DétourLes CAUE  d'Île-de-France
Détour
4,6km
3h

Le stade Nautique Olympique de Vaires-sur-Marne

Architecture
© Martin Argyroglo - 2023
Architecture
© Martin Argyroglo - 2023

media© CAUE77- MEH - 2023

À l’est de Paris, dans une boucle de la Marne, près de 200 hectares s’étendent entre le fleuve, au sud, et un canal de navigation, au nord. Cette géographie singulière — une terre traversée par l’eau, modelée par l’eau, presque dissoute dans l’eau — a connu plusieurs vies. Plaine agricole autrefois, carrière d’extraction de sable pendant trois décennies, puis site sportif à partir des années 1990, le lieu est entièrement réaménagé entre 2015 et 2019, à la suite d’un concours architectural international lancé par la Région Île-de-France.

Il s’agit alors de repenser un équipement vieux d’une vingtaine d’années, afin de le porter au niveau des standards internationaux du sport de haut niveau. La perspective des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 impose à Paris et à l’Île-de-France de disposer d’un réseau de sites adaptés aux exigences de chaque discipline. À Vaires-Torcy, l’ancienne base nautique doit ainsi devenir un équipement de référence pour l’aviron, le canoë-kayak et l’eau vive.

L’agence Auer Weber, en collaboration avec l’agence de paysage TER, est retenue pour dessiner le projet. L’objectif régional est double : créer un équipement capable d’accueillir les plus grandes compétitions internationales, tout en maintenant un lieu de pratique pour les clubs franciliens d’aviron et de canoë-kayak qui utilisaient déjà le site.

Plus de cinq années de chantier ont été nécessaires pour transformer cette ancienne base nautique en l’un des grands centres mondiaux dédiés à l’aviron, au canoë-kayak et à l’eau vive. En 2024, le site devient l’un des théâtres des Jeux de Paris, offrant à ce paysage de Seine-et-Marne une visibilité internationale, captant une part des cinq milliards de téléspectateurs.

Mais une promenade ici ne se réduit pas au sport. Elle traverse une vallée habitée depuis des siècles, longe les traces d’un puissant passé industriel — celui de la chocolaterie Menier — qui a profondément marqué le nord de la Seine-et-Marne, croise un projet architectural contemporain remarqué, et offre, presque à chaque pas, une lecture du grand paysage de la vallée de la Marne.

Ce livret propose dix étapes thématiques. Chacune s’attache à un point du parcours et y développe quelques fils de lecture : géographie, histoire, paysage, architecture, dispositifs sportifs. Vous pouvez le suivre dans l’ordre proposé, ou y revenir librement au fil de votre balade.

Parcours réalisé par le CAUE de Seine-et-Marne, en partenariat avec les CAUE d'Île-de-France et avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, dans le cadre d'Archipel Francilien.

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Mode de mobilité
À pied
Type de parcours
Promenade
Publics
En famille
Jeune public

Aperçu du parcours

Étape 1

Du Plateau Vif, lire le grand paysage

media Vue du plateau vif, formant belvédère © Martin Argyroglo - 2023

Découverte de l'histoire du lieu avec François Dufour. Enregistrement audio. ©CAUE77

Une vallée, un lac, une orientation

L'étendue qui s'ouvre face à nous mesure plus de 2 kilomètres dans son axe principal est-ouest. Cette orientation, presque géométrique, n'est pas un accident géographique : elle est la mémoire de la carrière d'extraction qui occupe le site pendant trois décennies (nous y reviendrons à l'étape 4). Le plan d'eau a hérité de la forme de l'exploitation, et le projet sportif s'est inscrit dans cette géographie disponible. C'est la raison pour laquelle le bassin de compétition d'aviron — qui exige exactement cette longueur pour ses courses en ligne — a pu naître ici sans terrassement supplémentaire majeur.

Lire les silhouettes du coteau de Noisiel

Vers le sud, au-delà de la Marne — invisible d’ici tant elle est encaissée —, le coteau de Noisiel offre une lecture rapide d’un demi-siècle d’urbanisme francilien. De droite à gauche, trois silhouettes se détachent, toutes érigées dans les années 1970, au moment où la Ville Nouvelle de Marne-la-Vallée se construit autour de la chocolaterie Menier.

La Tour des Jeunes Mariés d’abord. Réalisée au début des années 1970 par Martine et Philippe Deslandes (1932-1988), elle dresse ses seize étages dans le quartier du Luzard à Noisiel. À l’origine, ses 121 logements sont destinés à de jeunes couples sans enfant — ce qui lui vaut son surnom. Réhabilitée entre 2012 et 2013 sous maîtrise d’ouvrage France Habitation, elle se reconnaît aujourd’hui à son enveloppe en panneaux aluminium façon cuivre, posée lors des travaux d’isolation thermique. Deux autres tours du même type existent à Villetaneuse et à Cergy-Pontoise.

Les Deslandes occupent une place importante dans l’architecture des villes nouvelles franciliennes. Ils défendent une architecture à échelle humaine, attentive aux espaces verts et à l’espace public — à rebours des grands ensembles qui dominent alors. On leur doit notamment la gare de Cergy-Saint-Christophe, reconnaissable à ses horloges de dix mètres de diamètre, et la halle du marché de Saint-Quentin-en-Yvelines. À Élancourt, ils conçoivent un quartier entier dont les rues portent des noms de couleurs : rue Bleue, rue Rouge, rue Mauve.

Puis vient le Château d’eau des Quatre Pavés de Christian de Portzamparc, réalisé entre 1971 et 1974 : première œuvre construite de celui qui devient, en 1994, le premier architecte français lauréat du Prix Pritzker. Conçu comme une tour de Babylone végétale plantée au milieu d’un rond-point, il se veut un signal dans la ville naissante — une liaison symbolique entre la Marne en contrebas, les parcs alentour et l’urbanisation qui s’annonce.

Enfin apparaissent les deux Totems, châteaux d’eau jumeaux du Val Maubuée, conçus comme des portes symboliques de la ville nouvelle. Leur habillage fait l’objet, en 1972, d’un concours international lancé par l’Epamarne. C’est le peintre et sculpteur Maurice Garnier qui est retenu. Il imagine deux êtres protecteurs, à la manière de totems, incarnant le Soleil et la Lune : une articulation symbolique entre la ville et son environnement naturel, entre la forêt et le ciel. Le premier, revêtu de mosaïque en pâte de verre, symbolise le Soleil ; le second, laissé à l’état brut, incarne la Lune et n’est achevé qu’en 1992.

Ces silhouettes témoignent du moment où la Ville Nouvelle de Marne-la-Vallée cherche à se donner une identité dans un paysage encore en construction.

En contrebas, au bord de la Marne, la Cathédrale des usines Menier rappelle l’histoire industrielle plus ancienne de Noisiel.

D'ici, ces émergences mettent en relation plusieurs strates du territoire et de son histoire : elles constituent des points d'ancrage, des repères, dans un territoire en mutation.

Le plateau vif, geste fondateur du projet

Sous nos pieds se déploie ce que les architectes d'Auer Weber ont nommé le « plateau vif ».

C'est l'élément structurant de tout le projet : une surface surélevée d'environ 500 mètres de long, qui s'étire du nord au sud parallèlement à la berge. Le plateau remplit simultanément deux fonctions opposées et complémentaires : il connecte — il assure la continuité entre l'entrée du site au nord et les équipements publics au sud ; et il sépare — sous lui se logent les bâtiments du sport de haut niveau, où les athlètes peuvent s'entraîner à l'abri du regard direct, tout en restant visibles depuis le plateau.

Le sol n'est plus simplement un support : c'est un outil architectural. Il est à la fois toit, route, belvédère et toiture végétalisée. Cette ambiguïté assumée — où s'arrête le paysage, où commence le bâtiment ? — sera l'un des fils conducteurs de notre balade.

