L'AXE, L'OISE et LE MOULIN // Journée des personnels URCAUE
Cergy
Cergy-Pontoise est un exemple singulier de la politique de villes nouvelles mise en œuvre en 1965.
Ce parcours se propose d'accompagner votre randonnée en documentant l'histoire de cette ville, de la boucle de l'Oise qui l'accueille et en revenant sur les bâtiments emblématiques que vous trouverez sur votre route.
L'idée n'est pas de tout lire ni de suivre à la lettre le tracé proposé, mais de vous donner accès au maximum d'informations sur le paysage urbain que vous allez traverser.
Introduction
Contexte
Dans les années 60, l’agglomération parisienne se développe et se densifie à grande vitesse. Paul Delouvrier, inspecteur des finances, est nommé par le premier ministre pour penser un plan d’aménagement du territoire. L’idée est de créer de nouveaux ensembles urbains pour désengorger la capitale, et répondre au manque de logements, d’équipements administratifs, commerciaux et scolaires.
Un Schéma Directeur d’Aménagement et d’Urbanisme (SDAURP) est créé en 1965, préconisant la création de 5 villes nouvelles à proximité des territoires soumis à des pressions démographiques : Marne-la-Vallée, Evry, Melun-Sénart, Saint-Quentin-en-Yvelines et Cergy-Pontoise.
Vue aérienne de la boucle de l'Oise, Cergy-Pontoise, vers 1970 ©Alain Perceval / IAU idF
Cette restructuration du territoire passe également par la création officielle de six nouveaux départements en 1968, remplaçant la Seine-et-Oise. Le Val d’Oise sera le berceau de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise. (…)
Naissance de Cergy-Pontoise
Autour de l’amphithéâtre naturel que forme la boucle de l’Oise, se trouvent originellement les hameaux de Ham, de Jouy-le-Moutier et de Cergy. Ce site naturel remarquable est choisi pour implanter la ville nouvelle. Sa beauté constitue un véritable défi pour les architectes et urbanistes : « la mise en valeur d’un site de cette qualité est à la fois un stimulant et un casse-tête (…) : la médiocrité n’y passe pas inaperçue ».
Un Établissement Public d’Aménagement (EPA) est créé, ayant pour mission de concevoir la ville. Bernard Hirsch, ingénieur des ponts et chaussées est nommé à sa tête.
Périmètre de l'EPA de la ville nouvelle, janvier 1969 ©CACP
La ville est pensée pour être organisée en fer à cheval autour du méandre de l’Oise. En son centre, se trouvera un parc et un lac auxquels tous les habitants pourront accéder en quelques minutes.
Un premier centre urbain est constitué autour de la nouvelle préfecture à partir de 1967. La priorité est de proposer des logements collectifs et nombreux pour loger la population. Le quartier de la Préfecture et le quartier des Touleuses accueilleront presque 24 000 habitants entre 1968 et 1978.
La conception de la ville est pensée pour être évolutive : deux centres urbains supplémentaires seront réalisés successivement, distants de quatre kilomètres : Cergy-Saint-Christophe (années 80) et Cergy-le-Haut (années 90).
Une ville novatrice
La construction de la ville nouvelle est l’occasion de penser la ville comme innovante.
Cela se concrétise par les concepts de dalle et de maille.
Schéma programmatique du quartier de la Préfecture ©l'Architecture d'aujourd'hui, n°152, octobre 1970
En effet, avec le développement frénétique de l’automobile en ville, on cherche à protéger les piétons des nuisances et du danger et à leur procurer un espace public sain. Ainsi, un sol artificiel dit ‘’dalle’’ est créé à six mètres du dessus du sol naturel, où circulent voitures, trains, bus… Il connecte le quartier de la Préfecture aux quartiers d’habitation périphériques par un réseau de passerelles piétonnes.
Le concept de maille correspond au découpage de la ville en îlots de 600 logements. Ceux-ci sont organisés en petites communautés, autour d’un établissement scolaire, de commerces et d’une maison de quartier. L’architecture est diversifiée, chaque îlot étant construit par des architectes différents.
Aperçu du parcours
École de la Lanterne
L’école de La Lanterne : un manifeste de l’architecture rationaliste et écologique
Construite dans les années 1980 à Cergy dans le cadre d’un concours national consacré aux équipements à faible consommation énergétique, l’école de La Lanterne constitue l’un des projets les plus emblématiques de la collaboration entre les architectes lyonnais·es Hélène Jourda et Gilles Perraudin. À contre-courant des nombreuses écoles de la ville nouvelle, souvent marquées par une architecture ludique et expressive, les architectes proposent un bâtiment sobre, introverti et fortement ancré dans son site.
Axonométrie de l'école ©Jourda et Perraudin
Le projet, conçu dans le cadre d’un concours pour des équipements à faible consommation énergétique, repose sur une analyse attentive de la topographie. Le terrain est partiellement excavé afin d’insérer le bâtiment dans le sol. Cette implantation crée une cour de récréation encaissée ainsi qu’un amphithéâtre extérieur, tout en permettant de réduire les déperditions thermiques. Grâce à cette compacité et à son faible rapport entre surface extérieure et volume intérieur, l’école bénéficie d’une importante inertie thermique et d’une consommation énergétique limitée.
Une géométrie sobre et tournée vers l’intérieur
Le programme regroupe cinq classes maternelles, douze classes élémentaires et plusieurs logements de fonction. Pour organiser cet ensemble dans un volume relativement compact, Jourda et Perraudin développent une composition géométrique rigoureuse. Les espaces s’articulent autour d’une succession de lieux collectifs qui jouent le rôle de véritables places intérieures. À l’image de leurs autres réalisations, comme l’ENSA de Lyon, l’organisation repose sur une hiérarchie claire des circulations et des espaces d’apprentissage.
Dessin de l'école ©Perraudin architecte
La lumière occupe une place centrale dans le projet. Plutôt que d’ouvrir largement les salles de classe sur l’extérieur, les architectes privilégient les patios, les puits de lumière et les ouvertures zénithales. Les espaces communs – forum, bibliothèque ou salle polyvalente – servent de points d’articulation et diffusent la lumière vers l’intérieur du bâtiment. Cette stratégie vise à créer des espaces protégés, adaptés à l’échelle des enfants et favorables à la concentration. Selon les architectes, les grandes ouvertures sur le paysage risquent de disperser l’attention ; ils préfèrent des cadrages plus contrôlés qui valorisent la lumière elle-même.
Cette conception produit une atmosphère singulière, souvent comparée à celle d’un cloître. La répétition des matériaux, l’absence de couleurs vives et la maîtrise des percements créent un environnement calme et méditatif. L’espace est conçu comme un lieu d’étude et de réflexion, où les effets architecturaux naissent principalement des formes, des proportions et des variations de lumière.
