Patrimoine industriel réinventé
Pantin, Le Pré Saint-Gervais






La banlieue Nord-Est de Paris s'est développée avec l'essor de l'industrialisation, dont les architectures de métal, de brique et de béton façonnent encore aujourd'hui le territoire. Ces halles, ateliers et magasins ont parfois été démolis, parfois sublimés grâce à des réhabilitations inventives qui tirent parti de leurs atouts pour redonner vie à ces bâtiments à l'identité forte.
Cette visite s'intéressera à des projets d'architecture mariant patrimoine industriel et architecture contemporaine.
Parcours conçu par le CAUE 93 avec l'aimable contribution :
Agence Anyoji Beltrando, Atelier Xavier Lauzeral, Agence NeM.

Aperçu du parcours
Le canal de l’Ourcq et le port de Pantin
Le port de Pantin, 1930-1934 © Archives et patrimoine de Pantin
La proche banlieue Nord-Est de Paris est marquée par l’activité industrielle, passée et parfois encore présente. La Ville de Pantin s’est construite avec ses usines, hangars et manufactures, accompagnés des infrastructures indispensables à leur fonctionnement et des logements ouvriers permettant aux travailleurs et travailleuses d’habiter au plus près de leur emploi.
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, Pantin était un bourg agricole et maraîcher. Avec la croissance de Paris, l’ouverture du canal de l’Ourcq en 1825 et la création de la ligne de chemin de fer Paris-Strasbourg en 1846, Pantin se retrouve à une place de choix pour le développement industriel : aux portes de la capitale, desservie par ces deux infrastructures majeures.
Le Sud de Pantin et le Pré-Saint-Gervais au milieu du XIXe siècle - Carte de l'état-major, 1818-1824 © Géo.SeineSaintDenis
Initialement implantées dans Paris entre les gares du Nord, de l’Est et le bassin de la Villette, les usines sont alors confrontées à un manque d’espace. En effet, les nouveaux systèmes mécaniques exigent de nouvelles surfaces. Petit à petit, les activités industrielles sont délocalisées dans la proche banlieue.
Ainsi, à Pantin, au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, la surface des terres cultivables est divisée par quatre. En parallèle, les nouvelles activités industrielles attirent une main d'œuvre importante : la population triple entre 1860 et 1870, année à laquelle on compte 12 000 habitant·e·s.
Un demi-siècle plus tard, début XXe, le territoire est entièrement urbanisé - Carte topographique des environs de Paris, 1906 © Géo.SeineSaintDenis
On dénombre plus de 50 établissements de plus de 50 salarié·e·s à Pantin à la fin du XIXe siècle. La ville est durablement métamorphosée, marquée par une identité industrielle et ouvrière, aussi bien politique qu’urbaine et architecturale.
Au milieu du XXe siècle, le canal est élargi et le port de Pantin est construit - Photographies aériennes, 1950 © Géo.SeineSaintDenis
Le canal, vers 1900 © Archives et patrimoine de Pantin
Au début du XXe siècle, ce sont plus de 100 000 tonnes de marchandises qui transitent chaque année par le canal, qui est élargi à la fin du XIXe siècle puis en 1925-1934 avec la création du port de Pantin.
Le port de Pantin, 1930-1934 © Archives et patrimoine de Pantin
Les usines sont à la pointe des technologies de l’époque, non seulement pour les machines qu’elles abritent et les bien qu’elles produisent, mais également à travers leur architecture. Les techniques de construction les plus modernes sont mises à profit par les architectes et ingénieurs pour édifier les grands bâtiments abritant les nouvelles chaînes de production.
Les bâtiments industriels les plus modernes participent ainsi à l’image de marque des entreprises et deviennent même des arguments publicitaires, renforçant au passage l’identité du territoire.
Affiche publicitaire de l'entreprise Delizy et Doistau, 1889 © Archives et patrimoine de Pantin
Le développement du métal constitue l’innovation architecturale majeure du XIXe siècle. La fonte de fer, le fer puddlé puis l’acier permettent de construire des charpentes de plus en plus grandes et résistantes et donc d’édifier des halles plus vastes.
En forme de dents de scie et surmontées de verrières, ces toitures en sheds offrent un éclairage optimal.