La Tour d'arrivée comme premier repère sportif

Au premier plan, sur l'eau, se détache un volume vertical : la Tour d'arrivée. Elle culmine à 12 mètres au-dessus du plan d'eau, et abrite au premier étage la chambre du juge d'arrivée, calée précisément sur la ligne d'arrivée des compétitions — laquelle se trouve à 5 mètres à l'intérieur du lac. Tout y est mesuré au centimètre près : la précision olympique est une exigence stricte.

Mais cette tour est aussi une machine sensorielle. Lorsque le vent agite la surface du lac, l'observateur installé derrière la baie vitrée ressent un effet curieux, comparable à celui que l'on connaît dans un train : l'eau bouge, et la tour semble flotter sur le lac. 

Une promenade qui s'annonce

Le plateau vif est le point de départ idéal pour comprendre le projet. Depuis ici, vous voyez en une seule lecture l'organisation générale du site : la berge d'aviron à l'ouest, les hangars et bâtiments sportifs sous le plateau, le pôle de loisirs au sud, le canal de Chelles au nord. C'est en suivant ce plateau, en franchissant les ponts qu'il enjambe, en descendant à hauteur d'eau ou en remontant aux belvédères, que la balade va se développer.

Étape 1

Du Plateau Vif, lire le grand paysage

media Vue du plateau vif, formant belvédère © Martin Argyroglo - 2023

Découverte de l'histoire du lieu avec François Dufour. Enregistrement audio. ©CAUE77

Une vallée, un lac, une orientation

L'étendue qui s'ouvre face à nous mesure plus de 2 kilomètres dans son axe principal est-ouest. Cette orientation, presque géométrique, n'est pas un accident géographique : elle est la mémoire de la carrière d'extraction qui occupe le site pendant trois décennies (nous y reviendrons à l'étape 4). Le plan d'eau a hérité de la forme de l'exploitation, et le projet sportif s'est inscrit dans cette géographie disponible. C'est la raison pour laquelle le bassin de compétition d'aviron — qui exige exactement cette longueur pour ses courses en ligne — a pu naître ici sans terrassement supplémentaire majeur.

Lire les silhouettes du coteau de Noisiel

Vers le sud, au-delà de la Marne — invisible d’ici tant elle est encaissée —, le coteau de Noisiel offre une lecture rapide d’un demi-siècle d’urbanisme francilien. De droite à gauche, trois silhouettes se détachent, toutes érigées dans les années 1970, au moment où la Ville Nouvelle de Marne-la-Vallée se construit autour de la chocolaterie Menier.

La Tour des Jeunes Mariés d’abord. Réalisée au début des années 1970 par Martine et Philippe Deslandes (1932-1988), elle dresse ses seize étages dans le quartier du Luzard à Noisiel. À l’origine, ses 121 logements sont destinés à de jeunes couples sans enfant — ce qui lui vaut son surnom. Réhabilitée entre 2012 et 2013 sous maîtrise d’ouvrage France Habitation, elle se reconnaît aujourd’hui à son enveloppe en panneaux aluminium façon cuivre, posée lors des travaux d’isolation thermique. Deux autres tours du même type existent à Villetaneuse et à Cergy-Pontoise.

Les Deslandes occupent une place importante dans l’architecture des villes nouvelles franciliennes. Ils défendent une architecture à échelle humaine, attentive aux espaces verts et à l’espace public — à rebours des grands ensembles qui dominent alors. On leur doit notamment la gare de Cergy-Saint-Christophe, reconnaissable à ses horloges de dix mètres de diamètre, et la halle du marché de Saint-Quentin-en-Yvelines. À Élancourt, ils conçoivent un quartier entier dont les rues portent des noms de couleurs : rue Bleue, rue Rouge, rue Mauve.

Puis vient le Château d’eau des Quatre Pavés de Christian de Portzamparc, réalisé entre 1971 et 1974 : première œuvre construite de celui qui devient, en 1994, le premier architecte français lauréat du Prix Pritzker. Conçu comme une tour de Babylone végétale plantée au milieu d’un rond-point, il se veut un signal dans la ville naissante — une liaison symbolique entre la Marne en contrebas, les parcs alentour et l’urbanisation qui s’annonce.

Enfin apparaissent les deux Totems, châteaux d’eau jumeaux du Val Maubuée, conçus comme des portes symboliques de la ville nouvelle. Leur habillage fait l’objet, en 1972, d’un concours international lancé par l’Epamarne. C’est le peintre et sculpteur Maurice Garnier qui est retenu. Il imagine deux êtres protecteurs, à la manière de totems, incarnant le Soleil et la Lune : une articulation symbolique entre la ville et son environnement naturel, entre la forêt et le ciel. Le premier, revêtu de mosaïque en pâte de verre, symbolise le Soleil ; le second, laissé à l’état brut, incarne la Lune et n’est achevé qu’en 1992.

Ces silhouettes témoignent du moment où la Ville Nouvelle de Marne-la-Vallée cherche à se donner une identité dans un paysage encore en construction.

En contrebas, au bord de la Marne, la Cathédrale des usines Menier rappelle l’histoire industrielle plus ancienne de Noisiel.

D'ici, ces émergences mettent en relation plusieurs strates du territoire et de son histoire : elles constituent des points d'ancrage, des repères, dans un territoire en mutation.

Le plateau vif, geste fondateur du projet

Sous nos pieds se déploie ce que les architectes d'Auer Weber ont nommé le « plateau vif ».

C'est l'élément structurant de tout le projet : une surface surélevée d'environ 500 mètres de long, qui s'étire du nord au sud parallèlement à la berge. Le plateau remplit simultanément deux fonctions opposées et complémentaires : il connecte — il assure la continuité entre l'entrée du site au nord et les équipements publics au sud ; et il sépare — sous lui se logent les bâtiments du sport de haut niveau, où les athlètes peuvent s'entraîner à l'abri du regard direct, tout en restant visibles depuis le plateau.

Le sol n'est plus simplement un support : c'est un outil architectural. Il est à la fois toit, route, belvédère et toiture végétalisée. Cette ambiguïté assumée — où s'arrête le paysage, où commence le bâtiment ? — sera l'un des fils conducteurs de notre balade.

La Tour d'arrivée comme premier repère sportif

Au premier plan, sur l'eau, se détache un volume vertical : la Tour d'arrivée. Elle culmine à 12 mètres au-dessus du plan d'eau, et abrite au premier étage la chambre du juge d'arrivée, calée précisément sur la ligne d'arrivée des compétitions — laquelle se trouve à 5 mètres à l'intérieur du lac. Tout y est mesuré au centimètre près : la précision olympique est une exigence stricte.

Mais cette tour est aussi une machine sensorielle. Lorsque le vent agite la surface du lac, l'observateur installé derrière la baie vitrée ressent un effet curieux, comparable à celui que l'on connaît dans un train : l'eau bouge, et la tour semble flotter sur le lac. 

Une promenade qui s'annonce

Le plateau vif est le point de départ idéal pour comprendre le projet. Depuis ici, vous voyez en une seule lecture l'organisation générale du site : la berge d'aviron à l'ouest, les hangars et bâtiments sportifs sous le plateau, le pôle de loisirs au sud, le canal de Chelles au nord. C'est en suivant ce plateau, en franchissant les ponts qu'il enjambe, en descendant à hauteur d'eau ou en remontant aux belvédères, que la balade va se développer.

Étape 2

Entrelacs, du cheminement de l'eau, des athlètes et des promeneurs

media © Martin Argyroglo - 2023

Quatre pôles, un archipel Le site est organisé en quatre pôles sportifs distincts, que les architectes ont traités comme autant d’îles d’un même archipel : le pôle d’excellence nautique, dédié au sport de haut niveau et à l’hébergement ; le pôle nautique grand public, tourné vers les loisirs sur le lac ; le stade d’eau vive, consacré à la compétition et à l’entraînement du canoë-kayak slalom ; et le pôle Open Set, qui rassemble tennis, badminton et sports indoor. Cette logique d’archipel a convaincu le jury du concours international : plutôt qu’un grand bâtiment unique, le projet propose une mosaïque d’équipements reliés entre eux par le sol, l’eau et les cheminements.