Salle de classe ©CAUE95
L’expression architecturale repose également sur une grande sobriété matérielle. L’architecte américain Louis Kahn a profondément influencé la pensée de Jourda et Perraudin pour cet ouvrage. Figure du brutalisme, son œuvre se caractérise par des volumes monumentaux, des matériaux bruts et un usage maîtrisé de la lumière ; le tout pour mettre en oeuvre une géométrie rigoureuse à la recherche d’espaces spirituels. La structure est réalisée en béton brut de décoffrage, tandis que les remplissages sont constitués de panneaux de red cedar laissés naturels. Aucun élément décoratif superflu n’est ajouté. Cette économie de moyens traduit la volonté des architectes de rendre lisible la construction et de laisser aux usagers la possibilité de s’approprier les lieux.
Façade ©Jourda architecte
« Si tout à l'heure on parlait d'espace introverti, c'est vrai que cette école lorsqu’on s'y promène un long moment, il s'en dégage une certaine sérénité, de calme qui pourrait peut-être s’apparenter à un cloitre. Un espace très introverti fait pour l'étude et fait qu’un moment une certaine sérénité nous gagne puisqu’il n'y a absolument aucun effet de couleur. Lorsqu'on passe d'un espace à un autre on retrouve la même gamme de matériaux, béton bois et tout cela joue simplement sur des systèmes de forme de rapport de lumière mais absolument pas sur des artifices colorés. La couleur appartient finalement aux usagers, ils en mettront lorsqu'ils viendront, donc autant leur laisser cette liberté-là. »
Limites et héritage
Toutefois, plusieurs difficultés sont apparues après la mise en service du bâtiment. Certaines classes manquaient d’ouvertures vers l’extérieur, ce qui a conduit à l’ajout de fenêtres. Des problèmes d’étanchéité, de chauffage et surtout d’acoustique ont également nécessité des interventions ultérieures. Les grands espaces centraux, conçus comme des lieux de rencontre, généraient notamment une forte réverbération sonore.
Malgré ces limites, l’école de La Lanterne demeure une réalisation majeure de l’architecture scolaire des années 1980. Elle synthétise les principes qui caractérisent l’œuvre commune de Jourda et Perraudin : rationalité géométrique, attention aux performances environnementales, valorisation des matériaux bruts et recherche d’une architecture capable de dépasser sa seule fonction pour conserver une pertinence dans le temps. Pour les architectes, un bâtiment doit pouvoir évoluer et accueillir d’autres usages ; son identité ne doit donc pas dépendre d’effets décoratifs, mais de la qualité intrinsèque de ses espaces.
Retrouvez ......
https://cdn.s-pass.org/SPASSDATA/attachments/2023_12/26/166715-partie-2.pdf
École de la Lanterne
L’école de La Lanterne : un manifeste de l’architecture rationaliste et écologique
Construite dans les années 1980 à Cergy dans le cadre d’un concours national consacré aux équipements à faible consommation énergétique, l’école de La Lanterne constitue l’un des projets les plus emblématiques de la collaboration entre les architectes lyonnais·es Hélène Jourda et Gilles Perraudin. À contre-courant des nombreuses écoles de la ville nouvelle, souvent marquées par une architecture ludique et expressive, les architectes proposent un bâtiment sobre, introverti et fortement ancré dans son site.
Axonométrie de l'école ©Jourda et Perraudin
Le projet, conçu dans le cadre d’un concours pour des équipements à faible consommation énergétique, repose sur une analyse attentive de la topographie. Le terrain est partiellement excavé afin d’insérer le bâtiment dans le sol. Cette implantation crée une cour de récréation encaissée ainsi qu’un amphithéâtre extérieur, tout en permettant de réduire les déperditions thermiques. Grâce à cette compacité et à son faible rapport entre surface extérieure et volume intérieur, l’école bénéficie d’une importante inertie thermique et d’une consommation énergétique limitée.
Une géométrie sobre et tournée vers l’intérieur
Le programme regroupe cinq classes maternelles, douze classes élémentaires et plusieurs logements de fonction. Pour organiser cet ensemble dans un volume relativement compact, Jourda et Perraudin développent une composition géométrique rigoureuse. Les espaces s’articulent autour d’une succession de lieux collectifs qui jouent le rôle de véritables places intérieures. À l’image de leurs autres réalisations, comme l’ENSA de Lyon, l’organisation repose sur une hiérarchie claire des circulations et des espaces d’apprentissage.
Dessin de l'école ©Perraudin architecte
La lumière occupe une place centrale dans le projet. Plutôt que d’ouvrir largement les salles de classe sur l’extérieur, les architectes privilégient les patios, les puits de lumière et les ouvertures zénithales. Les espaces communs – forum, bibliothèque ou salle polyvalente – servent de points d’articulation et diffusent la lumière vers l’intérieur du bâtiment. Cette stratégie vise à créer des espaces protégés, adaptés à l’échelle des enfants et favorables à la concentration. Selon les architectes, les grandes ouvertures sur le paysage risquent de disperser l’attention ; ils préfèrent des cadrages plus contrôlés qui valorisent la lumière elle-même.
Cette conception produit une atmosphère singulière, souvent comparée à celle d’un cloître. La répétition des matériaux, l’absence de couleurs vives et la maîtrise des percements créent un environnement calme et méditatif. L’espace est conçu comme un lieu d’étude et de réflexion, où les effets architecturaux naissent principalement des formes, des proportions et des variations de lumière.
Salle de classe ©CAUE95
L’expression architecturale repose également sur une grande sobriété matérielle. L’architecte américain Louis Kahn a profondément influencé la pensée de Jourda et Perraudin pour cet ouvrage. Figure du brutalisme, son œuvre se caractérise par des volumes monumentaux, des matériaux bruts et un usage maîtrisé de la lumière ; le tout pour mettre en oeuvre une géométrie rigoureuse à la recherche d’espaces spirituels. La structure est réalisée en béton brut de décoffrage, tandis que les remplissages sont constitués de panneaux de red cedar laissés naturels. Aucun élément décoratif superflu n’est ajouté. Cette économie de moyens traduit la volonté des architectes de rendre lisible la construction et de laisser aux usagers la possibilité de s’approprier les lieux.
Façade ©Jourda architecte
« Si tout à l'heure on parlait d'espace introverti, c'est vrai que cette école lorsqu’on s'y promène un long moment, il s'en dégage une certaine sérénité, de calme qui pourrait peut-être s’apparenter à un cloitre. Un espace très introverti fait pour l'étude et fait qu’un moment une certaine sérénité nous gagne puisqu’il n'y a absolument aucun effet de couleur. Lorsqu'on passe d'un espace à un autre on retrouve la même gamme de matériaux, béton bois et tout cela joue simplement sur des systèmes de forme de rapport de lumière mais absolument pas sur des artifices colorés. La couleur appartient finalement aux usagers, ils en mettront lorsqu'ils viendront, donc autant leur laisser cette liberté-là. »
Limites et héritage
Toutefois, plusieurs difficultés sont apparues après la mise en service du bâtiment. Certaines classes manquaient d’ouvertures vers l’extérieur, ce qui a conduit à l’ajout de fenêtres. Des problèmes d’étanchéité, de chauffage et surtout d’acoustique ont également nécessité des interventions ultérieures. Les grands espaces centraux, conçus comme des lieux de rencontre, généraient notamment une forte réverbération sonore.