Permis de construire pour la construction d’une usine, rue Victor Hugo, 1897 © Archives et patrimoine de Pantin
Établissements Henry Hamelle, entrepôt de Pantin, hall des huiles. Sans date © Archives et patrimoine de Pantin
Entre les poteaux et les poutres de métal ou de béton, les murs sont construits en briques. Leurs couleurs variées (la polychromie) et les décalages créant du relief (la modénature) sont souvent utilisés pour créer des motifs ou des écritures sur les façades.
Permis de construire pour la construction d’une usine, rue Jules Auffret, 1909 © Archives et patrimoine de Pantin
L’architecture industrielle a ainsi évolué avec les techniques constructives et les besoins des activités de production, jusqu’à nos jours. Ce patrimoine très varié a parfois souffert d’une mauvaise image ou d’une mauvaise adaptation à l’évolution de la ville et de la vie quotidienne, ce qui a conduit à de nombreuses démolitions.
Toutefois, de nombreux bâtiments ont été transformés avec brio par des architectes contemporains, qui ont su sublimer leurs qualités. Ces anciennes usines et hangars connaissent aujourd'hui une seconde vie, tout en témoignant de l’histoire industrielle du territoire.
Permis de construire pour la construction d’une usine, avenue Jean Lolive, 1920 © Archives et patrimoine de Pantin
Le canal de l’Ourcq et le port de Pantin
Le port de Pantin, 1930-1934 © Archives et patrimoine de Pantin
La proche banlieue Nord-Est de Paris est marquée par l’activité industrielle, passée et parfois encore présente. La Ville de Pantin s’est construite avec ses usines, hangars et manufactures, accompagnés des infrastructures indispensables à leur fonctionnement et des logements ouvriers permettant aux travailleurs et travailleuses d’habiter au plus près de leur emploi.
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, Pantin était un bourg agricole et maraîcher. Avec la croissance de Paris, l’ouverture du canal de l’Ourcq en 1825 et la création de la ligne de chemin de fer Paris-Strasbourg en 1846, Pantin se retrouve à une place de choix pour le développement industriel : aux portes de la capitale, desservie par ces deux infrastructures majeures.
Le Sud de Pantin et le Pré-Saint-Gervais au milieu du XIXe siècle - Carte de l'état-major, 1818-1824 © Géo.SeineSaintDenis
Initialement implantées dans Paris entre les gares du Nord, de l’Est et le bassin de la Villette, les usines sont alors confrontées à un manque d’espace. En effet, les nouveaux systèmes mécaniques exigent de nouvelles surfaces. Petit à petit, les activités industrielles sont délocalisées dans la proche banlieue.
Ainsi, à Pantin, au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, la surface des terres cultivables est divisée par quatre. En parallèle, les nouvelles activités industrielles attirent une main d'œuvre importante : la population triple entre 1860 et 1870, année à laquelle on compte 12 000 habitant·e·s.
Un demi-siècle plus tard, début XXe, le territoire est entièrement urbanisé - Carte topographique des environs de Paris, 1906 © Géo.SeineSaintDenis
On dénombre plus de 50 établissements de plus de 50 salarié·e·s à Pantin à la fin du XIXe siècle. La ville est durablement métamorphosée, marquée par une identité industrielle et ouvrière, aussi bien politique qu’urbaine et architecturale.
Au milieu du XXe siècle, le canal est élargi et le port de Pantin est construit - Photographies aériennes, 1950 © Géo.SeineSaintDenis
Le canal, vers 1900 © Archives et patrimoine de Pantin
Au début du XXe siècle, ce sont plus de 100 000 tonnes de marchandises qui transitent chaque année par le canal, qui est élargi à la fin du XIXe siècle puis en 1925-1934 avec la création du port de Pantin.
Le port de Pantin, 1930-1934 © Archives et patrimoine de Pantin
Les usines sont à la pointe des technologies de l’époque, non seulement pour les machines qu’elles abritent et les bien qu’elles produisent, mais également à travers leur architecture. Les techniques de construction les plus modernes sont mises à profit par les architectes et ingénieurs pour édifier les grands bâtiments abritant les nouvelles chaînes de production.
Les bâtiments industriels les plus modernes participent ainsi à l’image de marque des entreprises et deviennent même des arguments publicitaires, renforçant au passage l’identité du territoire.
Affiche publicitaire de l'entreprise Delizy et Doistau, 1889 © Archives et patrimoine de Pantin
Le développement du métal constitue l’innovation architecturale majeure du XIXe siècle. La fonte de fer, le fer puddlé puis l’acier permettent de construire des charpentes de plus en plus grandes et résistantes et donc d’édifier des halles plus vastes.
