La Vieille Mer, de la Seine au Parc Georges Valbon
Saint-Denis








Remonter le tracé de la Vieille Mer, c’est suivre la trace d’un paysage peu à peu gommé par l’urbanisation. Sous vos pas, une ancienne rivière comblée, canalisée et oubliée, a pourtant laissé des marques que la ville n’a pas totalement effacées.
Ce parcours a été réalisé en partenariat avec avec la direction de l’eau et de l’assainissement du département de la Seine-Saint-Denis :

Aperçu du parcours
La Vieille Mer à découvert
La Vieille Mer : un fil entre parc, ville et fleuve
Ce cours d'eau, d'une longueur de 6,8 km et à 95 % couvert, traverse les villes de Dugny, Stains, la Courneuve et Saint-Denis pour arriver ici jusqu’à la Seine. Ensemble, nous allons découvrir l’histoire de cette rivière méconnue.
Tracé actuel de la Vieille Mer, un cours d’eau d’environ 7 km © Vue aérienne Google Maps, CAUE 93
La Seine-Saint-Denis, un territoire d’eau
Au début du 20ème siècle, le Nord de la Seine-Saint-Denis était occupé par une vaste cuvette marécageuse, formée par un réseau dense de rus : la Vieille Mer, le Croult, la Morée, le ru de Montfort, la Molette, etc. Suite à l’urbanisation forte qui a suivi, la plupart sont aujourd’hui busés ou recouverts : l’eau circule encore, mais cachée.
Evolution du réseau hydrologique en Seine-Saint-Denis entre 1900 et 2000 © Département de la Seine-Saint-Denis
La Vieille Mer en est l’exemple parfait. Naissant de la confluence de la Morée et du Croult, elle constituait un bras du Rouillon, entretenu par l’intervention humaine. Elle coulait autrefois dans un talweg (une ligne formée par les points les plus bas d’un cours d’eau) peu profond, pour se jeter dans la Seine. Néanmoins, la Vieille Mer reste considérée comme un cours d’eau naturel progressivement transformé par l’urbanisation, au point d’en devenir presque invisible.
Des rivières existantes invisibilisées © Extrait de carte, APUR, AESN 2019
Un fragment de rivière à ciel ouvert
Aujourd’hui, la Vieille Mer n’est visible qu’à deux endroits : en amont et en aval. Pour l'apercevoir, approchez-vous et regardez en contrebas du talus végétalisé bordant le chemin de halage. Ici, la rivière s’écoule discrètement entre le canal et les entrepôts. Son eau, à l’aspect parfois laiteux, trahit à peine sa présence, souvent ignorée des passant·e·s.
La Vieille Mer non canalisée en 1976 © Archives Municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), Pierre Douzenel, 45 Fi 2/52
La Vieille Mer toujours visible en 2025 © CAUE 93
La Vieille Mer à découvert
La Vieille Mer : un fil entre parc, ville et fleuve
Ce cours d'eau, d'une longueur de 6,8 km et à 95 % couvert, traverse les villes de Dugny, Stains, la Courneuve et Saint-Denis pour arriver ici jusqu’à la Seine. Ensemble, nous allons découvrir l’histoire de cette rivière méconnue.
Tracé actuel de la Vieille Mer, un cours d’eau d’environ 7 km © Vue aérienne Google Maps, CAUE 93
La Seine-Saint-Denis, un territoire d’eau
Au début du 20ème siècle, le Nord de la Seine-Saint-Denis était occupé par une vaste cuvette marécageuse, formée par un réseau dense de rus : la Vieille Mer, le Croult, la Morée, le ru de Montfort, la Molette, etc. Suite à l’urbanisation forte qui a suivi, la plupart sont aujourd’hui busés ou recouverts : l’eau circule encore, mais cachée.
Evolution du réseau hydrologique en Seine-Saint-Denis entre 1900 et 2000 © Département de la Seine-Saint-Denis
La Vieille Mer en est l’exemple parfait. Naissant de la confluence de la Morée et du Croult, elle constituait un bras du Rouillon, entretenu par l’intervention humaine. Elle coulait autrefois dans un talweg (une ligne formée par les points les plus bas d’un cours d’eau) peu profond, pour se jeter dans la Seine. Néanmoins, la Vieille Mer reste considérée comme un cours d’eau naturel progressivement transformé par l’urbanisation, au point d’en devenir presque invisible.