Malgré ces limites, l’école de La Lanterne demeure une réalisation majeure de l’architecture scolaire des années 1980. Elle synthétise les principes qui caractérisent l’œuvre commune de Jourda et Perraudin : rationalité géométrique, attention aux performances environnementales, valorisation des matériaux bruts et recherche d’une architecture capable de dépasser sa seule fonction pour conserver une pertinence dans le temps. Pour les architectes, un bâtiment doit pouvoir évoluer et accueillir d’autres usages ; son identité ne doit donc pas dépendre d’effets décoratifs, mais de la qualité intrinsèque de ses espaces.
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Quartier Cergy Saint-Christophe
Historique
Programmé dans l’axe de la boucle de l’Oise sur le plateau de Puisieux, Cergy-Saint-Christophe est envisagé dès le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de 1967, pour devenir le centre urbain de la ville nouvelle. Il est censé accueillir des équipements majeurs, des logements et un centre d’affaires doté de tours, mais cette ambition est progressivement abandonnée.
Les architectes-urbanistes Michel Jaouen et Michel Gaillard reprennent l’étude du quartier en 1979. Celui-ci sera nommé en référence à l’église de Saint-Christophe située dans le vieux village, ainsi que dans une volonté de faire de ce quartier un lieu de passage s’inspirant du saint patron des voyageurs, porteurs et touristes.
Carte postale ancienne de l'horloge de la gare de Cergy-Saint-Christophe ©CPSM95
Écriture architecturale et urbaine
Un concours est lancé en 1978 pour imaginer ce nouveau quartier, sous le nom Immeuble de Ville. L’objectif du concours est d'organiser un retour à l’urbanisme des villes traditionnelles, en retrouvant une continuité et une mitoyenneté du bâti “nécessaire à la création de rues et de places caractéristiques de villes traditionnelles’’.
Carte postale ancienne de Cergy-Saint-Christophe ©CPSM95
Ce concours est l’occasion de remettre en question certaines définitions fondatrices de l’urbanisme cergyssois. Cela passe par le retour à une sensation d’ordre, en contraste avec le manque de liaison bâtie et l’architecture hétérogène du quartier de la Préfecture, qui le précède et que nous verrons à la fin du parcours. Pour ce faire, le concours cadre les projets dans des choix de gabarits, dans des situations types (mélanger habitats collectifs et individuels dans des îlots fermés en bordure de parc) et dans le choix des matériaux. Sur les 136 projets rendus, vingt seront lauréats,** impliquant un travail d’assemblage de familles architecturales compatibles ainsi que le maintien des grands tracés du quartier. Un maillage orthogonal rigoureux permet de faire dialoguer les formes et les programmes et donne un cadre aux futures constructions.
En 1980 commencent les premiers chantiers autour d’un axe principal, piéton, partant de la gare à double horloges (les plus grandes d’Europe) et menant à la place des colonnes qui sera composé de commerces, du marché et d’équipements publics (maison de quartier, mairie, gare, église …).
Carte postale ancienne de Cergy-Saint-Christophe ©CPSM95
Portrait sociologique
Aujourd’hui le quartier Cergy-Saint-Christophe, renommé « Axe-Majeur-Horloge », représente 31% de la population municipale, soit environ 19 000 habitants. Il se compose de 14 îlots interconnectés parmi lesquels 2 sont classés en zones prioritaires : Axe Majeur et la Sebille. Le quartier est aujourd’hui marqué par la jeunesse de sa population avec la moitié des habitants ayant moins de 30 ans et une diversité culturelle où 21% de la population est originaire de l’étranger (contre 13% pour le reste de Cergy). Le quartier est aussi marqué par une forte précarité avec un taux de chômage de 22%. Les logements du quartier relèvent à 42% du parc locatif social et seul 6,2% des ménages des QPV sont propriétaires.
Carte postale ancienne des logements construits à Cergy-Saint-Christophe ©CPSM95
Points d'intérêt
- École du Chat perché : recontacter CinqCinq, "les écoles à Cergy" - projet cour OASIS avec plans + plans d'archives
- LE DOUZE : ancienne tour de l'observatoire, réhabilitation récente d'un archi équerre d'Argent JP Lott
Les colonnes de Saint-Christophe
Contexte du projet
En 1971, l’architecte Ricardo Bofill arrive à Cergy où il développe son projet de la Petite Cathédrale. Reconnu pour ses œuvres espagnoles avant-gardistes, l’architecte est à un point de bascule dans sa création où il s’imprègne de l’architecture gothique et de références classiques pour proposer des projets toujours plus monumentaux. Son projet fascine et inquiète, va-t-on trouver 600 personnes qui voudront vivre dans une cathédrale de béton ?
Maquette du projet abandonné ©Hidden Architecture
Influences controversées
Ce projet, abandonné en 1972, donne 15 ans plus tard à l’architecte une place de choix dans le nouveau quartier Saint-Christophe qui cherche à se doter de projets emblématiques. Achevées en 1986 par Ricardo Bofill, les Colonnes de Saint-Christophe occupent en effet une position stratégique à l’extrémité du plateau de Cergy, dans le prolongement de l’axe piéton menant à la gare RER.
Première esquisse ©Taller de Arquitectura
Son œuvre suscite, déjà à l’époque, la controverse : certains saluent son approche monumentale et sa réinterprétation de l’histoire architecturale, tandis que d’autres dénoncent une architecture jugée pastiche, populiste et soutenue par des réseaux politiques influents. En 1984, le critique David Mangin remet sévèrement en cause les réalisations françaises de Bofill, qu’il considère comme anti-urbaines, fondées sur des références historiques superficielles et sur une vision monumentale peu adaptée à la ville contemporaine. Malgré ces critiques, les projets de Bofill se multiplient dans plusieurs villes nouvelles françaises (Noisy-le-Grand, Montigny-le-Bretonneux, Montpellier, etc…).
Articulation entre l’architecture, le paysage et l’œuvre d’art
À Cergy, toutefois, le projet se distingue par son intégration au site. Implanté en surplomb de la vallée de l’Oise, il remplace les tours initialement prévues et répond à l’ambition de créer un repère urbain majeur. L’architecte développe un ensemble monumental en béton, caractérisé par une composition géométrique rigoureuse et l’emploi de références classiques telles que colonnes, frontons et chapiteaux.
Plan des logements, langage classique en façade ©Taller de Arquitectura
L’ensemble est organisé autour de deux groupes de bâtiments symétriques reliés à une place centrale, qui s’ouvre sur un vaste hémicycle tourné vers le paysage. En son centre se dresse la tour Belvédère de Dani Karavan, point de départ symbolique de l’Axe majeur. Le dialogue entre l’architecture de Bofill et l’œuvre paysagère de Karavan confère au site une forte cohérence spatiale. L’articulation faite entre architecture et paysage demeure l’une des réalisations les plus marquantes de Cergy, fidèle à l’importance accordée au paysage dans la conception de la ville nouvelle depuis les années 1960.
Vue aérienne de l'ensemble
Le départ de l'Axe Majeur
Cette tour Belvédère, inaugurée en 1986, constitue le point de départ de l’Axe majeur de Cergy-Pontoise, œuvre monumentale conçue par l’artiste israëlien Dani Karavan. Elle marque symboliquement la direction de l’axe. Associée dès les études aux bâtiments de Ricardo Bofill, elle forme un ensemble remarquable né d’une collaboration inédite entre artiste, architectes, urbanistes et ingénieurs.