En forme de dents de scie et surmontées de verrières, ces toitures en sheds offrent un éclairage optimal.
Permis de construire pour la construction d’une usine, rue Victor Hugo, 1897 © Archives et patrimoine de Pantin
Établissements Henry Hamelle, entrepôt de Pantin, hall des huiles. Sans date © Archives et patrimoine de Pantin
Entre les poteaux et les poutres de métal ou de béton, les murs sont construits en briques. Leurs couleurs variées (la polychromie) et les décalages créant du relief (la modénature) sont souvent utilisés pour créer des motifs ou des écritures sur les façades.
Permis de construire pour la construction d’une usine, rue Jules Auffret, 1909 © Archives et patrimoine de Pantin
L’architecture industrielle a ainsi évolué avec les techniques constructives et les besoins des activités de production, jusqu’à nos jours. Ce patrimoine très varié a parfois souffert d’une mauvaise image ou d’une mauvaise adaptation à l’évolution de la ville et de la vie quotidienne, ce qui a conduit à de nombreuses démolitions.
Toutefois, de nombreux bâtiments ont été transformés avec brio par des architectes contemporains, qui ont su sublimer leurs qualités. Ces anciennes usines et hangars connaissent aujourd'hui une seconde vie, tout en témoignant de l’histoire industrielle du territoire.
Permis de construire pour la construction d’une usine, avenue Jean Lolive, 1920 © Archives et patrimoine de Pantin
Les Magasins Généraux
Anciens entrepôts CCIP © Martin Argyroglo
Anciens entrepôts CCIP (sans date) © Archives et patrimoine de Pantin
Les anciens Magasins généraux de la Chambre du Commerce et de l’Industrie (CCIP) de Paris sont emblématiques de l’identité industrielle du territoire.
Ces deux vastes hangars sont édifiés en 1929, sous la houlette de l’ingénieur Louis Suquet. Une surface utile de 41 000 m2 est répartie sur les six niveaux, ceinturés de coursives extérieures qui permettent à des grues mobiles de charger et décharger les marchandises.
Anciens entrepôts CCIP, avant 1945 © Archives départementales de la Seine-Saint-Denis DR. Editions J. Godneff
De haut en bas, la structure en béton armé du bâtiment s’épaissit afin de supporter les masses de plus en plus importantes des étages supérieurs et des marchandises. Ainsi, les poteaux sont plus épais au rez-de-chaussée qu’au dernier niveau. La hauteur de chaque étage évolue également d’un niveau à l’autre : le rez-de-chaussée est plus haut sous plafond que le dernier niveau.
Vue aérienne, 1971, Port de Pantin © Archives départementales
Après un pic d’activité dans les années 1950, la circulation de marchandises dans les Magasins généraux diminue puis cesse au milieu des années 1990. Les entrepôts sont alors rachetés par la société d’aménagement de la Ville de Pantin qui projette un nouveau quartier dans le secteur du port.
En friche, le site devient un terrain de jeu pour les graffeurs du monde entier - 2013 © Archives et patrimoine de Pantin
Les Magasins généraux deviennent “la cathédrale du graff” - 2013 © Archives et patrimoine de Pantin
Au début du XXIe siècle, la mutation du quartier du port s’engage. Les Magasins généraux, marqueurs forts du paysage et de l’histoire, seront conservés. Après une décennie de friche, l’avenir de la “cathédrale du graff” se précise dans les années 2010 : l’agence de publicité BETC y posera ses valises en 2016. Le projet de réhabilitation est mené par l‘agence de l’architecte Frédéric Jung.
Les Magasins généraux en 2014 © Yves Marchand & Romain Meffre
Les Magasins généraux en 2016 © Frederic Jung / Yves Marchand & Romain Meffre
Les façades conservent les éléments forts de l’identité patrimoniale du bâtiment :
- Tout d’abord, le rythme de la structure en béton armé, dont les poteaux et poutres quadrillent l’ensemble.
- Les motifs des remplissages en briques, en allège (en-dessous des fenêtres).
- Enfin, les coursives, longues de 1,4 km et donnant à l’ensemble, d’après Frédéric Jung, un caractère “balnéaire”, offrent des balcons aux nouveaux espaces de travail.
Le rythme de la structure se lit sur la façade réhabilitée © Frederic Jung / Yves Marchand & Romain Meffre
Le rez-de-chaussée est largement ouvert sur l’extérieur, et abrite un espace d’exposition, des commerces et une salle de spectacle. La continuité entre espace public et espace intérieur est accentuée au niveau de l’entrée principale par un sol pavé homogène de l’extérieur à l’intérieur, invitant les visiteur·euse·s à entrer dans le bâtiment.
