeu, qui devrait continuer d’évoluer dans les années à venir. Le fleuve doit concilier attractivité des publics et résilience face aux crues dans une zone fortement inondable. La Seine reste aujourd’hui un axe structurant du transport de marchandises à l’échelle francilienne, mais accueille de plus en plus d’activités récréatives tels que des projets de sites de baignades comme à Ris-Orangis.
1910 © Archives SNHS
Depuis la berge bucolique de Draveil où passe le GR2, on observe l’intense activité qui ne devrait pas décroitre. On peut aussi s’imaginer dans 10 ou 15 ans, peut-être que l’on se retrouvera pour une promenade en navette fluviale ?
2025 © Martin Argyroglo
Gare de Juvisy-sur-Orge
Accéder au parcours
RER
RER D Gare de Villeneuve Saint-Georges