Etape 1 : Tour Belvédère
Cette tour légèrement penchée, en direction de Paris, mesure 36 mètres de haut et 3,60 mètres de large. A l’intérieur, un escalier en hélice effectue 12 rotations et sur chaque palier, il est possible de percevoir le paysage qui évolue à mesure que l’on monte les marches. Au sommet de la tour, un rayon laser s’échappe vers le Carrefour de Ham et dessine l’Axe Majeur, la nuit.
La Tour Belvédère ©Association Axe Majeur
Etape 2 : Place des colonnes Hubert-Renaud
La place est d’une forme circulaire et elle symbolise le monde. Elle est délimitée par les bâtiments construits par Ricardo Bofill et fait le lien entre l’Horloge de la gare Saint-Christophe et l’Axe Majeur. La place porte le nom de l’ancien maire de Cergy-Pontoise, Hubert Renaud, au moment de la création de la ville nouvelle.
La Place des colonnes (2025) ©CAUE95
A intégrer :
- Image 180° de Céline à récupérer !
- Réintégrer des quizz des filles sur l'Axe
- Podcast Michel JAOUEN à intégrer ! (mettre dès le début pour intro ? -> à réécouter)
Le projet Axe Majeur
Avant de prolonger notre traversée de cette gigantesque sculpture urbaine, laissez-nous vous raconter les origines d'un tel projet.
Génèse du projet
L’idée du projet réside dans les qualités exceptionnelles du site : un plateau dominant la boucle de l’Oise et des vues ouvertes vers Paris. Avec l’ambition d’un développement en “fer à cheval” autour de la boucle de l’OIse, dès les années 1960, les urbanistes de l’EPA (Etablissement Public d’Aménagement de Cergy-Pontoise) imaginent une grande composition paysagère structurée par un axe traversant le territoire. En 1979, l’urbaniste Michel Jaouën propose de confier cette vision à Dani Karavan, dont le travail alliant art, paysage et espace urbain semble particulièrement adapté.
Séduit par le site, Karavan conçoit un parcours de trois kilomètres composé de douze stations, inspiré par des références astronomiques et symboliques liées au chiffre douze (heures, mois, cycles du temps). L’œuvre invite le visiteur à parcourir le paysage et à devenir acteur de sa découverte, dans une expérience sensorielle et poétique à l’échelle du territoire. La maquette finale présentée en 1981 fige le projet sur l’axe actuel, de la colline à l’île astronomique. Le concept d’adapte aux projets en cours et reprend fidèlement les éléments du programme initial : un signal au milieu de la place sur la colline, un cheminement au sol, un promontoire, un amphithéâtre ouvrant sur l'Oise, une passerelle, un rayon laser.
Dani Karavan ©Association Axe Majeur
Une réalisation de longue durée
La réalisation de l’Axe majeur constitue également une expérience originale d’ingénierie culturelle. L’ampleur de l'oeuvre mobilise de très gros moyens; techniques - comme par exemple le relèvement de l'esplanade de Paris de 6 mètres au-dessus de son niveau naturel pour accentuer l'effet de belvédère et« sculpter le paysage»-, mais également financiers et a donc besoin d’une mobilisation durable des collectivités, de l’État et de mécènes privés. Pour garantir cette continuité du projet malgré les changements politiques, une association dédiée est créée en 1985.
L'Axe Majeur en chantier (1987) ©Association Axe Majeur
Entre les années 1980 et 2000, plusieurs étapes majeures voient le jour : l’esplanade de Paris et le le verger (1987), les douze Colonnes (1988), la pyramide sur l’eau (1992) et, finalement, la passerelle rouge inaugurée en 2009, et qui va être l’occasion pour l’agglomération de rénover l’ensemble de l’oeuvre. Cette dernière achève l’œuvre tout en devenant l’un de ses symboles les plus reconnaissables.
L'Axe Majeur vu de l'étang ©CAUE95
Aujourd’hui, l’Axe majeur est considéré comme l’un des projets les plus emblématiques de Cergy-Pontoise. Plus qu’un aménagement urbain, il offre une dimension culturelle et poétique à la ville, favorisant la promenade, l’appropriation des espaces publics et le dialogue entre architecture, art, paysage et nature. Son caractère partiellement inachevé participe même à son identité, en rappelant la fragilité des aménagements humains face au temps et au paysage.
Le Parc des Impressionistes
Poursuivons notre traversée des 12 étapes imaginées par Dani Karavan.
Étape 3 : Parc des Impressionnistes
Parc des Impressionnistes de l'Axe Majeur (2018) ©CAUE95
Le Parc des Impressionnistes est un verger qui renvoie au passé agricole de Cergy. Ce verger était là avant la ville nouvelle, il a été préservé et entretenu. Son nom est aussi un clin d'œil aux peintres impressionnistes qui ont beaucoup peint les bords et les coteaux de l'Oise ; notamment le plus célèbre d'entre eux, Van Gogh, enterré non loin de là à Auvers-sur-Oise.
"Le verger blanc" de Van Gogh (1888), Musée Van Gogh (Amsterdam)
L'impressionnisme est un mouvement artistique du 19ème siècle. Pour la première fois, les peintres sortent de leurs ateliers et vont peindre les paysages. Comme son nom l'indique, il s'agit de rendre l'impression que donne la scène.
L'Esplanade de Paris
Etape 4 : Esplanade de Paris
Lieu de rencontre et d’animation de l’Axe Majeur, c’est un espace qui accueille des spectacles et autres événements.
Pavés du Louvre ©CAUE95
Les pavés positionnés en demi-cercle proviennent de la cour Napoléon du Louvre. Ils ont été extraits du sol pour implanter la pyramide de Peï ; ils matérialisent et symbolisent un lien supplémentaire entre l’Axe Majeur et l’axe historique parisien Arc de Triomphe - Louvre - Grande Arche de la Défense.
L'esplanade de Paris ©Association Axe Majeur
Les douze colonnes, situées en bout d’esplanade, sont de la même hauteur que l’arc du Carrousel aux Tuileries. Au solstice d’hiver, le dallage qui précède ces 12 colonnes est délimité par l’extrémité de leur ombre.
Les 12 Colonnes ©Association Axe Majeur
Le Jardin des Droits de l'Homme
Etape 5 : Terrasse
Les gradins qui suivent les 12 colonnes permettent de descendre jusqu’à la terrasse. La terrasse est une porte ouverte vers la partie paysagère paysagère de l’Axe Majeur. Elle constitue un belvédère panoramique et un point de rupture avec le plateau. C’est le point de chute vers l’Oise. Les étapes suivantes marquent la descente progressive de la rivière.
Etape 6 : Jardins des Droits de l’Homme – Pierre Mendès-France
Les jardins constituent la liaison végétale entre la partie urbanisée du plateau et la vallée de l’Oise. Les arbres conservés côtoient un olivier, symbole de la paix, planté en 1990 par François Mitterrand, alors Président de la République. Lors de votre descente, à gauche, l’olivier et à droite, une fontaine.