Les passerelles et coursives desservent aujourd’hui les bureaux © Frederic Jung / Yves Marchand & Romain Meffre
Les étages sont dédiés aux bureaux, de l’agence BETC et d’autres entreprises. Des patios sont percés au cœur du bâtiment massif de 35m de large, pour apporter lumière et ventilation naturelles dans les locaux. Les façades qui donnent sur ces patios sont bardées de bois, marquant ainsi un contraste de matière avec les éléments anciens.
Les Grandes Serres, ancienne usine Pouchard
L’usine Pouchard avant les travaux de réhabilitation © Martin Argyroglo
La mutation de l’architecture industrielle continue aujourd’hui sur le territoire. Le chantier en cours devant vous en témoigne, et transforme en ce moment-même les anciennes usines Pouchard qui deviendront “les Grandes Serres de Pantin”.
Vue de la halle après les travaux © Leclercq Associés
La réhabilitation de la grande halle de l’usine est conçue, à l’échelle du bâtiment, par l’agence d’architecture Moatti-Rivière. Ce projet s’inscrit dans une transformation vaste du quartier à l’échelle urbaine, pensée par les agences Leclercq Associés et ECDM, avec la construction de nouveaux bâtiments derrière ces deux halles afin de créer un campus tertiaire de bureaux.
L’intérieur des halles, avant travaux en 2020 © CAUE 93
Après les travaux, la halle sera en partie accessible au public © Leclercq Associés
La Grande Halle accueillera 11 700m² de programmes diversifiés : des espaces d’expositions et d’événementiel, une Académie musicale et un auditorium de 300 places, une salle de sport, 4 restaurants, ainsi que des espaces de co-working et des commerces.
Vue de la halle après les travaux © Leclercq Associés
Le MRJC, ancienne usine de pâtisserie
L’atelier et la maison, avant réhabilitation, en 2016 © Google Street View
L’atelier et la maison, après réhabilitation © Agate Architectes / Philippe Gaumes
Cet ancien bâtiment industriel affiche fièrement son ancienne fonction en lettres rouges : usine de pâtisserie et confiserie.
Édifié après guerre, au début des années 1950, cette petite usine se décompose alors en deux parties :
- La maison de deux niveaux, à l’angle des deux rues, abrite les bureaux au rez-de-chaussée et l’appartement des propriétaires à l’étage.
- L’atelier de pâtisserie, en rez-de-chaussée sur la rue de la paix.
L’ensemble est racheté par le MRJC (Mouvement Rural des Jeunesses Chrétiennes) en 2016 afin d’y installer le siège de l’association, des bureaux et salles de réunions ainsi qu’un foyer pour les adhérent·e·s. La mission est confiée à l’agence Agate Architectes.
Le plan masse du projet © Agate Architectes
L’architecte conserve et rénove la maison, aussi bien l’intérieur (parquets, boiseries, moulures et rosaces) que l’extérieur (ravalement et remplacement des menuiseries à l’identique) afin d’y installer les bureaux.
© Agate Architectes / Philippe Gaumes
Du côté de l’atelier, la façade est restaurée également, et à l’intérieur l’ensemble des espaces sont réorganisés afin d’y installer les salles de réunions et les chambres. Une surélévation coiffe le bâtiment ancien : dans le prolongement du volume des maisons voisines, elle est réalisée en structure bois, avec un bardage en zinc. Cet ajout contemporain est ainsi assumé, lisible, tout en restant sobre.
La surélévation n’occupe d’ailleurs pas toute la surface de l’atelier : en partie centrale, un espace libre est ménagé entre l’extension et la maison, comme une distance polie, permettant une respiration.
L’entrée principale du MRJC, marquée par l’espace libre entre la maison et la surélévation © CAUE 93
L’accès principal se situe à ce niveau et mène à l’entrée, soulignée par un patio qui apporte de la lumière pour les salles au fond du bâtiment.
© Agate Architectes / Philippe Gaumes
© Agate Architectes / Philippe Gaumes
La rue Méhul
La rue Méhul en 1955, vue depuis la tour au numéro 28 © Archives et patrimoine de Pantin
L’industrialisation du territoire s’est rapidement développée au bord du canal et des voies ferrées, les espaces les mieux desservis pour les usines. À partir des années 1930, les usines ont dû ensuite s’implanter plus loin, dans des zones moins denses mais moins bien connectées, comme ici dans le quartier de la rue Méhul.