Un parti pris paysager L’un des grands choix du projet est de faire de l’architecture non pas un objet isolé, mais un paysage habité. Le stade nautique prend racine dans le dessin même des infrastructures du stade d’eau vive : bâtiments, ponts, toitures végétalisées, gradins enherbés et modelés de terrain composent un ensemble continu. Au fil de la déambulation, l’architecture apparaît puis disparaît, tantôt bâtiment, tantôt relief, tantôt belvédère.

Une continuité végétale Le modelage du site s’accompagne de nombreuses plantations, destinées à recréer à terme un environnement végétal riche et diversifié. Les gradins enherbés du stade d’eau vive se fondent dans ces reliefs, donnant aux abords des bassins un aspect presque naturel. Le projet cherche ainsi à retrouver, par l’architecture et le paysage, quelque chose de l’imaginaire des sites de canoë-kayak en rivière.

Le « canal d’amenée », une liaison navigable Pour comprendre ce qui se joue ici, il faut suivre l’eau. Sous le bâtiment-pont que vous franchissez s’ouvre un canal d’amenée, calme et large, qui relie directement le lac aux bassins de départ du stade d’eau vive. Ce canal n’est pas un simple fossé technique : c’est une voie navigable, dimensionnée pour que les kayakistes puissent l’emprunter à la rame. Lorsqu’un sportif s’apprête à s’entraîner sur les rapides, il quitte le hangar, met son embarcation à l’eau, puis pagaie jusqu’à l’amont du stade. L’échauffement commence ainsi dans le déplacement lui-même.

L’eau : gérer les flux Le projet devait répondre à de fortes contraintes hydrauliques, sportives et géométriques. Pour le stade d’eau vive, la forme en C a été retenue : elle rapproche le départ et l’arrivée pour les sportifs, tout en absorbant une différence d’altitude d’environ 3,5 mètres. Cette organisation permet aussi de libérer les espaces nécessaires à l’accueil du public lors des grandes compétitions, notamment par l’installation de tribunes, sans rompre l’équilibre paysager du site.

Une alternative terrestre : la rue interne Tous les flux ne passent pas par l’eau. À l’intérieur du pôle d’excellence court une rue interne, large couloir traversant les hangars dans toute leur longueur. Elle permet aux kayakistes qui ne rejoignent pas le stade par le canal de porter leur embarcation jusqu’au bassin d’eau vive. Elle sert aussi au passage du matériel lors des grands événements. Voie d’eau et voie terrestre se complètent ainsi dans un système logistique très précis, presque invisible pour le promeneur.

Les bâtiments-ponts, articulations du parcours

media © CAUE77- MEH-2023 La promenade que nous suivons sur le plateau vif franchit deux canaux successifs à l’aide de bâtiments qui font office de ponts. Le premier, sous nos pieds, relie le plan d’eau calme au stade d’eau vive. Le second conduit vers la rivière paysagère, dispositif d’échauffement et de promenade aquatique situé au sud du site. Ces franchissements ne sont pas de simples passerelles : ils sont habités, utiles, intégrés au fonctionnement du site.

Lier les vues par l’architecture Le plateau vif, longue toiture végétalisée conçue comme un parcours, permet d’embrasser progressivement l’ensemble du site. Depuis ce niveau, le promeneur traverse, observe, surplombe et relie du regard les différents pôles. L’architecture ne sert donc pas seulement à abriter des fonctions : elle organise aussi les vues, les déplacements et la compréhension du site.

Deux kilomètres de passerelles, un kilomètre de rivières artificielles L’ensemble du site totalise près de deux kilomètres de passerelles et de ponts, et environ un kilomètre de rivières artificielles. Cette densité d’infrastructures ne se ressent pourtant pas comme telle. C’est l’une des prouesses du projet : rendre lisible une complexité technique considérable. Le visiteur ne perçoit pas d’abord une machine sportive, mais un paysage traversé par l’eau.

Croisement sans rencontre : la séparation des flux Une exigence forte du programme olympique impose que les athlètes et le public ne se croisent pas, afin de préserver les conditions d’entraînement, garantir la sécurité des compétitions et fluidifier les déplacements lors des grands événements. Mais comment séparer sans construire de barrières visibles ? La réponse tient notamment dans le jeu des niveaux. Les athlètes circulent en contrebas, au niveau de l’eau, des bateaux, des pontons et des zones techniques ; les promeneurs circulent au-dessus, sur le plateau vif. Les deux flux s’entrecroisent géométriquement, mais ne se rencontrent jamais.

Le pôle de loisirs nautiques sous nos pieds À ce moment de la balade, nous surplombons précisément le pôle de loisirs nautiques, l’un des quatre pôles du site. C’est ici, à hauteur d’eau, que se déroulent les activités grand public : initiations au canoë et au kayak, location d’embarcations, pratiques de plein air.

Le pôle est volontairement ouvert et accessible, en contraste avec le pôle d’excellence que nous découvrirons plus loin. Cette cohabitation entre amateurs, sportifs de haut niveau, promeneurs et spectateurs est l’un des paris forts du projet. À Vaires-Torcy, le sportif olympique et le promeneur dominical partagent finalement une même géographie : séparés par les niveaux et les usages, mais réunis par le même paysage.

Étape 3

La Marne et la Chocolaterie, un empire industriel bâti sur l'eau

media Vue présentant la Marne. En arrière plan, on aperçoit les différents bâtiments de la chocolaterie de gauche à droite : le moulin Saulnier, le bâtiment de dressage, le pont Hardi, la Cathédrale, un des deux barrages. © Archives départementales de Seine-et-Marne

Une rivière, une énergie, une dynastie

Avant que ce site ne devienne sportif, il est industriel. Et avant d'être industriel, il est hydraulique. C'est en 1825 que Jean-Antoine Brutus Menier, pharmacien, installe une petite manufacture à côté du moulin de Noisiel, au bord de la Marne, à quelques centaines de mètres.

Ce qui l'attire ici, ce n'est ni le sol, ni la proximité de Paris : c'est l'énergie hydraulique du fleuve, captée par le moulin et redistribuée aux machines. La rivière fournit la force motrice ; le moulin la transmet ; l'usine la transforme en chocolat.

De cette modeste implantation va naître l'une des plus puissantes dynasties industrielles du XIXᵉ siècle français. À la fin du siècle, les Menier sont les premiers producteurs mondiaux de chocolat, propriétaires de cacaoyères au Nicaragua, d'une flotte commerciale, d'une cité ouvrière modèle à Noisiel, et de plusieurs autres usines à travers le territoire.

Et la proximité de Paris sera un atout.

Le moulin Saulnier : modernité technique et exotisme décoratif

Le moulin que vous distinguez depuis ici est l'œuvre de l'architecte Jules Saulnier, achevé en 1871. C'est un bâtiment doublement remarquable. Techniquement, il est l'un des premiers bâtiments au monde à exposer ouvertement son ossature métallique : les poutrelles de fer sont visibles en façade, jouées comme un dessin architectural et non dissimulées comme on l'aurait fait à l'époque pour un édifice « noble ». Cette franchise constructive est innovante.

Décorativement, il est tout aussi original. Les façades sont rythmées par des céramiques et des briques vernissées d'inspiration orientale, qui dialoguent avec l'ossature métallique. Saulnier compose ainsi un objet hybride, à la fois résolument industriel et profondément ornemental. En 1992, le moulin Saulnier devient le premier bâtiment industriel français classé Monument Historique.

mediaVue générale du bâtiment sur l'eau, coté d'aval. Usine Menier à Noisiel. J. Saulnier architecte © Archives départements de Seine-et-Marne

media © Martin Argyroglo

La Cathédrale "Sauvestre" : un béton armé pionnier

media© Martin Argyroglo

Vers 1906, la chocolaterie agrandit son complexe avec un bâtiment monumental conçu par Stephen Sauvestre — par ailleurs l'architecte associé à la tour Eiffel quelques années plus tôt. Ce bâtiment, surnommé « la Cathédrale » en raison de son volume imposant et de ses façades néoclassiques, est l'un des tout premiers bâtiments français construits en béton armé.