Des rivières existantes invisibilisées © Extrait de carte, APUR, AESN 2019
Un fragment de rivière à ciel ouvert
Aujourd’hui, la Vieille Mer n’est visible qu’à deux endroits : en amont et en aval. Pour l'apercevoir, approchez-vous et regardez en contrebas du talus végétalisé bordant le chemin de halage. Ici, la rivière s’écoule discrètement entre le canal et les entrepôts. Son eau, à l’aspect parfois laiteux, trahit à peine sa présence, souvent ignorée des passant·e·s.
La Vieille Mer non canalisée en 1976 © Archives Municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), Pierre Douzenel, 45 Fi 2/52
La Vieille Mer toujours visible en 2025 © CAUE 93
La confluence avec la Seine
Un espace délaissé
À deux pas de la confluence entre la Seine et le Canal Saint-Denis, un troisième cours d’eau se glisse presque en secret : la Vieille Mer.
La Seine, le Canal Saint-Denis et la Vieille Mer © Vue aérienne Google Maps, CAUE 93
Alors que la Vieille Mer coule sous vos pieds, vous pouvez observer son débit, les différents courants qui s’y forment et les déchets qui s’y accumulent. Ici, la rivière traverse un espace urbain délaissé et est encore perçue comme un égout à ciel ouvert.
Visible mais discrète le long du quai de la briche, c’est ici que vous verrez le mieux la Vieille Mer © CAUE 93
Depuis ce site, presque secret, l’architecture du bâti environnant atteste du caractère industriel de ce quartier. Les toitures en sheds sont typiques des ateliers industriels : à travers le profil en dents de scie, une lumière indirecte est captée au Nord et éclaire généreusement les espaces de travail.
Certains de ces grands terrains industriels sont aujourd’hui en cours de mutation à travers des programmes culturels et artistiques : la Briche, le 6B etc.
Toiture en sheds d’un bâtiment industriel à proximité de la Vieille Mer © CAUE 93
Le square Frantz Fanon
Du visible à l’invisible
Au niveau du square Frantz Fanon, la noue évoque l’ancien tracé de la rivière, qui s’engouffre au cœur de l’îlot résidentiel de la cité Elsa Triolet. Une noue est un fossé large et peu profond, généralement végétalisé, conçu pour recueillir les eaux de pluie et leur permettre de s'infiltrer naturellement dans le sol, sans les rejeter vers les égouts.
Le pont de chemin de fer marque la limite entre la partie à ciel ouvert et la partie busée. Le fait de buser un cours d'eau consiste à poser des buses, c'est-à-dire des canalisations, afin d'enterrer ce dernier. © Google Maps, CAUE 93
Le pont de chemin de fer marque alors la limite entre rivière visible et invisible. À partir de cet endroit, la Vieille Mer circule dans des tuyaux, et son cours ne pourra plus être observé sur plus de 6 km. Mais comment en est-on arrivé là ?
La Vieille Mer canalisée sous le pont de chemin de fer en 1976 © Archives Municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), Pierre Douzenel, 45Fi 2/37
L’histoire d’une disparition
Prenons un moment pour suivre l’évolution du tracé de la Vieille Mer. La rivière apparaît sur les cartes dès le 13ème siècle, comme une dérivation du Rouillon. Jusqu’au 19ème siècle, elle conservait un caractère rural et formait un bras vivant, qui irriguait les terres et alimentait quelques moulins dans sa partie ouest, notamment le moulin Saint-Paul et les Moulins Gémeaux.
1674 : une plaine rurale irriguée par des cours d’eau © François de La Pointe, Carte particulière des environs de Paris, Institut Paris Région
À partir de 1830, une activité artisanale se développe d'abord aux franchissements du cours d’eau puis le long de ses rives. Ce secteur se transforme progressivement : dès 1850, ces activités laissent peu à peu place à l’industrialisation et aux premières usines.
1818-1824 : un territoire d’agriculture et d’artisanat autour de la Vieille Mer © Carte de l’État-major, Géo.SeineSaintDenis
Au début du 20ème siècle, avec la densification industrielle, Le Rouillon et la Vieille Mer, encore à ciel ouvert, se retrouvent imbriqués dans un tissu urbain et industriel dense. À cette époque, les cours d'eau conditionnent en partie la localisation des établissements industriels. La Vieille Mer à ciel ouvert apparaît clairement comme la limite nord du quartier.