Ces activités ont été moins bien acceptées ici, à cause d’une cohabitation compliquée avec les autres activités dans le voisinage : le dispensaire, les grandes opérations de logements construites dans les années 1950. Le quartier Méhul souffrait jusque dans les années 2000 d’une mauvaise réputation, liée aux nuisances générées par les industries (pollution, problèmes de circulation).
Le quartier est largement occupé par des bâtiments industriels construits au fil du XXe siècle, dont une grande partie est encore en activité dans les années 2000 - Orthophoto, 2003 © Géo.SeineSaintDenis
Au début des années 2010, l’agence d’architecture et d’urbanisme Anyoji Beltrando a travaillé avec la Ville de Patin sur l’avenir du quartier Méhul :
“Il y avait ce sentiment d'un quartier qu'il faut rénover en profondeur, en supprimant toute l'industrie. Nous, notre premier travail, ça a été de faire évoluer le regard de tout le monde. On a aidé la ville a transformer son PLU (Plan Local d'Urbanisme, ndlr) pour démontrer qu'on pouvait conserver le patrimoine industriel, et étudier de quelle manière on pouvait le transformer. Il fallait rendre la transformation économiquement possible, c'est-à-dire qu'une opération de logements neufs ne soit pas plus rentable que de transformer un bâtiment existant.” > Yannick Beltrando, Agence Anyoji Beltrando, architecte de l’opération au 10-18 rue Méhul
L’ancienne usine Marchal - 10-18 rue Méhul
©Anyoji Beltrando / Clément Guillaume
Le site en 2006 © CAUE93 / Cécicle Katz
Érigée sur deux parcelles de chaque côté de la rue Méhul, aux numéros 10-18 et 17-25, l’usine Marchal produisait de 1920 à 1981 des projecteurs, démarreurs et disjoncteurs pour de grandes marques automobiles françaises (Renault, Peugeot) et étrangères (Bentley, Rolls-Royce). Les locaux ont ensuite été occupés pour du stockage par une société de confection.
La rue Méhul et les deux parcelles de l’usine Marchal, en 1958 © Archives et patrimoine de Pantin
Les 4 500 m2 de l’usine aux 10-18 rue Méhul ont été conçus par l’architecte Louis Demars et construits en plusieurs phases de travaux, au fur et à mesure des besoins de l’industrie, avec des techniques évoluant au fil des avancées technologiques. Ces différentes constructions composent un ensemble très disparate, comme un catalogue de l’histoire de l’architecture industrielle au milieu du XXe siècle.
Ainsi, les premiers bâtiments sont construits au début des années 1920 en pierres meulières, percés de larges baies vitrées. En 1928, ils sont surélevés par des structures métalliques habillées de briques.
La superposition des techniques de construction se lit sur les façades, photo de 2006 © CAUE93 / Cécicle Katz
Les ateliers et magasins construits à côté, à la même période, présentent une structure métallique remplie de briques, et de grandes surfaces vitrées sur les façades.
À droite, les ateliers, largement vitrés. Photo de 2006 © Département de la Seine-Saint-Denis / Laurent Desmoulins
Le bâtiment des services sociaux sur la rue Méhul (aujourd'hui disparu) et les ateliers de mécanique, à l’opposé de la parcelle sur la rue Paul Bert, sont construits quant à eux en béton armé et briques rouges.
La façade des ateliers de mécanique (côté rue Paul Bert) a été conservée lors de la réhabilitation © Anyoji Beltrando / Clément Guillaume
Le projet de transformation s’est déroulé de 2012 à 2017, sous la maîtrise d'œuvre de l’agence d’architecture Anyoji Beltrando. Yannick Beltrando, architecte et associé fondateur de l’agence, nous raconte sa première impression en visitant le site au début du projet :
“Quand on a visité les lieux, rien n'avait bougé depuis 1986. Ce qui était intéressant ici c'est qu'il y avait une collection de bâtiments, plein d'époques différentes, assez intéressante. C'était une grande sédimentation, tout avait été construit dans tous les sens : des pavillons en bois, des bâtiments en métal, des apprentis partout. Tous les bâtiments étaient raccordés les uns aux autres, il n'y avait aucun espace libre. C'était assez beau comme endroit.” > Yannick Beltrando, Architecte, Agence Anyoji Beltrando
L’ancien bâtiment des services sociaux, sur la rue Méhul, n’était pas compatible avec le programme de l’opération et n’a donc pas été conservé lors de la réhabilitation. Photo de 2006 © CAUE93 / Cécicle Katz
Aujourd’hui, le bâtiment neuf qui s’élève au même emplacement, accueille une crèche, des commerces et des logements sociaux. © Anyoji Beltrando / Clément Guillaume
La première étape pour les architectes, dans le dessin du projet, a été de déterminer les bâtiments à conserver et réhabiliter, et ceux à démolir. Ces choix ont été guidés par la valeur patrimoniale des édifices, par l’état des constructions et leur solidité, ainsi que par leur compatibilité avec les nouveaux programmes de logements et d’espaces extérieurs.