Consécration du béton qui va dominer l’architecture de ce siècle comme le fer avait dominé celle du XIXe, la Cathédrale s’élève sur 8 étages. Sa construction en gradin, la position des corniches, la hauteur des pilastres qui donnent l’illusion d’une construction de 4 étages, accentuent son caractère monumental.

On remarque que l’atelier d’usine est habillé comme un palais. Mais si l’on enlève à ces façades, les pilastres et les corniches, on découvre un bâtiment d’une grande simplicité de conception, un véritable outil industriel. Son principe constructif est modulaire : des poteaux verticaux, des poutres horizontales, sur lesquelles reposent les dalles du plancher.

Ce bâtiment est le plus imposant et l’un des derniers réalisés sur ce site industriel dont les constructions se sont étalées entre 1860 et 1910. Il loge alors une chaîne de production verticale pour la préparation et le mélange des sucres incorporés au cacao, ainsi que du stockage de matières premières. Il abritera des bureaux du siège social de Nestlé France jusqu’en 2020.

Le contraste avec le moulin Saunier est saisissant : à un demi-siècle d'écart, l'usine passe de l'ossature métallique exposée et orientale au béton coulé masqué sous des façades académiques. Mais derrière l'apparence néoclassique, c'est la même logique qui opère : la modernité technique au service de la production industrielle.

Une géographie marquée par les Menier

L'empire Menier ne s'est pas limité à l'usine. Autour de Noisiel, les Menier ont fait construire une cité ouvrière modèle (parmi les premières en France), une école, un château pour la famille, des fermes, des bois aménagés. Le nord de la Seine-et-Marne porte encore aujourd'hui la trace de cette emprise : c'est un véritable territoire industriel structuré autour d'une seule famille et d'un seul fleuve.

Du chocolat au sport : une même mémoire de l'eau

Le canal de navigation qui borde notre site au nord — le canal de Chelles — n'est pas étranger à cette histoire. Il est creusé en partie pour contourner les déversoirs et les moulins de la chocolaterie. Aujourd'hui qu'il sépare le site sportif de l'urbanisation, il garde la mémoire de cette ingénierie hydraulique du XIXᵉ siècle. Le chocolat et le sport partagent ainsi, à Vaires comme à Noisiel, une même dépendance à la force de l'eau.

Étape 4

Du sable au lac, histoire d’une reconquête

media La rive sud, le bassin; sur la gauche, en second plan, l'isthme de la rive sud ; au loin la rive nord © Martin Argyroglo . 2023

Une plaine alluviale agricole

Pendant des siècles, ce qui est aujourd'hui un plan d'eau de 2 kilomètres est une plaine humide, fertile, traversée par les méandres de la Marne. Champs cultivés, pâturages, prairies de fauche, peupleraies en bordure de berge composent un paysage typique de la vallée. L'eau est là — partout, en nappe phréatique sous le sol — mais elle ne forme pas le paysage. Elle l'irrigue silencieusement.

media 1919 © Remonter le temps - IGN

media En arrière-plan, le boisement planté par Menier, en 1946. Ces peupliers étaient destinés à la fabrication des cagettes, pour stocker et transporter. Au premier plan, la Cathédrale, bâtiment phare de l'ancienne usine de chocolat Menier. © Remonter le temps - IGN

À l'apogée de la Chocolaterie Menier, cette plaine humide prend une fonction nouvelle. Des peupliers y sont plantés en masse — essence idéale, car elle atteint sa maturité en moins de 25 ans sur ces sols alluviaux gorgés d'eau. Ce bois n'est pas un décor : c'est une matière première industrielle. Il alimente directement l'atelier des caisses de l'usine de Noisiel, en face, dans l'ombre de ce que les habitants appellent déjà "la cathédrale". Là, les planches sont débitées, rabotées, imprimées au rouleau, puis assemblées à la chaîne par des machines américaines. À son apogée, l'atelier produit entre 800 et 1 000 caisses par jour, pour emballer quelque 4 200 kg de chocolat destinés à l'expédition. La peupleraie est une pièce d'un empire intégré qui entend tout maîtriser — de la fève de cacao à la caisse qui quitte l'usine.

Après 1914, le déclin progressif de l'empire Menier fragilise l'ensemble du système. La concurrence s'intensifie, la demande stagne, les restructurations s'enchaînent. Tout ce qui n'est pas directement lié à la fabrication du chocolat devient une charge. La peupleraie perd sa raison d'être. Le terrain est abandonné, puis cédé — fragment parmi d'autres d'un domaine foncier de 1 500 hectares que la famille démantèle progressivement au fil du XXe siècle.

L'âge des carrières (1950 - 1980)

media Île de loisir de Vaires-sur-Marne à la fin de son exploitation, 1981 © Remonter le temps - IGN

Tout change dans les années 1950. La Reconstruction d'abord, puis la formidable croissance urbaine de l'Île-de-France, créent une demande massive de granulats : sable, gravier, matériaux de construction. Or les alluvions de la Marne sont d'une qualité remarquable. Les carrières s'ouvrent. Jusqu'à la fin des années 1960, la vocation agricole du site perdure encore — mais l'extraction commence déjà. Au début des années 1970, la surface exploitée s'accroît considérablement et les dernières terres agricoles disparaissent. Pendant plus de vingt ans, des excavatrices creusent ici pour alimenter les chantiers de la région : logements de la banlieue parisienne, voiries, infrastructures. Ce sont au total plus de neuf millions de tonnes de sable et de gravier qui seront extraites entre 1978 et 1989. La sablière est exploitée par la Société Callet-Saunal de Château-Thierry, puis reprise par la Société Morillon-Corvol. Une partie est située sur la commune de Torcy.

Ces carrières atteignent la nappe phréatique et se remplissent d'eau dès qu'on cesse de pomper. Le paysage devient lunaire : plans d'eau brutaux aux berges abruptes, monticules de remblais, machines à l'arrêt. Une géographie en transformation perpétuelle, sans projet — ou presque. Car dès les années 1980, alors que l'exploitation décline encore, une première vision commence à s'esquisser pour ce territoire en creux.

Une reconquête anticipée

L'élégance de ce qui s'est joué ici tient à un fait peu courant : la reconversion du site a été pensée avant la fin de l'exploitation. Dès les années 1980, alors que les carrières fonctionnent encore, l'Agence des espaces verts de la Région Île-de-France formule un projet : créer ici « un vaste ensemble avec plans d'eau, équipements sportifs, terrains de jeux et de compétition ». L'idée n'est pas de combler les carrières, mais d'en faire la matière première d'un nouveau paysage.

Cette anticipation s'inscrit dans une réflexion plus large sur la façon dont on pense alors les villes nouvelles. Dans les années 1960-1970, l'État décide de desserrer l'étau de Paris en créant, à distance raisonnable, des villes entières conçues de zéro — Cergy, Évry, Saint-Quentin-en-Yvelines, et ici Marne-la-Vallée. L'idée n'est pas seulement de construire des logements : c'est d'offrir à des centaines de milliers d'habitants un cadre de vie complet, avec des équipements, des commerces, mais aussi des espaces naturels, des parcs, des plans d'eau et des équipements sportifs. Le SDAU régional de 1965 prévoit ainsi quatre unités urbaines desservies par le RER, séparées les unes des autres par des zones naturelles, agricoles ou forestières préservées. Nature et sport ne sont pas des suppléments d'âme — ils sont programmés dès l'origine comme des composantes structurantes de la ville nouvelle.

Vaires-Torcy est désigné comme l'un de ces poumons. Les carrières en cours d'épuisement offrent une opportunité rare : un vaste espace déjà creusé, déjà en eau, en bordure de Marne, à quelques kilomètres des futurs quartiers. À l'est se développe la base de Torcy, 145 hectares articulés autour de deux plans d'eau, dont l'un consacré à la baignade avec sa plage. Il suffit — si l'on peut dire — d'en faire quelque chose.