1906 : des cours d’eau imbriqués dans un tissu industriel en aval et agricole en amont © Carte topographique des environs de Paris, Géo.SeineSaintDenis
Après la Seconde Guerre mondiale, une mutation radicale s’opère : les usines déménagent et leurs emprises foncières sont libérées. Le tissu urbain se réorganise, laissant place à des opérations d’aménagement et de logement. Dans ce contexte hygiéniste et moderniste, une politique d’assainissement se met en place : les rivières, progressivement dégradées par les activités humaines, sont assimilées à des égouts à ciel ouvert et perçues comme des sources d’insalubrité et d’inondation. Le Rouillon est alors comblé en 1951 après dérivation de ses eaux vers la Vieille Mer. Tandis que cette dernière est progressivement canalisée puis busée et intégrée au réseau d'assainissement, de l’aval vers l’amont.
1950 : l’urbanisation se développe en amont © Carte IGN, scan historique, Géo.SeineSaintDenis
Bien qu’aujourd’hui disparue, le souvenir de la Vieille Mer subsiste dans la toponymie de rues et d'établissements du quartier.
La toponymie de la rue des Moulins Gémeaux atteste de la présence d’anciens moulins et donc de cours d’eau sur le territoire © CAUE 93
Les cités Gaston Dourdin et Pablo Picasso
La ZAC Delaunay-Belleville
Dès le 19ème siècle et jusqu’aux années 1950, le quartier accueille de nombreuses usines : machines à vapeur, moteurs à gaz, automobiles, générateurs, cartonneries, glacières ou encore ateliers de dégraissage des peaux.
Le quartier industriel en 1949, traversé par la Vieille Mer et le Rouillon canalisés, et l’emprise de la future ZAC Delaunay-Belleville © IGN France, CAUE 93
À partir des années 1970, suite au déclin industriel, la ZAC (Zone d’Aménagement Concertée) Delaunay-Belleville, nommée d’après l’une des entreprises emblématiques du site, est créée afin de permettre l’aménagement de logements et d’équipements (cités Dourdin et Picasso, institut médical, écoles, crèche, centre de loisirs, gymnase, terrain sportif…).
Démolition des industries et construction de la ZAC © Archives municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), Bulletin municipal février 1978, page 1, 13 C 7/35
La rivière devient un mail piéton
Bien que recouverte, la Vieille Mer est retenue comme un élément structurant du projet de la ZAC. Le plan s’organise ainsi autour du collecteur : une promenade plantée et piétonne de 20 mètres de large relie l’avenue Maurice Thorez à la rue Gabriel Péri et dessert logements et équipements. Les urbanistes ont souhaité proposer un espace vert ouvert et traversant, conciliant lieu de passage, de promenade, de repos et de jeux pour les enfants. Si ce mail donne à lire le tracé de la Vieille Mer, sa topographie, ponctuée de buttes artificielles, en a effacé le relief naturel : le cours d’eau demeure enfoui et largement méconnu des résident·e·s.
Coupe existante de la Vieille Mer canalisée au niveau du mail piéton © CAUE 93
L’immeuble-pont
Au bout du mail, en retrait de la rue Gabriel Péri, se dresse un immeuble de logements à R+15 dont l’architecture enjambe l’espace public. À première vue, il pourrait passer pour un bâtiment moderne parmi d’autres. Mais un regard attentif révèle l’origine et l’utilité de son large porche : il permet le franchissement et marque le passage de la Vieille Mer canalisée. Cet immeuble-pont incarne la manière dont la ville a composé avec l’eau, désormais reléguée sous les surfaces et les voiries, circulant discrètement sous les rues.
L’immeuble-pont au dessus de la Vieille Mer © CAUE 93
La cité Paul Langevin
La naissance de la cité
Après la Seconde Guerre mondiale, face à la pénurie de logements, le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme lance la construction de la Cité Paul Langevin afin de reloger les sinistrés de la guerre. Édifiée entre 1946 et 1953 sur des parcelles maraîchères, elle devient la première cité de logements sociaux collectifs de Saint-Denis. Le projet est confié à André Lurçat, alors architecte et urbaniste en chef de la Ville.
D’anciennes terres agricoles : les champs maraîchers des Bas-Prés fin du 19ème début du 20ème © Archives Municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), 51 Fi 1
Un chantier contraint par la Vieille Mer
Jusqu’au milieu du 20ème siècle, ce site maraîcher sur lequel allait s’implanter la cité Paul Langevin était traversé et irrigué par la Vieille Mer.