Ainsi, les appentis qui encombraient les cours, peu intéressants d’un point de vue architectural, ont été démolis, ainsi que les ailes Est et Ouest.
Le bâtiment sur la rue Méhul ne permettait pas d'accueillir le nombre de logements visé par le programme pour que l’opération soit viable, il a donc été remplacé par un bâtiment neuf.
À gauche : plan du permis de construire, 1933 © Archives et patrimoine de Pantin, CAUE 93 / À droite : plan du R+1 du projet de réhabilitation © Anyoji Beltrando, CAUE 93 / En pointillés, les parties de bâtiments conservées.
Aujourd'hui, la parcelle héberge 115 logements sociaux ainsi qu’une crèche et des commerces dans le bâtiment neuf. Dans les bâtiments anciens réhabilités, on trouve en copropriété des appartements et des lofts, et des ateliers d’artistes sur la rue Paul Bert.
© Anyoji Beltrando / Clément Guillaume
L’histoire du site et des différents bâtiments, de 1920 à nos jours, est visible sur les façades, à travers les modes constructifs utilisés au fil des décennies. En observant les bâtiments, on comprend donc les époques de construction, les ajouts, les évolutions.
“On défendait l'idée de garder la lecture des transformations, plutôt que d'uniformiser les façades. Comme à l'échelle du quartier, on a une addition de plein d'éléments différents, et c'est ce qui fait son charme.” > Yannick Beltrando
La structure d’origine est conservée et visible dans les logements © Anyoji Beltrando / Clément Guillaume
“Sur chacun des trois bâtiments, on a transformé en essayant de conserver les caractéristiques architecturales d'origine, pour qu'on ne perde pas le charme du lieu.
Sur le grand bâtiment, très épais, des années 1925-30, on a gardé la structure métallique, elle est toujours visible à l'intérieur. Sur l'autre bâtiment, on a gardé la structure bois, les poutres sont apparentes dans certains logements. Le bâtiment au fond, sur la rue Paul Bert, était en train de s'écrouler, donc on a juste gardé la façade sur rue et on a construit des ateliers d'artistes neufs derrière.” > Yannick Beltrando
Ces éléments de structure donnent un caractère unique aux logements © Anyoji Beltrando / Clément Guillaume
L’ancienne usine Marchal - 17-25 rue Méhul
La charpente métallique d’origine est toujours visible aujourd’hui © Atelier Xavier Lauzeral
Découvrez dans la cour la structure métallique dentelée qui témoigne du passé industriel de ce site. L’usine Marchal, de ce côté de la rue Méhul, offrait au total 2 500 m2 répartis dans des bâtiments industriels disparates construits entre 1920 et 1950, dessinés également par l’architecte Louis Demars. Toutefois, les bâtiments industriels étaient ici moins remarquables, plus humbles que du côté du 10-18 rue Méhul.
Ce projet de transformation a été conçu par l’agence Atelier Xavier Lauzeral. L’architecte fondateur Xavier Lauzeral partage ses premiers ressentis en découvrant le site, en 2011 :
“Cette parcelle d'atelier, c'était un lieu intéressant, un patrimoine industriel ancien mais pas particulièrement spectaculaire, avec quand même de grandes qualités : des matérialités, des volumes de grande ampleur.” > Xavier Lauzeral, architecte, Atelier Xavier Lauzeral
Vue en coupe de la halle, permis de construire, 1927 © Archives et patrimoine de Pantin
L’actuelle cour que vous apercevez, caractérisée par ce squelette métallique, correspond à une ancienne halle, dont on peut encore lire le volume généreux.
L’ancienne halle, en 2011 © Atelier Xavier Lauzeral
Sur ce site, comme sur le précédent, une sélection soignée des bâtiments à conserver ou à démolir a dû être effectuée par les architectes, afin de libérer de la place sur la parcelle très encombrée.