Le Jardin des Droits de l'Homme ©Association Axe Majeur
L'amphithéâtre, la scène, le bassin
Etape 7 : Amphithéâtre
Avant d’emprunter la passerelle rouge, faisons un détour par l’amphithéâtre en contrebas pour nous arrêter manger. Les gradins suivent la pente naturelle du site. Les décor du théâtre sont les bassins et la rivière de l’Oise.
Etape 8 : Scène et bassin
La scène fait face à l’amphithéâtre. C’est un lieu d’expression artistique : théâtre, danse, concerts… Le bassin alentour, relié directement à l’Oise, accueille, à l’occasion, des spectacles sur l’Oise.
Concert Stromae en toute intimité (2022) ©Nick Helderman - France TV
Performance à retrouver ICI !
La passerelle vers l'étang
Etape 9 : Passerelle
La passerelle passe au-dessus de l’amphithéâtre, du bassin et de l’Oise. Ce pont rouge constitue la continuité sur l’eau de l’allée centrale.
Vue d'ensemble une fois la passerelle réalisée ©Association Axe Majeur
Par sa couleur rouge vif et la symétrie de ses arches, la passerelle marque le paysage. A l’échelle de Cergy, le trait rouge sculpté dans le paysage fait trait d’union entre les quartiers de Cergy et la base de loisirs. Il était prévu qu’elle enjambe une partie de l’étang pour permettre aux visiteurs de rejoindre l’Île astronomique puis la base de loisirs de Cergy-Pontoise.
Réalisation de la passerelle (2008) ©Association Axe Majeur
L'Axe Majeur inachevé
Etape 10 : Île astronomique
L’île circulaire est au milieu de l’étang de Cergy. Vestige d’une ancienne sablière qui existait avant la création de la base de loisirs, l’île astronomique n’est pas terminée. Elle est le refuge d’une faune et d’une flore peu habituelle en zone urbaine : oies, hérons, rongeurs.
Île astronomique ©Association Axe Majeur
Etape 11 : Pyramide
Sur une base carrée, c’est une pyramide à degrés. Elle est conçue de telle sorte que le soleil et le vent y jouent en permanence une forme de spectacle sonore et lumineux de manière naturelle. La pyramide n’est pas accessible à pied, uniquement en bateau, l’intérieur est navigable. Pour autant, elle reste un lieu refuge pour les oiseaux, migrateurs ou sédentaires, qui en ont fait un perchoir. Située en fin de promenade, la pyramide peut intriguer car elle légèrement décalée par rapport à l’axe, comme un pas de côté qui invite les promeneurs-spectateurs à changer de direction.
Pyramide inaccessible ©TheDroneTRip
Etape 12 : Carrefour de Ham
Situé à 1,5km de l’île astronomique et derrière les étangs de Cergy, le Carrefour de Ham constitue le point d’aboutissement de l’Axe Majeur, où le laser disparaît. Le carrefour représente l’entrée de Cergy-Pontoise par la boucle de l’Oise, à partir de Versailles et de Saint-Germain.


Rayon laser de nuit, de la Tour Belvédère au Carrefour de Ham ©TheDroneTrip
L'étang de Cergy
L'Île de Loisirs : Une escale entre terre, eau et histoire
Bienvenue dans ce que les habitants appellent affectueusement une « authentique île en ville ». En foulant les sentiers de ce domaine de 250 hectares de nature préservée, vous pénétrez dans le véritable poumon vert de l’agglomération de Cergy-Pontoise. Ici, au creux d’une boucle de l’Oise, le paysage semble avoir toujours été cette alternance paisible de boisements et de vastes plans d'eau. Pourtant, chaque pas que vous faites raconte une métamorphose fascinante.
Des origines industrielles au rêve de « Bonheurville ».
Vue aérienne de la boucle de l'Oise, vers 1970
Un site dégradé
Sous vos pieds, le sol poreux de la plaine alluviale recelait autrefois des gisements de sable et de graviers d'une qualité exceptionnelle. Ce paysage attractif est le résultat d’une profonde transformation. Avant son aménagement dans les années 1960 ce site n'était qu'un vaste chantier de carrières à ciel ouvert, les sablières sont encore partiellement exploitées et ont servi à édifier les structures de la ville nouvelle. Le paysage était alors loin d'être idyllique : les berges étaient colonisées par des maisonnettes de fortune surnommées « Hong Kong » et des carcasses de voitures jonchaient les excavations.
Dès 1967, les pouvoirs publics décident de préserver et d’acquérir progressivement ces terrains afin de créer un vaste parc de loisirs de 500 hectares organisé autour d’un lac central. Les anciennes carrières sont alors intégrées au projet et transformées en plans d’eau accessibles au public. Cette reconversion d’un espace industriel dégradé en grand équipement récréatif régional participe pleinement à la construction de l’identité paysagère et urbaine de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise.
Carte postale de la base de loisirs ©Archives municipales de Cergy
Avant de devenir le parc public que vous traversez, le site a failli accueillir un projet spectaculaire nommé « Bonheurville » ou « Los Angeles-sur-Oise ». Imaginé par Louis Merlin (fondateur d'Europe 1), ce projet fou prévoyait un parc d'attractions géant avec des dauphins, des cités lacustres et même un restaurant sous la mer. Finalement abandonné pour des raisons financières, ce rêve a laissé place à une ambition plus durable : créer un paysage lacustre ouvert à tous.
Un projet sculpté par l'homme et l'art
En continuant votre marche, vous remarquerez sans doute la précision des perspectives. Dès 1975, les paysagistes de l'agence API ont « sculpté » ce site, perçant des chenaux pour transformer des langues de terre en îles et modelant des buttes pour masquer les immeubles de la ville toute proche.
La passerelle rouge monumentale de l'Axe Majeur enjambe l'Oise pour relier physiquement et symboliquement le plateau urbain aux étangs. Ce trait d'union de 3,2 kilomètres transforme le paysage en une véritable scénographie vivante.
L'Île de loisirs aujourd'hui : Un sanctuaire de vie
Aujourd'hui, l'Île de loisirs est un refuge précieux pour la biodiversité. En longeant les 120 hectares de plans d'eau, restez silencieux : vous pourriez apercevoir le Martin-pêcheur d'Europe creusant son terrier dans les talus, ou un Héron cendré immobile au bord de l'étang de la Folie. Le site est devenu l'une des principales haltes migratoires pour les oiseaux d'eau dans le Val-d'Oise.
Le site offre un parcours de 5 kilomètres en pleine nature, idéal pour s'immerger dans la diversité des essences d'arbres. Vous traverserez des zones gérées en éco-pâturage, où des moutons de race Solognote entretiennent naturellement les prairies pour favoriser l'apparition de fleurs sauvages comme l'Orchis négligé.
Bonus, pour la culture !
En 1984, Madonna choisit de tourner le clip de son tube Holiday ici-même, sur l'île de loisirs de Cergy.
Couverture du single Holiday de Madonna (1983)
Archive INA à retrouver ICI !
La boucle de l'Oise
La boucle de l’Oise, un paysage structuré. S’y succèdent cultures maraîchères, villages-rues implantés en retrait de la rivière et coteaux calcaires jadis plantés de vergers et vignobles. Ces espaces ouverts offrent des vues sur les lisières boisées qui dissimulent le plateau limoneux agricole et la ville nouvelle.