La Vieille Mer et son pont dans les Bas-Prés en 1946 © Archives Municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), Reportage photographique des étapes de la construction, page 2, 51 AC 23
Pour permettre l’aménagement de la cité, la rivière est dérivée de son lit originel. À partir de 1946, des travaux d’assainissement dévient le collecteur sous la rue Nouvelle, aujourd’hui rue Guy Môquet.
Plan de la cité et de la dérivation de la Vieille Mer © CNAM/DAF/Cité de l’architecture et du patrimoine/Archives d’architecture du 20ème siècle, CAUE 93
Le bâtiment K est ainsi construit au-dessus de l’ancien tracé de la rivière, matérialisant l’effacement progressif du cours d’eau dans le tissu urbain.
Chantier du bâtiment K au-dessus de la Vieille Mer en 1947 © Archives Municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), Reportage photographique des étapes de la construction, page 39, 51 AC 23
Une architecture remarquable
La cité compte 187 logements répartis en onze barres de cinq étages, disposées selon une trame orthogonale dans une composition urbaine aérée. Certains bâtiments encadrent des espaces verts. Le stationnement est rejeté en périphérie, libérant un cœur d’îlot entièrement piétonnier. Construits en pierre meulière et en brique pleine, les immeubles présentent des façades décorées et des logements à l’orientation optimisée.
La cité Paul Langevin dans les années 1950 © Archives municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), Pierre Douzenel, 2 Fi 5/145
Cette attention portée aux proportions et à la qualité architecturale fait de l’ensemble un exemple remarquable de l’après-guerre, à une époque où la reconstruction n’était pas encore dominée par des logiques quantitatives et industrielles. En 2008, le ministère de la Culture lui attribue le label « Patrimoine du XXe siècle », aujourd’hui devenu « Architecture contemporaine remarquable ».
La cité Paul Langevin aujourd’hui © CAUE 93
Le parc Madeleine Riffaud
Le parc Marcel Cachin : l’effacement de la rivière
Cet ancien secteur maraîcher situé à la confluence de la Vieille Mer, du Rouillon et du fossé des anciens remparts, était particulièrement sensible aux inondations. À partir de 1948, le Rouillon est comblé et la Vieille Mer progressivement canalisée puis recouverte depuis la cité Langevin jusqu’au quartier de la Mutualité.
Un paysage agricole : la Vieille Mer et le Rouillon en 1921 © IGN France, CAUE 93
Travaux de canalisation et de couverture de la Vieille Mer en 1950 © Archives Municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), 13 Fi 3509
Ici, le collecteur est enterré à environ 4 mètres, avec une salle de dérivation sous l’avenue Lénine. Cette cathédrale souterraine (4,30 m de haut, 30 m de long et 10 m de large) répartit l’eau : la dérivation reçoit les débits courants, tandis que le collecteur de la Vieille Mer n’est sollicité qu’en cas de débit important. En 1965, le parc Marcel Cachin est inauguré et devient alors le deuxième plus grand parc municipal de Saint-Denis. Bien que la Vieille Mer traverse le parc sous terre, elle reste invisible dans l’aménagement.
Un paysage urbanisé : la Vieille Mer recouverte et le parc Marcel Cachin en 1965 © IGN France, CAUE 93
Le parc Madeleine Riffaud : l’évocation de la rivière
Inauguré en février 2026 et renommé Madeleine Riffaud, le nouveau parc réalisé par l’agence Ilex, marque une nouvelle étape dans la transformation du site. Le projet paysager vise à réunir des espaces verts existants morcelés pour former un parc équipé : prairie centrale, caniparc, jardins partagés, aires de jeux, espaces sportifs et événementiels…
Axonométrie générale du projet : une noue centrale évoque le tracé de la Vieille Mer © Ilex paysage+urbanisme
L’un des objectifs est de rendre perceptible la Vieille Mer, mais sans toutefois la remettre à jour : l’aménagement suggère le tracé de la rivière par une noue principale, des vallons et des passerelles.
La noue qui traverse le parc rappelle la présence de la Vieille Mer enterrée à quelques mètres de là © CAUE 93
Situé entre le Parc Georges Valbon et le Parc de la Légion d'Honneur, et relié par la Vieille Mer en souterrain, le Parc Madeleine Riffaud constitue aujourd’hui un maillon important de la trame verte et bleue du territoire.