“On a voulu conserver les éléments les plus spectaculaires et en même temps compatibles avec la nouvelle vocation résidentielle, donc ce qui nous permettait de répondre au besoin d'un certain nombre de logements.” > Xavier Lauzeral
Les bâtiments à l’avant de la parcelle, sur la rue Méhul, ont été démolis afin de permettre d’édifier des logements sociaux neufs.
À l’arrière de la parcelle, les structures de trois bâtiments anciens ont été conservées et transformées, afin d'accueillir des maisons et appartements en copropriété.
Vue en coupe du projet © Atelier Xavier Lauzeral
Le projet propose ainsi un entremêlement de l’ancien et du neuf.
“Réutiliser ces éléments de qualité, ces grandes structures métalliques qui ont une matérialité et un dessin qui évoquent ce passé industriel, mais qui sont également des éléments qualifiant pour de futures architectures.” > Xavier Lauzeral
Les maisons s’appuient sur les structures anciennes rénovées, mais les murs sont neufs © Atelier Xavier Lauzeral
Les différentes parties du projet sont desservies par une série de porches et de cours, créées en évidant partiellement les volumes des halles. Ces nouveaux espaces extérieurs apportent des respirations, de la lumière et de la végétation, sur une parcelle initialement extrêmement dense.
“La plus grande réussite de ce projet, c'est tout ce jeu de cours. La forme initiale a été évidée et percée, pour générer des éclairements et des espaces végétalisés, et pour arriver à une succession de porches, de cours et de passages qui finalement ressemble beaucoup à ce qu'on trouve dans le quartier.” > Xavier Lauzeral
Côté Est, les nouvelles façades des appartements sont implantées en retrait © Atelier Xavier Lauzeral
“Initialement, c'était une grande halle, avec des murs périphériques en briques. On a conservé la volumétrie générale, on a désossé la toiture pour ne conserver que les portiques principaux.” > Xavier Lauzeral
Un autre bâtiment remarquable a été conservé et réhabilité, à l’Ouest de la parcelle : l’atelier de fabrication édifié en 1930. Cet espace profite d’une belle toiture en béton armé, en forme de sheds. Cette forme typique des bâtiments industriels permet l’éclairage généreux et homogène de larges espaces, baignés d’une douce lumière du Nord qui permet d’éviter l'ensoleillement direct et l’éblouissement.
Permis de construire pour l’atelier de fabrication, 1930 © Archives et patrimoine de Pantin
L’ancien atelier, en 2011 © Atelier Xavier Lauzeral
Au début du projet de réhabilitation, il n’était pas prévu de conserver ce bâtiment. Toutefois, le bon état de la structure et la qualité de cet espace généreux et lumineux en ont voulu autrement :
“Les sheds en béton, de par leur grande qualité, ont amené une évolution du programme pour pouvoir les conserver, ce qui n'était pas envisagé initialement.” > Xavier Lauzeral
L’atelier après réhabilitation © Atelier Xavier Lauzeral
Les différents bâtiments sur ce terrain, anciens et neufs, sont aujourd’hui harmonisés par des façades assorties. L’enduit gris clair unifie les différents volumes et permet de les lier visuellement, avec sobriété, afin de créer un ensemble cohérent.
La façade sur rue du bâtiment neuf offre de discrètes variations d’enduit © Atelier Xavier Lauzeral
“L'idée était d'avoir un bâtiment monochrome, pour unifier tous ces volumes par un design sobre, avec cet enduit qui est travaillé de différentes façons et qui permet également de respecter le cahier des charges.” > Xavier Lauzeral
Le siège social du WWF France
La façade sur rue du bâtiment réhabilité © NeM Architectes
Au-delà de l’aspect patrimonial, réhabiliter un bâtiment existant présente également un fort intérêt écologique. En effet, réutiliser un édifice permet de valoriser les matériaux (acier, béton, briques…) qui ont déjà été extraits et façonnés, plutôt que de les envoyer en décharge et d’en mobiliser de nouveaux. C’est un enjeu majeur de l’architecture contemporaine, que l’on résume souvent par l’expression “faire avec le déjà-là”.
C’est dans cette démarche que s’inscrit le projet de siège social du WWF France, mené par l’agence NeM architectes, pour transformer ce bâtiment industriel en bureaux.