Neuville-sur-Oise, coin pittoresque au bord de l’Oise, 1903-1910 ©Archives Départementales 95
Des villages-rues
Des coteaux à l’Oise, le relief et la nature des sols ont longtemps guidé l’implantation d’habitats. Les villages le long de l’Oise s’organisent bien souvent en hameaux fonctionnels et denses, en pied de coteau. L’architecture rurale se compose de maisons de polycultures avec granges et dépendances autour de la cour, et de maisons plus modestes souvent équipées de caves, inondables.
Vue vers l’église depuis la rue principale ©Martin Argyroglo
Grande rue de Jouy-le-Moutier, A.Bourdier, imprimeries éditions Versailles, 1903-1939 ©Archives Départementales du Val d’Oise
Un idéal de vie à la campagne
Puis le coteau s’est résidentialisé, voyant le modèle vivrier décliner. Dans les années 1870, viennent s’implanter de nombreuses demeures bourgeoises de style Napoléon III. Avec parc, lavoir et bâtiments annexes, elles témoignent de l’attrait des classes aisées pour les coteaux de l’Oise à la fin du XIX siècle. Ces maisons d’ampleur accueillaient à la fois familles et domestiques mais aussi amis ou artistes, en recherche de nature à l'écart de la ville.
Les corps de ferme trouvent de nouvelles vocations et des maisons individuelles apparaissent, illustrant le rêve d’une vie entre ville et campagne.
Vue depuis le pont de Neuville-sur-Oise et Jouy-le-Moutier ©Martin Argyroglo
Le rapport à la nature évolue. Sur les plateaux agricoles, la ville nouvelle se développe à partir des années 1970, suscitant l’opposition des agriculteurs et la mobilisation d'élus pour préserver l’identité rurale des bourgs autour de la boucle.
Poursuivons notre chemin à la recherche du bourg originel de Cergy en écoutant une chanson éponyme du chanteur valdoisien Anis.
Port-Cergy
Retrouver les strates historiques
Inauguré en 1992, Port Cergy devient la première marina d’Île-de-France. Son aménagement est envisagé dès la fin des années 1970 sur une ancienne zone de maraîchage transformée en aire d’extraction de matériaux en bord d’Oise.
Vue aérienne de l'emplacement actuel de Port Cergy, vers 1970
Porté par les urbanistes de la ville nouvelle, le projet vise à reconnecter le village historique de Cergy à la rivière tout en développant une activité de plaisance. Toutefois, il suscite de nombreux débats en raison des contraintes techniques (crues, stabilité des sols) et des craintes liées à l’arrivée de nouveaux habitants et visiteurs dans un village attaché à son identité.
Rééquilibrage social
Après plusieurs études, le projet est confié à l’architecte François Spoerry, connu pour avoir réalisé Port-Grimaud, cité lacustre créée ex-nihilo sur une zone marécageuse du golfe de Saint-Tropez. La ZAC de Port Cergy est créée en 1983 et l’opération prend forme à la fin des années 1980. Le programme comprend un port de plaisance, des logements individuels et collectifs, ainsi que des commerces, dans un ensemble résidentiel de taille modeste mais à forte valeur symbolique.
Vue aérienne de Port Cergy ©Alexandre Constant
Port Cergy s’inscrit dans une stratégie plus large visant à diversifier l’offre de logements et à renforcer l’attractivité de l’agglomération auprès des cadres et des catégories aisées. À une époque où l’image de la ville nouvelle est parfois affectée par des difficultés sociales, ce type d’opération cherche à proposer un habitat plus résidentiel et valorisant. Cette orientation suscite néanmoins des critiques, notamment en raison du risque de ségrégation sociale et de l’opposition des habitants à l’implantation de logements sociaux.
L’art du pastiche
L'architecture de Port Cergy constitue l'un des aspects les plus singuliers de l'opération. Le quartier s'inscrit dans la continuité des principes développés à Port-Grimaud, dont il reprend l'imaginaire de village portuaire méditerranéen adapté à un contexte fluvial. À rebours de l'esthétique moderniste qui domine encore largement la production des villes nouvelles, Port Cergy revendique une architecture pittoresque puisant librement dans un répertoire de formes traditionnelles : rues pavées, places bordées de commerces, façades colorées, toitures en pente, volets, lucarnes, campaniles ou encore petites tours d'angle composent un décor urbain volontairement évocateur.
Carte postale ancienne de Port-Cergy ©CPM95
Cette approche s'inscrit dans le mouvement plus large du postmodernisme architectural qui émerge à partir des années 1970 en réaction à la standardisation et à l'abstraction des grands ensembles modernes. Là où les urbanistes modernistes recherchaient la rationalité fonctionnelle et l'expression de la modernité, Spoerry privilégie l'ambiance, l'identification des habitants aux lieux et la continuité avec des formes urbaines héritées de l'histoire. Le quartier est ainsi conçu comme une expérience urbaine avant d'être une démonstration architecturale.
Cette posture lui vaut cependant de nombreuses critiques. Une partie du milieu architectural considère alors ces références historiques comme artificielles capable de produire une architecture de décor, un pastiche relevant davantage de la mise en scène que de l'invention architecturale. Dès les années 1970, certains critiques dénoncent une architecture nostalgique et commercialisée, fondée sur une image idéalisée de la ville traditionnelle plutôt que sur une réflexion contemporaine sur l'habitat.
Un succès populaire
Pourtant, le succès de Port Cergy invite à nuancer ces critiques. Il répond à des attentes réelles en matière de cadre de vie. Son échelle modérée, la mixité des fonctions, la présence de l'eau, les espaces publics animés et la continuité des parcours piétons produisent des qualités urbaines souvent absentes des quartiers contemporains. Là où certains observateurs voient un décor, les habitants et les visiteurs y trouvent un lieu agréable à vivre et à fréquenter.
Cette opposition entre reconnaissance populaire et rejet académique constitue sans doute l'un des enjeux majeurs du projet. Port Cergy interroge la capacité de l'architecture à produire des lieux désirables en dehors des canons disciplinaires dominants. En assumant pleinement le recours à l'image, au récit et à la référence historique, le quartier révèle les tensions persistantes entre culture savante et usages ordinaires de la ville. Son succès durable montre que la qualité perçue d'un espace urbain ne repose pas uniquement sur son originalité formelle ou son innovation architecturale, mais également sur sa capacité à susciter l'appropriation, l'identification et le plaisir d'habiter.
Carte postale ancienne de Port-Cergy ©CPM95
La ville nouvelle remise en question
Comme Ricardo Bofill dans le quartier Saint-Christophe ce projet est accusé de recourir au pastiche historique, mais leurs démarches diffèrent profondément. Bofill utilise le vocabulaire classique pour construire une monumentalité institutionnelle, tandis que Spoerry mobilise des références vernaculaires afin de produire une image familière et séduisante de la ville.
Ces deux morceaux de ville se développent pourtant en même temps, remettant chacun à leur manière les principe de modernité de la ville nouvelle du quartier préfecture, sorti de terre il y a alors une dizaine d’année et qui montre ses limites.