Lorsque vous vous approcherez de l’installation technique ci-dessous, tendez l’oreille : entendez-vous l’eau qui s’écoulent sous ces plaques ?
À quelques mètres de la noue, de l’eau s’écoule sous ces plaques © CAUE 93
Le quartier de la Mutualité
Les pavillons des mal-lotis
Dans les années 1930, l’essor industriel entraîne une forte croissance démographique. Les terrains agricoles le long de la Vieille Mer, peu coûteux en raison de leur inondabilité, accueillent des ouvriers. Les parcelles sont vendues sans préparation : pas de routes, de trottoirs et d’assainissement. Les habitant·e·s, surnommés les “mal-lotis”, construisent leurs pavillons avec des matériaux de récupération (planches, blocs d’argile, paille compressée, parpaings ou mâchefer).
Des pavillons autoconstruits et des inondations à répétition, 1945 © Archives municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), 2 Fi 4/22
Le tracé du cours d’eau a structuré l’organisation parcellaire et l’implantation des pavillons : les maisons sont tournées vers les rues parallèles, à distance du cours d’eau relégué en fond de parcelle. Mais le quartier, situé dans la zone des crues de la Vieille Mer, connaît des inondations récurrentes.
En 1931 : le parcellaire pavillonnaire structuré par le tracé des cours d’eau © IGN France, CAUE 93
La canalisation de la Vieille Mer
À l’époque, l’entretien du cours d’eau était à la charge des propriétaires riverain·e·s comme l'attestent de nombreux documents d’archive comme celui que vous pouvez consulter ci-dessous.
Avis concernant le curage et le faucardement de la Vieille Mer en 1942 © Archives Municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), 4 Fi 251
Pour se protéger de l’aspect sale du cours d’eau et limiter les débordements, les habitant·e·s souhaitaient s’en protéger : à la fin des années 1940, la Vieille Mer est canalisée et le Rouillon comblé.
En 1965 : un quartier urbanisé et une Vieille Mer canalisée © IGN France, CAUE 93
La Vieille Mer canalisée à ciel ouvert en 1964 © Archives Municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), Pierre Douzenel, 2 Fi 8/27
Au fil des décennies, l’habitat s’améliore progressivement, par extension ou reconstruction, tout en conservant le parcellaire d’origine. Le quartier de la Mutualité se forme ainsi par strates, mêlant secteurs insalubres, habitats autoconstruits et ensembles ordonnés, comme les pavillons doubles réalisés en 1964 par André Lurçat.
Les pavillons doubles d’André Lurçat, vus depuis la rue de Sevran © CAUE 93
La promenade de la Vieille Mer
En 1967, suite aux inondations répétées et à l’aspect insalubre du canal, la Vieille Mer est recouverte quelques années après la partie aval. Malgré cette couverture, les inondations persistent.
Des enfants jouent dans la promenade inondée à la fin des années 1970 © Archives Municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), Martine Barraud, 3 Fi 42/38
À la place, un linéaire de 525 m est aménagé en promenade piétonne de 12 m de large. L’aménagement distingue une piste cyclable et une bande surélevée plantée pour les promeneurs. La logique de protection face au cours d’eau reste encore perceptible : bordé de murs de 2 à 3 mètres et de plantations arbustives, l’axe produit un effet de couloir, rarement interrompu par la voirie.
Coupe existante de la Vieille Mer canalisée au niveau de la promenade © CAUE 93
La mémoire du cours d’eau demeure lisible par le tracé sinueux de la promenade et la toponymie des rues environnantes.
Une des plaques indiquant la rue de la Vieille Mer © CAUE 93
Les cités Floréal et Courtille
La crise du logement et l’urbanisme moderne
Après la Seconde Guerre mondiale, la crise du logement s’aggrave et les bidonvilles se multiplient en région parisienne. Les derniers terrains maraîchers le long de la Vieille Mer deviennent alors une réserve foncière stratégique pour les pouvoirs publics. Le chantier de la cité Floréal est lancé en 1960, à proximité de « La Campa », l’un des plus importants bidonvilles de Seine-Saint-Denis. Achevée en 1964, la cité comprend 1 133 logements répartis en 22 bâtiments, barres (R+4) et tours (R+16), et coexiste un temps avec la Vieille Mer canalisée à ciel ouvert.