Lire le territoire avant de le transformer

Dès 1975, le paysagiste Bernard Lassus est chargé de concevoir le schéma directeur d'aménagement de la base de loisirs de Vaires-Torcy. Lassus est une figure singulière du paysagisme français — plasticien de formation, théoricien autant que praticien, il a élaboré une pensée du projet fondée sur le "support" : ce substrat paysager existant, avec ses qualités propres, que tout projet doit d'abord lire et valoriser avant d'y apposer quoi que ce soit. Il a enseigné cette démarche pendant quarante ans dans les grandes écoles de paysage et d'architecture, en France comme à l'étranger.

À Vaires, cette méthode trouve un terrain d'application idéal. Il ne projette pas un parc sur une page blanche — il compose avec ce qui est là : les carrières en eau, le sol alluvial bouleversé, les berges brutales. Ce matériau brut devient la substance même du nouveau paysage, plutôt que l'obstacle à surmonter.

1991 : les premières compétitions, une légitimité qui s'installe

Les berges sont progressivement remodelées, la qualité de l'eau stabilisée, les équipements construits. Le samedi 13 avril 1991, le bassin — alors appelé "bassin olympique de Champfleuri" — accueille sa première compétition officielle : la Coupe de France des ligues d'aviron, organisée par la Société Nautique de Lagny-sur-Marne avec cent bénévoles. Le succès est immédiat, et pas moins de onze compétitions nationales et internationales d'aviron s'y tiennent jusqu'en 2000.

Le site accueille des Championnats du Monde dès 1991 et 1995, bien avant les grands travaux de modernisation. C'est cette légitimité sportive, construite sur trente ans de compétitions internationales, qui rend le site crédible lorsque Paris candidate aux Jeux de 2024. Vaires n'est pas choisi parce qu'il est neuf — il est choisi parce qu'il a fait ses preuves.

La ripisylve, ou la nature qui revient

Ce qui frappe aujourd'hui quand on parcourt les berges, c'est la densité de la végétation qui les borde. Saules, aulnes, peupliers, roselières et hautes herbes forment ce que les botanistes appellent une ripisylve — la forêt riveraine typique des cours d'eau. Cette végétation s'est installée naturellement depuis quarante ans, profitant de la richesse alluviale du sol et de l'humidité permanente. Elle a transformé l'allure du site : ce qui était un lac brut est devenu un paysage habité par le végétal.

Ce retour du vivant n'est pas le fruit d'un plan de replantation — c'est une reconquête. La nature, laissée à elle-même sur ces sols alluviaux fertiles et gorgés d'eau, a simplement repris ce qui lui appartenait. La période du Covid y a d'ailleurs contribué de façon inattendue : le chantier ralenti, les accès fermés pendant de longs mois, ont agi comme un accélérateur — offrant à une végétation déjà bien installée le répit suffisant pour gagner encore du terrain.

Le projet d'Auer Weber a globalement respecté cette ripisylve. Seule la rive nord, où la rectitude de la berge est une exigence technique des compétitions d'aviron, a nécessité quelques aménagements — dont le déplacement de roselières vers la rive sud. Et c'est précisément dans ces roselières que s'est installé, entre 2015 et 2020, un hôte inattendu : le Blongios nain.

Le Blongios nain et les roselières

Le Blongios nain est le plus petit héron d’Europe. Discret, farouche, il se dissimule dans les roselières denses où il niche à faible hauteur. Sa présence est un indicateur fiable de la qualité des zones humides.

Ce qui rend son histoire sur le site remarquable, c’est qu’il n’y nichait pas avant 2015. C’est précisément pendant la période où l’entretien du site a été réduit à son minimum — entre 2015 et 2020, durant les travaux de modernisation — que les roselières se sont développées spontanément sur la berge nord, et que l’espèce a colonisé le site pour la première fois. Un beau cas de “rewilding” involontaire : l’inaction humaine comme condition du retour du vivant. La période du Covid, qui a ralenti le chantier et fermé l’accès au public, y a d’ailleurs contribué de façon inattendue.

Mais la préparation des Jeux créait une contrainte irréductible : les normes internationales d’aviron imposent une visibilité parfaite sur l’ensemble des 2 km de la ligne de course depuis la berge nord. Une roselière haute de plusieurs mètres est exactement le type d’écran végétal qui gêne cette visibilité. Supprimer les roselières de la rive nord était donc inévitable. La question devenait : comment le faire en protégeant ce qui venait de revenir ?

Éviter, Réduire, Compenser — une méthode visible dans le paysage

En France, tout projet susceptible d’affecter des espèces protégées est soumis à la doctrine Éviter-Réduire-Compenser (ERC). Ce n’est pas une recommandation : c’est une obligation légale. Et ce site en est un cas d’école — avec une qualité rare : les trois étapes sont lisibles sur le terrain.

Éviter. Les roselières situées à l’ouest de la ligne de départ, hors du champ de vision des juges, ont été intégralement préservées. Pour les caméras qui couvraient la berge, des plateformes surélevées ont été installées au-dessus des roselières — évitant tout faucardage dans ces secteurs. Les installations de chantier ont été concentrées sur des espaces déjà artificialisés (parkings, courts de tennis). Ces roselières, vous pouvez les voir encore aujourd’hui : elles sont là parce que la réglementation a imposé de les protéger.

Réduire. Les travaux permanents ont été réalisés en période hivernale pour limiter le dérangement des espèces. Les flux de spectateurs lors des épreuves olympiques ont été canalisés vers deux points d’entrée uniques. Les espèces exotiques envahissantes — Renouée du Japon, Robinier faux-acacia, Aster lancéolé — ont été gérées pour améliorer la qualité des habitats résiduels. Chaque décision de chantier a été arbitrée en tenant compte de son impact sur le milieu.

Compenser. Les 0,88 ha de roselières détruites sur la rive nord ont généré une obligation de compensation calculée selon la “méthode miroir” : reconstituer, ailleurs et de façon pérenne, un milieu équivalent ou supérieur. Le résultat : 3 ha de milieux favorables créés et restaurés sur la rive sud, pour un gain évalué à 6,65 unités de compensation contre 3,96 requises. Le bilan écologique est donc globalement positif.

L’isthme de la rive sud — un sanctuaire créé de toutes pièces

Le site de compensation retenu est l’isthme de la rive sud — une avance en pointe dans le lac, moins fréquentée, où le Blongios nain avait déjà été observé à plusieurs reprises. On y a créé une “zone biodiversité” interdite au public, séparée par un fossé et des berges aménagées en techniques végétales. Les cheminements piétons ont été éloignés des berges. Des panneaux pédagogiques expliquent la démarche aux promeneurs.

Les nouvelles roselières y ont été implantées selon trois techniques complémentaires : étrépage et étalage de rhizomes provenant de la berge nord, transplantation de mottes adultes, et plantation en godet. Des bosquets de saules offrent des sites de nidification supplémentaires pour le Blongios nain. Des radeaux végétalisés complètent le dispositif en offrant des zones de repos et de refuge sur l’eau — jusqu’au bout, la technique au service du vivant.

Ce qui est pédagogiquement précieux ici, c’est que l’aménagement du territoire n’est pas une question purement technique : c’est un arbitrage entre usages légitimes, avec des effets parfois irréversibles sur les milieux naturels. Les Jeux olympiques avaient besoin de visibilité ; le Blongios nain avait besoin de ses roselières. La doctrine ERC n’a pas effacé le conflit — elle l’a obligé à se résoudre dans le paysage.

Étape 5

Entre ciel et eau, la ligne horizontale du paysage lacustre

media © Martin Argyroglo - 2023

L'horizontale comme parti pris

Depuis la berge, le regard épouse la ligne d'eau. Tout est horizontal : la surface du lac, la ligne basse des roselières, le long bandeau bâti qui longe la rive nord — et perpendiculairement, les façades du pôle sportif, du pôle d'excellence, du pôle hébergement et formation, du pôle nautique, qui se succèdent en une ligne continue, parallèle à la berge est. Elle semble se déplier pour révéler la profondeur de l'ensemble, du bassin jusqu'à la Marne.