Poursuivons notre randonnée en direction de ce quartier qui marque le point de départ de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise.
Cergy Village
Noyau ancien de Cergy
Cergy Village correspond au bourg historique de Cergy. Implanté en bord d’Oise, celui-ci a réussi à conserver une structure de village rural marqué par la présence de l’église, de l’ancien prieuré et de quelques traces de l’organisation agricole traditionnelle malgré les projets titanesques de la ville nouvelle.
Le site est longtemps rester un petit village agricole et maraîcher, organisé autour de la rivière et de terres fertiles de la vallée de l’Oise. Ce tissu ancien subsiste aujourd’hui sous forme d’un ensemble patrimonial isolé au sein de la ville contemporaine : ruelles, bâti ancien, anciens murs d’enceinte et vestiges du domaine religieux composent un paysage fragmenté mais encore lisible.
Carte postale ancienne du village de Cergy avant la ville nouvelle ©Delcampe
Avec la création de Cergy-Pontoise, le village devient un point d’ancrage identitaire et patrimonial. Il incarne une mémoire longue du site, que l’urbanisation contemporaine a en partie contournée sans l’effacer.
Carte postale du "Vieux-Cergy", la mairie, l'église, le pont ©Delcampe
L’église Saint-Christophe : un palimpseste architectural
L’église Saint-Christophe de Cergy est le principal monument du village et l’un des édifices les plus anciens du Val-d’Oise. Son histoire est complexe et s’étend sur plusieurs siècles, ce qui explique son aspect fragmenté et incomplet.
L’église se distingue par la superposition de trois grandes strates architecturales :
- une base romane (XIe–XIIe siècle), dont subsiste notamment le clocher, l’un des plus anciens de la région ;
- des extensions gothiques liées au développement du chœur et des espaces liturgiques ;
- une façade et des ajouts Renaissance, dont un portail monumental inachevé.
L’édifice est aujourd’hui marqué par une caractéristique singulière : la disparition de la nef au début du XXe siècle, qui laisse un espace ouvert entre les parties conservées. L’église apparaît ainsi comme un bâtiment partiellement “inachevé” ou “déconstruit”, où les différentes périodes restent visibles sans fusion harmonieuse.
Longtemps centre de la vie villageoise, l’église Saint-Christophe perd son rôle structurant avec la création de la ville nouvelle. Elle devient progressivement un objet patrimonial isolé, entouré par des aménagements contemporains. Ce statut en fait un élément clé de la stratégie de mise en valeur du “vieux Cergy” : à partir des années 1970-1980, les urbanistes cherchent à intégrer ce patrimoine ancien dans la lecture d’ensemble de la ville nouvelle, afin de maintenir un lien entre histoire locale et projet urbain contemporain. Port Cergy est le projet phare qui a émergé de cette politique.
Quartier du Ponceau
Le quartier du Ponceau, situé au nord du village de Cergy, forme une zone de transition entre le village ancien et la ville nouvelle. Il s’étire sur environ un kilomètre le long de l’avenue du Nord. Construit en 1978, il s’inscrit dans les réflexions du Plan Construction des années 1970, qui cherche à proposer des alternatives aux grands ensembles, tout en intégrant des préoccupations liées à l’environnement et à la qualité de vie.
Retrouver une échelle domestique
Issu des expérimentations du concours Programme Architecture Nouvelle (PAN), le projet est conçu par l’agence ETRA, lauréate en 1973. L’ensemble propose une architecture originale pour l’époque : volumes imbriqués, rues à différents niveaux, terrasses, petits espaces variés, et couleurs vives (rose, bleu, jaune), inspirées notamment des villages perchés du sud de la France. Cette esthétique a pu surprendre, voire choquer, lors de sa construction.
Le quartier mêle différents types de logements : environ deux tiers en copropriété et un tiers de logements sociaux. Il comprend aussi quelques équipements (école, crèche, maison des associations, terrain de sport) ainsi qu’un immeuble de bureaux. En revanche, peu de commerces ont été réalisés, car les pôles commerciaux voisins sont facilement accessibles à pied.
Le projet repose sur plusieurs principes :
- offrir, même en habitat dense, des conditions proches de la maison individuelle (espaces extérieurs, logements spacieux) ;
- créer un quartier vivant, avec des rues, places et espaces verts favorisant la vie de quartier ;
- assurer une cohérence architecturale grâce à l’usage de mêmes matériaux et formes ;
- utiliser des procédés constructifs standardisés mais adaptés selon les situations.
Enfin, le Ponceau vise une certaine mixité sociale et urbaine : il mélange les types de logements et les niveaux de revenus, et organise les circulations de manière à favoriser les rencontres entre habitants, grâce à des rues piétonnes, placettes et espaces partagés.
Des difficultés financières
Depuis sa construction, le quartier a subi de nombreuses campagnes de rénovation mais la situation financière de la copropriété fragilise d’années en années la situation de cet ensemble de logements. Ces différents travaux de ravalement et d’isolation ont grandement modifié l’aspect initial du quartier en recouvrant certaines façades d’un nouveau parement.
Une fiche de l’observatoire revient plus en détails sur ces différents travaux de rénovation.
Quartier de la Croix-Petit
Du quartier « fermé » au poumon vert du centre-ville
Au cœur de Cergy, le parc de la Croix-Petit ne se contente pas d'être un espace de détente ; il est le symbole d’une métamorphose urbaine radicale. Là où s'étend aujourd'hui une vaste esplanade de verdure, se dressait autrefois l'un des premiers quartiers d’habitation de la ville nouvelle.
Vue aérienne du quartier de la Croix-Petit en 1975 ©Picto / ADVO
Un quartier pionnier en crise (1973 - 1999)
Achevé en 1973, le quartier de la Croix-Petit était initialement conçu comme un ensemble de logements sociaux (PLR - programmes à loyer réduit). Avec son architecture homogène de petits blocs disposés « comme des dominos posés sur un plateau », il visait à offrir des équipements modernes aux classes populaires.
Photo satellite du quartier en 1990 ©IGN
Cependant, dès les années 1980, le quartier commence à décliner. Son enclavement urbain et l'absence de mixité sociale favorisent une dégradation rapide du cadre de vie. En 1999, les indicateurs sont alarmants : un taux de chômage de près de 27 %, une forte délinquance et une précarité touchant 42 % des ménages. La Croix-Petit devient alors une zone stigmatisée, perçue comme une « poche » isolée du reste de la ville.
Le choix de la table rase (2002 - 2010)
Face à l'échec de la réhabilitation classique, la municipalité lance en 2002 une opération de rénovation urbaine d'une ampleur inédite. Le projet, validé par l'ANRU en 2005, repose sur un principe radical : la démolition totale des 462 logements sociaux existants et des équipements du quartier pour reconstruire un quartier ouvert et diversifié.
La métamorphose débute en 2004 par la démolition des écoles et des bâtiments publics. L’objectif est triple :
- Désenclaver le site en supprimant les barrières physiques et en l'ouvrant sur le reste de Cergy.
- Diversifier l'habitat avec environ 1 050 nouveaux logements mêlant accession à la propriété et locatif social.