Vue depuis la rue Baudin © NeM Architectes / Daisy Reillet
Le WWF France portait la forte volonté de faire de leur siège un démonstrateur écologique, en commençant par choisir la réhabilitation plutôt que la construction neuve. L’architecte Lucie Niney, cofondatrice de l’agence NeM Architectes, évoque ce choix :
"(Il s’agit d’) une économie évidemment radicale du carbone à la base, par le choix de réhabiliter le bâtiment plutôt que de construire du neuf ou de le démolir." > Lucie Niney, architecte, NeM Architectes
La façade du rez-de-chaussée avant réhabilitation © NeM Architectes / Daisy Reillet
Architecturalement, le bâtiment existant présentait de belles qualités, caractéristique des architectures industrielles anciennes : des espaces et des matériaux d’une grande valeur.
"Nous ce qu'on a trouvé, en arrivant, c'est la qualité patrimoniale de cette ancienne usine, avec des grandes hauteurs sous plafond, une belle charpente métallique, la brique omniprésente et une très grande portance des planchers. Donc on avait déjà un matériau "coque brute" avec des volumes très intéressants. Et une très bonne inertie (thermique, ndlr) liée à la présence de la maçonnerie." > Lucie Niney
Toutefois, le bâtiment dans son état initial était trop épais et sombre pour accueillir les futurs bureaux. Des modifications ont été indispensables pour l’adapter.
"En revanche, point négatif : le bâtiment était quasiment entièrement dans le noir, parce qu'il a une très petite façade sur la rue Baudoin et que le bâtiment occupe la totalité de sa parcelle, très en profondeur. Le dernier étage uniquement était éclairé par une verrière.” > Lucie Niney
La verrière sur le toit terrasse du bâtiment industriel, avant travaux © NeM Architectes / Daisy Reillet
“Donc on a fait ce choix de créer ce grand patio sur l'emprise de la verrière du dernier étage.” > Lucie Niney
Le patio en cours de création, pendant le chantier de réhabilitation © NeM Architectes / Daisy Reillet
“Ce patio permet d'éclairer tous les plateaux de bureaux, de ventiler naturellement, de créer un espace extérieur au rez-de-chaussée.” > Lucie Niney
Le patio finalisé © NeM Architectes / Daisy Reillet
Vue en coupe du bâtiment réhabilité, du patio et de la surélévation © NeM Architectes
“On a compensé la perte de surface (dûe à la création du patio, ndlr), qui est aussi une perte patrimoniale pour une fondation qui se doit de rester à l'équilibre, par une surélévation en bois au dernier étage." > Lucie Niney
La surélévation, bardée de bois brûlé © NeM Architectes / Daisy Reillet
Cette surélévation est à la fois sobre et en contraste, par rapport au bâtiment ancien : à peine visible depuis la rue, elle est parée d’un bardage en bois brûlé. Cette différenciation entre ancien et neuf s’inscrit dans une logique de lisibilité des évolutions du bâtiment au fil du temps :
“Notre philosophie, c'est de tirer parti du déjà-là, donc mettre en valeur les qualités du bâtiment : sa grande façade sur rue, sa structure. Tout en partant du principe que conserver un patrimoine, c'est aussi savoir le faire muter. Nous, on trouve ça normal aussi de le transformer assez lourdement, pour lui donner un nouvel usage pour les années à venir. Il s'agit donc de créer un dialogue clair entre ce qu'on va ajouter et ce qu'on a mis en valeur. Ici, une des deux grosses interventions c'est la surélévation, qui est en retrait du bâtiment et se distingue bien par sa colorimétrie." > Lucie Niney
Le toit terrasse accueille un potager, un compost, un espace de convivialité et permet la récupération des eaux de pluie © NeM Architectes / Daisy Reillet
La volonté d’exemplarité environnementale de ce projet se traduit également par l’utilisation de matériaux naturels, recyclés et biosourcés. Quelques exemples : l’isolant Métisse fait à partir de coton recyclé, le bois utilisé en bardage du patio et de la surélévation, les briques restaurées ou réemployées dans le jardin du patio.
Vue des bureaux et des patios © NeM Architectes / Daisy Reillet
Accéder au parcours
Tramway
Porte de Pantin (ligne T3b)
Vélib'
Station n°35014 (Charles de Gaulle - Jean Lolive), station n°35008 (Place de l’Église - Pantin), station n°35018 (Ancien canal)
Métro
Église de Pantin (ligne 5)
Bus
Église de Pantin (lignes 61, 145, 147, 245, N45)
RER
Pantin (ligne E)