Le projet architectural a délibérément renoncé à la verticalité, sauf en un point — la Tour d'arrivée — qui en devient d'autant plus visible. Cette domination de l'horizontale est une décision : elle respecte l'esprit du paysage lacustre, où rien ne doit faire écran entre le ciel et l'eau.

Un minimalisme architectural qui s'efface

L'architecture d'Auer Weber est ici volontairement minimaliste. Elle part des conditions et des opportunités propres au « génie des lieux » pour trouver la forme juste. Sur ce site, cette forme juste, c'est l'effacement — un bâtiment qui ne cherche pas à s'imposer dans le paysage, mais à en devenir une part.

Les volumes sont simples, les pentes douces, les saillies réduites, la couverture végétalisée, se fond dans le paysage. Les façades — un mélange de béton, de bois et de panneaux de polycarbonate translucides — sont choisies pour leur capacité à refléter les couleurs ambiantes : le bleu du ciel, le gris-vert du lac, l'orangé du soleil couchant. À certaines heures, l’équipement multifonction se confond presque avec son environnement. 

Ce parti est cohérent avec une position théorique revendiquée par l'architecte : le bâtiment s'inscrit dans le paysage, devient paysage, et dans le même mouvement le paysage devient bâtiment. Cette réversibilité — que Markus Hennig, architecte du projet, désigne sous le terme de LandArch — n'est pas un effet de style mais une méthode de projet.

La Tour d'arrivée, l’exception verticale

Dans cette horizontalité presque absolue, la Tour d'arrivée s'impose comme l'exception nécessaire. On y accède par une longue passerelle sur pilotis de près de 180 mètres, qui s'avance sur le lac avant de déposer le visiteur au pied de la tour — comme suspendu entre ciel et eau. Elle est l'instrument technique qui rend les compétitions possibles : c'est de là que les juges arbitrent la ligne d'arrivée, calée à 5 mètres dans le lac. Sa hauteur — 12 mètres au-dessus du plan d'eau — est strictement fonctionnelle, dictée par les angles de vue réglementaires.

Elle se détache du reste du site par sa forme et sa couleur. Elle n'imite pas le paysage : elle l'observe. Et depuis sa chambre vitrée, le vent et l'eau produisent cette illusion troublante d'une tour qui flotterait sur le lac.

Une tour disparue : avant la modernisation

Avant 2015, une autre tour domine la rive nord — une tour de verre et métal, perchée au-dessus des équipements de la base, héritée des années 1990. À la fois geste architectural et équipement fonctionnel, elle s'inscrit dans l'ensemble sportif du site. On dit qu'elle est difficile à vivre : glaciale en hiver, étouffante en été, inconfortable pour les juges et officiels condamnés à y travailler pendant de longues heures de compétition.

Elle est démolie dans le cadre du concours international lancé en 2012, qui vise à repenser entièrement le site vingt ans après sa première compétition mondiale : mettre aux normes le bassin, moderniser les équipements, inscrire Vaires dans la cartographie des très rares sites mondiaux capables d'accueillir aviron et canoë-kayak olympiques. La nouvelle Tour d'arrivée qui lui succède tire la leçon de cet héritage : hauteur strictement fonctionnelle, vitrage mesuré. Son implantation sur pilotis au-dessus du bassin lui confère une présence à la fois légère et emblématique.

Avant les travaux olympiques Le site de Vaires comprend également une base nautique avec hangar à bateaux, des pontons, des équipements liés aux compétitions d’aviron et de canoë-kayak, des terrains de tennis ouvert ou fermés.

Étape 6

Land Arch, quand le paysage devient architecture

media © Martin Argyroglo - 2023

Land Arch : une discipline, pas une mode

Le terme « Land Arch » — abréviation courante de *landscape architecture* — désigne une discipline de projet à part entière. Distincte de l'architecture des bâtiments comme du paysagisme végétal, elle pense le territoire, le sol, la topographie, l'eau et le bâti comme un continuum. Particulièrement développée dans les écoles germanophones et anglo-saxonnes, elle imprègne le travail de l'agence Auer Weber, basée en pays germano-autrichien.

Cette discipline refuse la distinction classique entre l'objet bâti et son site. Le sol n'est pas un support neutre sur lequel poser un bâtiment ; il est lui-même matière de projet, à modeler, soulever, creuser, recoudre. À Vaires, cette approche se lit partout, dès qu'on sait la regarder.

L’esprit du lieu ici repose sur les vues lointaines offertes sans cesse au promeneur qui passe du sol au ciel du projet sans même y penser. Ouverte au vent et à la lumière, la promenade du stade nautique ressemble parfois à une promenade de station balnéaire.

Ancrer dans le sol, suspendre sur l'eau

Le programme couvre 19 000 m². C'est considérable. Et pourtant, le projet réussit à ne jamais donner l'impression d'un équipement massif. Comment ? En jouant systématiquement sur deux modes opposés : certaines parties du programme sont ancrées dans le sol — encaissées, recouvertes de terre, transformées en topographie ; d'autres sont suspendues sur l'eau ou en porte-à-faux — légères, vitrées, comme posées au-dessus du lac. Cette alternance entre l'enraciné et le suspendu rythme le parcours du visiteur.

Toitures végétalisées et buttes engazonnées

media© CAUE77 - MEH - 2023

Les toitures végétalisées sont l'un des dispositifs les plus visibles du *Land Arch* à Vaires. Chargées de terre, plantées d'une végétation rase adaptée, elles permettent au regard de passer du sol bâti au paysage sans rupture. Depuis le plateau vif, ce que l'on perçoit comme une prairie est en réalité la toiture d'un hangar à bateaux.

Ces toitures imposent une contrainte technique forte : la structure en béton doit pouvoir supporter le poids d'une couche de terre permanente, parfois saturée d'eau. Mais elles offrent en retour deux bénéfices majeurs : l'inertie thermique (l'épaisseur de terre régule la température intérieure) et l'isolation acoustique. La performance environnementale s'ajoute ainsi à la performance paysagère.

Trois matériaux pour tout le projet

Une autre marque du *Land Arch* est l'économie de matériaux. À Vaires, tout est écrit avec une trilogie : béton, bois, polycarbonate. Le béton brut tient les structures et résiste à la pression de la terre humide ; il forme les soubassements en contact avec l'eau, les murs porteurs, les escaliers d'accès. Le bois — du mélèze autrichien non traité — habille les façades chauffées, prend une patine grise au fil des saisons, et apporte la chaleur sensible des constructions. Le polycarbonate translucide habille les espaces non chauffés, comme les hangars à bateaux ; sa lumière diffuse rappelle les voiles, les flotteurs et les coques transparentes du monde nautique.

Cette trilogie n'est pas une coquetterie : c'est une stratégie. Moins de matériaux signifie plus de cohérence visuelle, plus de lisibilité dans la lecture du projet, et une dépose plus aisée en fin de vie.

L'escalier qui mourut dans l'eau

Observez ces larges marches en béton brut qui descendent jusqu'à la ligne d'eau. Elles sont réservées aux athlètes et destinées à la mise à l'eau des embarcations. Mais elles racontent quelque chose de plus large : à Vaires, l'eau n'est jamais en façade ou en image, elle est en contact. On peut la toucher, l'écouter, la sentir. L'escalier en béton, brutal et précis, atteint physiquement la ligne d'eau et la franchit légèrement — comme si le sol bâti acceptait sa propre dissolution.