En 1965, la Vieille Mer canalisée à ciel ouvert traverse encore la cité © IGN France, CAUE 93
Traversant cet ensemble d’urbanisme moderne, la rivière n’a pas orientée la composition du plan masse. L’urbanisation se poursuit avec la cité de la Courtille, achevée en 1970, qui regroupe 477 logements dans 5 bâtiments de même typologie. Avec la cité du Saussaie, achevée en 1971, le quartier totalise 2600 logements sur 26 hectares. Lors de leur construction, ces ensembles accueillent notamment des familles issues des bidonvilles à proximité.
Vue du canal de la Vieille Mer en 1967 avec la cité Floréal en arrière plan © Archives Municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), Pierre Douzenel, 2 Fi 8/26
Couverture du tronçon
Dès le début des années 1960, les riverain·e·s demandent là aussi la couverture de la rivière pour des raisons d’hygiène, de sécurité et de circulation.
Réunion de 1963 : les habitant·e·s de la cité Floréal souhaitent couvrir la Vieille Mer © Archives Municipales de Saint-Denis (https://archives.saintdenis.fr), 4 Fi 5200
Perçue comme un égout à ciel ouvert, la Vieille Mer est finalement recouverte en 1967, en continuité avec la Promenade de la Vieille Mer. Elle laisse place à une promenade piétonne, dont le tracé reste visible grâce à l’encaissement du terrain et aux talus qui dessinent encore un talweg.
Vue aérienne de la cité Floréal en 1967 : à droite, la Vieille Mer recouverte menant au bidonville de La Campa © Jean Biaugeaud, SCIC Archives de la Caisse des Dépôts et consignations
Le Square des Mailles
De 2004 à 2016, dans le cadre du programme national de rénovation urbaine, l’Atelier Serge Renaudie mène la requalification des espaces publics du quartier. Le projet vise à relier les trois cités, en inscrivant le bâti dans un grand parc arboré. L’ancien lit de la Vieille Mer est ainsi transformé en coulée verte : un jardin en creux recueillant les eaux pluviales. Talus restructurés, plantations évoquant les berges, franchissements et liaisons vers les placettes adjacentes et les cheminements perpendiculaires composent une continuité visuelle et paysagère, réinterprétant la présence de la rivière.
Coupe de la Vieille Mer canalisée au niveau du Square des Mailles © CAUE 93
L’entrée du parc George Valbon
La promenade s’achève au boulevard Maxime Gorki, où la route départementale coupe et invisibilise la Vieille Mer.
Le talweg de la Vieille Mer s’arrête ici au profit de l’infrastructure routière © CAUE 93
Au fil du parcours, se révèle la manière dont l’urbanisation et la disparition progressive des activités agricoles, artisanales et industrielles ont transformé ce cours d’eau en égout à ciel ouvert, avant qu’il ne soit recouvert.
Aujourd’hui, alors que l’eau retrouve une place centrale en ville (nouveaux usages, lien avec la nature, adaptation climatique, biodiversité…), la question de la découverture se pose. Et cela ne date pas d’hier : dès 1997, le Département commandite une étude de faisabilité à l’agence Composante Urbaine, dirigée par l’urbaniste et hydrologue Christian Piel, qui fondera plus tard l’agence Urban Water. En 2021, l’APUR réalise à son tour une étude de redécouverte de cette rivière pour Plaine Commune et le Département. En 2024, dans son manifeste “La Seine-Saint-Denis, territoire d'eau”, le Département initie une nouvelle politique publique pour créer davantage d’espaces bleus” accessibles aux habitant·e·s, en proposant notamment la réouverture de cours d’eau enterrés.
Pour aller plus loin :
Les études de l’APUR sur la redécouverte de Vieille Mer
Le manifeste Seine-Saint-Denis, un territoire d’eau
Le podcast Seine-Saine-Denis, un territoire d’eau
L’exposition sur les usages passés et futurs de l’eau en Seine-Saint-Denis
La cartographie narrative des usages l’eau en Seine-Saint-Denis
Activités annexes
Accéder au parcours
Bus
La Briche (ligne 254)
Vélib'
Port - Confluence, 93200 Saint-Denis
Gare RER de Saint-Denis, 93200 Saint-Denis
Jules Guesdes - Carnot, 93200 Saint-Denis
Tramway
Paul Eluard (ligne T8)
Gare de Saint-Denis (ligne T1)
RER
Saint-Denis (ligne D)
Saint-Denis (ligne H)