Bioclimatique : performance et silence

Le projet est bioclimatique par conception. Les toitures végétalisées apportent l'inertie ; les grandes surfaces vitrées orientées au sud captent les apports solaires en hiver ; des porte-à-faux et des volets perforés (que nous croiserons à l'étape 10) modèrent les surchauffes estivales et permettent une ventilation nocturne sécurisée. La performance environnementale n'est ici ni affichée ni proclamée : elle est intégrée au geste architectural.

media © Martin Argyroglo - 2023

Étape 7

Le stade d’eau vive, du calme au tumulte

media Stade d’eau vive pendant la compétition de canoe Jeux Olympique de Paris - 28 Juillet 2024 - Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0

Une rupture de paysage : du miroir au tumulte

Jusqu'ici, notre balade a longé une eau calme — celle du grand lac, miroir horizontal du ciel. Ici, tout change. Le stade d'eau vive est un paysage d'eau en mouvement, tumultueux, sonore. Des rapides artificiels remplacent la surface plane du lac. Le contraste est saisissant, et volontaire : il dit la diversité des pratiques nautiques accueillies sur le site.

Un canyon-amphithéâtre creusé dans le sol

media ©CAUE77-MEH-2023

L'insertion du stade d'eau vive est remarquable.

Les concepteurs n'ont pas posé le stade d'eau vive sur le site ; ils l'ont creusé dans le terrain, comme on creuserait un canyon. La rivière artificielle est encaissée, et autour d'elle, le sol remonte en plateaux et en amphithéâtre enherbé. C'est cette topographie qui accueille les spectateurs.

Le résultat est paysager autant que sportif. Plutôt que de poser des tribunes minérales, le projet a modelé le sol en gradins végétalisés. La technicité de ce dispositif est spécifique : il faut maintenir le substrat en place sous la charge des spectateurs, gérer la proximité de l'eau et l'érosion, et préserver la végétation. Mais le résultat est sans équivalent : la tribune n'est plus un équipement urbain rapporté, c'est un sol qui accueille.

Des berges variées comme une rivière naturelle

Plutôt qu'un canal artificiel uniforme, les architectes ont travaillé la morphologie de la rivière en référence aux cours d'eau naturels. On y reconnaît différents types de berges — berges hautes, gorges, berges basses — qui se succèdent au fil du parcours. Ce jeu morphologique n'est pas purement esthétique : il offre aux athlètes une variété de conditions de navigation, plus proches de la réalité des rivières de compétition. Et il dote le stade d'une qualité paysagère que les canaux techniques traditionnels n'ont pas.

Pompes et obstacles mobiles : un terrain modulable

À l’extrémité amont du stade, un système hydraulique pompe l’eau du lac, lui imprime un débit calibré, puis la relâche dans la rivière artificielle. Le parcours fait 300 mètres de long pour un dénivelé d’environ 3,5 à 4 mètres. Cette différence de niveau, savamment dosée, produit la classe IV de difficulté exigée par les compétitions olympiques.

Des obstacles mobiles, ancrés dans le lit, permettent par ailleurs de moduler les mouvements d'eau selon les besoins : entraînement quotidien, championnat continental, finale olympique. Le terrain de jeu n'est pas figé — il est paramétrable au centimètre près, comme on règle un instrument de précision.

Le plus grand centre d'eau vive d'Europe

Vaires est aujourd'hui le plus grand centre d'eau vive d'Europe, et l'un des trois sites mondiaux capables d'accueillir, simultanément ou alternativement, les épreuves olympiques et paralympiques de canoë-kayak et d'aviron. Cette polyvalence est rare. Elle suppose des installations distinctes pour les eaux calmes (lac) et les eaux vives (rivière artificielle), reliées par des cheminements aisés, et compatibles avec les exigences de calendrier d'événements internationaux. C'est l'une des raisons pour lesquelles Paris 2024 a choisi Vaires.

L’ensemble constitue un pôle d’excellence sportif international, il est avec Pékin et Sydney un des trois sites au monde capables de regrouper les épreuves olympiques et paralympiques de canoë-kayak et d’aviron.

Un environnement boisé en devenir

Derrière l'amphithéâtre, le projet a planté 450 arbres, ainsi que des haies et des bosquets qui formeront, dans une décennie ou deux, un véritable environnement boisé. À terme, le stade d'eau vive ne sera plus une géographie minérale au milieu d'un site sportif : il sera une clairière dans un bois. Le projet de Vaires se pense ainsi dans le long temps — celui de la croissance des arbres.

Lors des grandes compétitions, la configuration du site permet d'installer temporairement jusqu'à 10 000 places supplémentaires, en plus des 2 000 places permanentes des gradins enherbés. Le stade peut ainsi changer d'échelle selon les événements, sans renoncer à son caractère paysager hors compétition.

media Stade d’eau vive pendant la compétition de canoe Jeux Olympique de Paris - 28 Juillet 2024 - Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0

Étape 8

L’effacement, une entrée scénographique

Découverte du projet architectural et paysager du stade nautique avec son architecte Markus Hennig. Enregistrement audio. ©CAUE77

L'arrivée par la sobriété

L'entrée piétonne du site est l'un des moments les plus subtils du projet. Le visiteur arrive par une pente douce, sobre, presque vide. Aucune signalétique tonitruante, aucune façade monumentale ne se dresse en bienvenue. La séquence est volontairement modeste — presque rurale — et c'est ce qui produit l'effet recherché. Vaires n'accueille pas par démonstration ; il accueille par déprise.

Un seul bâtiment, en bois, comme repère

Dans cette séquence d'entrée presque dépouillée, un seul élément manifeste l'architecture : un bâtiment en bois, placé à l'écart, qui sert de repère discret. C'est lui qui dit au visiteur : « le projet est là, le programme commence ». Mais il ne le dit qu'à demi-voix. Le grand pôle sportif, ses 4 400 m² d'équipements, reste invisible — caché derrière la pente.

Ce parti d'effacement n'est pas une coquetterie. C'est une mise en scène. Les concepteurs ont conçu l'arrivée comme une scénographie : ne rien donner à voir d'abord, ménager une montée progressive, puis ouvrir d'un seul coup, depuis le plateau vif, sur l'ensemble du paysage et des installations. L'effet de surprise est calculé.

La pente comme outil de projet

Cette mise en scène est rendue possible par la topographie naturelle du terrain. Le sol descend doucement d'est en ouest, du niveau de l'entrée vers le niveau de l'eau. Le projet a épousé cette pente plutôt que de la corriger. Les équipements lourds — hangars, vestiaires, salles techniques — ont été calés au niveau bas, au contact de l'eau. Le sol a ensuite été remblayé et engazonné par-dessus, jusqu'à former le plateau vif au niveau haut.

Résultat : 4 400 m² d'équipement disparaissent littéralement derrière une pente. Ce qui était bâtiment devient paysage. Ce qui était paysage devient bâtiment. La formule théorique de l'architecte trouve ici sa traduction la plus visible — et la plus invisible à la fois.

Un cadre paysager pour les rivières artificielles

L'effacement de l'équipement bâti a un effet secondaire précieux : il offre aux rivières artificielles un cadre paysager privilégié. Plutôt que d'évoluer dans un environnement industriel ou technique, elles serpentent dans un sol modelé, planté, vivant. Cela transforme l'expérience tant pour les athlètes — qui s'entraînent dans un cadre presque naturel — que pour les spectateurs, qui assistent aux compétitions dans une géographie de plein air.

Une économie de moyens visuels

Cette discrétion volontaire est aussi une économie. Moins on donne à voir, plus on ménage l'expérience du visiteur. L'architecture la plus remarquable n'est pas toujours celle qui s'impose ; à Vaires, c'est celle qui se retire. Cette retenue est l'une des qualités les plus rares — et les plus précieuses — du projet d'Auer Weber. Elle suppose, paradoxalement, un grand contrôle architectural pour aboutir à une apparence de simplicité naturelle.

Étape 9

Droit vers l'horizon - l'axe olympique

media © Martin Argyroglo - 2023

La dernière ligne droite

Cet escalier en béton brut, comme découpé dans la masse, donne une direction. Inscrit dans l’axe de l’allée qui distribue les équipements aux grandes toitures blanches du pôle Open Set, il invite à regarder non plus autour de soi, comme au début de la balade, mais droit devant soi. Cette allée, parfaitement parallèle à la berge du bassin de compétition d’aviron, accompagne le regard vers l’est, dans la grande longueur du site.

Ici, le paysage change de nature. Il ne s’ouvre plus en éventail, comme depuis le Plateau Vif ; il se tend. Le lac n’est plus seulement une vaste étendue d’eau offerte au regard, mais une ligne, une direction, une perspective. Le corps avance, le regard se redresse, l’horizon se précise. Nous entrons dans la dernière ligne droite de la balade — et dans l’un des lieux où la symbolique sportive du site devient la plus lisible.

Un escalier comme indication de regard

L’escalier n’est pas seulement un ouvrage de circulation. Par sa masse, par son orientation, par sa position dans l’axe de l’allée, il agit comme un dispositif de regard. Il cadre le paysage, impose une direction, met le corps du visiteur dans la même logique que le bassin : avancer, viser, mesurer.

Il y a ici une véritable dimension scénographique. Non pas au sens d’un décor ajouté au paysage, mais au sens d’une mise en situation du visiteur. Le projet organise une séquence : le corps gravit l’escalier, le regard se redresse, l’horizon se dégage, la ligne du bassin apparaît. L’architecture ne se contente pas d’accompagner le parcours ; elle prépare une perception.

Ce geste simple dit beaucoup du projet. À Vaires-Torcy, les éléments techniques — escaliers, passerelles, ponts, belvédères, berges — ne sont jamais de simples équipements secondaires. Ils organisent la manière dont le site est traversé et compris. Ici, l’escalier devient presque une flèche : il désigne l’horizon.

Un regard de 2 kilomètres

Depuis cet axe, le regard file sur plus de deux kilomètres. Il longe la berge, suit la surface régulière du bassin, accompagne les lignes de course, puis se perd dans la ligne boisée qui ferme le plan d’eau vers l’est. La perspective donne la mesure du lieu.

Mais ces deux kilomètres ne sont pas seulement une distance. Ils transforment le paysage en trajectoire. Ce qui, depuis le Plateau Vif, apparaissait comme une vaste étendue d’eau devient ici une ligne tendue, orientée, presque abstraite. Le lac cesse d’être seulement un miroir : il devient un axe.

Cette longueur est celle de la compétition, de l’effort continu, du rythme à maintenir. Elle donne au site sa puissance particulière : celle d’un paysage qui ne se contente pas d’être regardé, mais qui met le regard en mouvement.

La ligne droite comme figure de l’objectif

Cette ligne droite est bien sûr une donnée sportive : elle accompagne le bassin d’aviron et de sprint, dont la longueur et la rectitude répondent aux exigences de la compétition. Mais elle agit aussi comme une figure symbolique. Elle donne au paysage la forme de l’objectif.

Arriver ici, c’est entrer dans la dernière ligne droite. Pour le visiteur, c’est le moment où la balade commence à se resserrer vers sa conclusion. Pour l’athlète, c’est l’image même de l’effort final : tenir son cap, maintenir son rythme, résister à la fatigue, aller jusqu’à la ligne d’arrivée.

Dans cette perspective, l’axe n’est pas seulement un dispositif de circulation ou une composition paysagère. Il devient une métaphore construite de la performance. La clarté de la ligne droite dit quelque chose de l’exigence sportive : viser loin, ne pas se disperser, transformer la répétition de l’entraînement en geste décisif.

Devenir champion olympique, c’est peut-être cela : des années d’effort ramenées, soudain, à une ligne, un geste, une arrivée.

Le bassin dimensionné par la règle sportive

Le bassin n’est donc pas grand par hasard. Sa longueur, son orientation est-ouest, la rectitude de ses lignes de course, la visibilité depuis la berge nord, la position des pontons, des zones de départ et d’arrivée répondent à des règles strictes. L’eau calme est ici un espace contrôlé, mesuré, normalisé.

C’est l’un des paradoxes du site : ce que le promeneur perçoit comme un paysage ouvert est aussi un outil de précision. La règle sportive façonne la lecture du lieu. Elle impose des distances, des dégagements visuels, des accès, des continuités de berge. Elle explique aussi certaines interventions plus discrètes, comme le reprofilage de la rive nord ou la maîtrise des écrans végétaux dans les zones de visibilité.

Le pôle Open Set : sports indoor au cœur du site

De part et d’autre de l’allée apparaissent les grandes toitures blanches du pôle Open Set. Elles accueillent principalement le tennis, le badminton et d’autres pratiques sportives indoor. Leur présence rappelle que Vaires-Torcy n’est pas né avec les Jeux de 2024 : le site possède une histoire sportive plus ancienne, amorcée dès les années 1990 avec les premiers aménagements de la base.

Dans le cadre du réaménagement général, ces équipements existants ont été modernisés, rénovés et agrandis. Le projet n’a pas consisté à effacer tout ce qui précédait pour imposer un ensemble entièrement neuf. Il a plutôt composé avec l’existant, en conservant certains volumes, en reprenant les charpentes, en ajoutant des compléments là où ils étaient nécessaires.

Cette attitude est importante. Elle montre que l’architecture olympique peut aussi être une architecture de transformation. À Vaires, le projet n’est pas seulement un geste neuf posé sur un site disponible ; c’est une série d’ajustements, de reprises, de continuités et de raccords entre des équipements d’âges différents.

L’évolution des pratiques sportives

La rénovation du pôle Open Set répond aussi à l’évolution des pratiques sportives. Les équipements conçus au début des années 1990 ne répondaient plus entièrement aux attentes contemporaines : accessibilité, confort d’usage, performance énergétique, qualité des vestiaires, éclairage, accueil d’événements, sécurité, polyvalence.

Le site devait donc changer sans perdre sa vocation initiale. Les sports indoor y jouent un rôle complémentaire aux grandes pratiques nautiques. Ils inscrivent le stade dans un fonctionnement plus quotidien, plus diversifié, moins dépendant des seuls grands rendez-vous internationaux. Tandis que le bassin et le stade d’eau vive donnent au site sa dimension spectaculaire, Open Set rappelle la continuité ordinaire d’un équipement sportif métropolitain.

2024 : l’axe devient scène olympique

Pendant l’été 2024, cette ligne est devenue une scène mondiale. Les épreuves d’aviron et de sprint en canoë-kayak se sont déroulées sur le bassin, sous les yeux de milliers de spectateurs installés sur la berge et sur le Plateau Vif. Ce qui se lit aujourd’hui comme une perspective paysagère a été, pendant quelques semaines, un espace de tension, de départs, d’arrivées, d’attente et d’acclamations.

L’axe olympique révèle alors la capacité du site à changer d’échelle. Hors événement, il demeure une promenade, une berge, une allée, un horizon. Pendant les Jeux, il devient tribune, décor télévisuel, ligne de course, support d’émotion collective. Cette réversibilité est l’une des forces du projet.

Vers le pôle d’excellence

L’étape 9 donne à lire la dimension linéaire, sportive et événementielle du site. L’axe, l’escalier, le bassin et Open Set racontent un équipement capable d’accueillir la règle olympique, la performance et le grand public.

L’étape suivante change légèrement de point de vue. Elle quitte l’axe pour revenir au bord du lac, au plus près du bâtiment. Là, le site ne se comprend plus seulement comme ligne de course ou théâtre des Jeux, mais comme lieu habité : par les athlètes, les encadrants, les juges, les journalistes, les promeneurs, et par tous les usages ordinaires qui prolongent la vie d’un équipement après l’événement.

Activités annexes

Nous vous proposons de découvrir des lieux d'intérêt situés à proximité de votre itinéraire. Vous pourrez les retrouver sur la carte du parcours qui vous guidera.

Accéder au parcours

Train


La gare « Vaires Torcy » du Train P depuis la gare de l’Est à Paris en direction de Meaux .

RER


La gare « Chelles Gournay », terminus de l’une des branches du RER E depuis Paris (dessert le bassin Eaux Calmes).


La gare « Bussy-Saint-Georges » du RER A à destination de Marne-la-Vallée Chessy depuis Paris.