- Reconstituer un véritable centre-ville par la création d'un espace public central fort : le Parc de la Croix-Petit, une respiration de 2 hectares
Les démolitions se sont poursuivies selon le phasage du projet urbain qui a démarré en 2006. Le projet est réalisé sous la forme d’un lotissement en 4 phases et sa composition s’appuie sur des principes d’aménagement traditionnel visant à délimiter de façon distincte les espaces publics des espaces privés.
Vue aérienne de l'actuel quartier Croix-Petit ©ObjectifAero
Le parc
Au centre de ce nouveau quartier désormais livré, le parc de la Croix-Petit s'étend sur 2 hectares. Dessiné par le paysagiste Bertrand Paulet, il a été conçu comme une « esplanade-jardin » autour de laquelle s'organisent les nouvelles résidences et des maisons de ville.
Ce parc permet de transformer en profondeur l’ambiance du quartier en suivant trois axes :
- Un lieu de vie familial : Le parc dispose de nombreux espaces ludiques et d'aires de jeux pour enfants, intégrés dans une trame de promenades arborées.
- Une connexion stratégique : Une nouvelle passerelle piétonne franchit le boulevard du Port pour relier directement le quartier au parc François Mitterrand et à la Préfecture, brisant définitivement l'isolement historique du site.
- Un îlot de fraîcheur : Le parc joue un rôle écologique essentiel en limitant l'imperméabilisation des sols et en participant à la lutte contre les îlots de chaleur en plein centre-urbain.
Passer de l'ombre d'un quartier dégradé à la lumière d'un parc paysager, la Croix-Petit illustre la capacité de Cergy à se réinventer pour remettre la nature au cœur de la vie quotidienne de ses habitants.
Parc François Mitterrand
Un paysagiste contemporain pour accompagner la ville nouvelle
Conçu en 1974 par Alain Provost, le parc François Mitterrand (8 ha) est un lieu emblématique imaginé et réalisé avant même une grande partie de la ville nouvelle. Il faut s’imaginer que seulement quatre ans plus tôt, la première pierre de la ville nouvelle, la préfecture, est inaugurée, seule au milieu des champs.
Alain Provost (1938-2008) est l’un des grands paysagistes français de l’après-guerre. Formé à l’École nationale supérieure d’horticulture de Versailles, il préfigure une approche contemporaine du paysage à la fois urbaine, géographique et sensible. La manière dont Provost travaille les continuités écologiques, les usages libres et les grands espaces ouverts annonce des préoccupations très actuelles : ville-parc, mobilités douces, trame verte, résilience urbaine. Il travaillera plus tard sur des projets emblématiques comme le parc André-Citroën à Paris ou le parc de la Villette (concours).
Un parc comme structure urbaine
Le parc fait parti du plan d’urbanisme “Pencréac’h Vasconi” mis en place en 1968 et lorsque ses études démarrent en 1974, seul le côté est du parc est urbanisé avec la préfecture, le complexe de bureaux, logement et équipement imaginé par Jean Dubuisson situé à sa gauche et l’école de l’ESSEC tout juste inaugurée. A ce moment là la dalle n’existe pas et le parc est l’élément central de la ville, point d’articulation entre ce qui sera le quartier préfecture et les abords de l’Oise.
Le parc est conçu comme un grand parc linéaire et topographique accompagnant le développement du quartier. Provost ne dessine pas un jardin clos, mais un paysage traversant la ville, il met en place une structure urbaine support des projets à venir. Le parc organise les vues, les déplacements piétons et les continuités vertes. Il cherche dès le départ à accompagner l’idée moderne d’une ville où nature et urbanité sont imbriquées.
L’un des traits marquants du projet est l’usage du modelé du terrain : buttes, vallonnements, grandes pelouses inclinées. Ce relief artificiel crée des perspectives, isole certaines zones du bruit et donne une dimension presque monumentale au paysage. Le parc intègre également des plans d’eau, des fossés paysagers et de vastes prairies ouvertes, offrant des usages multiples. On retrouve ici l’influence des grands parcs modernes anglo-saxons, adaptée au contexte français des villes nouvelles.
Le parc est prévu pour dialoguer avec l’architecture monumentale de Cergy-Préfecture (notamment les ensembles administratifs et les logements des années 1970 déjà réalisés). Pourtant, il n’en ressort à aucun moment un décor solennel comme peuvent l’être certaines œuvres cergyssoises : le parc reste pensé pour des usages quotidiens et pour connecter ce qui va advenir. Il relie aujourd’hui différents équipements urbains : la préfecture, les logements, les équipements culturels et les circulations piétonnes.
Une gestion et des usages réadaptés
Au fil des années le développement périphérique urbain est venu rompre le lien premier entre le parc et son environnement et celui-ci parc s’en est retrouvé fermé de tous les côtés. Pour cela, en 2013, la ville de Cergy souhaite le réhabiliter, réinterroger sa place et son aménagements. L‘agence de paysager Urbicus propose alors un projet respectueux du projet d’origine qui s’inscrit dans les nouvelles pratiques contemporaines de gestion durable de l’espace.
Le projet d’Urbicus redonnent de grandes perspectives se dégageant depuis les boulevards limitrophes, annonçant les lieux aux visiteurs. Les nouveaux axes forts de composition et les modes de gestion du parc réorganisent les usages. Les grandes prairies participent à la diversification et à l’enrichissement de la biodiversité du parc.
Sa gestion raisonnée permet d’amoindrir les nuisances occasionnées par l’intervention de l’homme et les nombreux massifs créés offrent de nouveaux biotopes riches et diversifiés.
Les berges des bassins sont plantées d’une végétation de milieux humides et des zones de lagunages sont constituées permettant la phytoépuration des eaux du parc.
La chambre des métiers
Nouveau projet de l'école des Beaux-Arts
13_Parcours DETOUR/JNA_CL -> pour les infos
L‘ESSEC
Implanté à proximité immédiate de la préfecture et de la future gare, le campus, conçu par l’architecte Ivan Seifert, se distingue par son architecture sobre de volumes bas. Alors que le reste de la ville s’élève et se développe sur dalle, l’ESSEC qui s’étend sur 7ha et fait le choix de se mettre en relation direct avec le sol naturel et le parc à venir.
L'originalité du projet réside dans son refus du modèle de la tour universitaire ou du bâtiment monumental unique. Seifert imagine au contraire un campus horizontal, organisé comme une « ville du savoir ». L'ensemble se développe autour d'un vaste patio central et d'espaces de rencontre. Les bâtiments, majoritairement limités à deux niveaux, forment une trame basse qui s'étire dans le paysage. Cette horizontalité crée une échelle plus domestique que celle des grands campus universitaires de l'époque.
L'une des caractéristiques les plus remarquables du campus originel est son traitement architectural très homogène. Les bâtiments sont composés de volumes géométriques simples revêtus de briques peintes en blanc et largement ouverts par des baies vitrées.
Cette architecture joue sur un contraste entre la répétition modulaire des façades, la richesse des parcours intérieurs et l'alternance entre espaces bâtis et jardins.
Depuis les bureaux de la préfecture voisine, les toitures-terrasses dessinaient même des motifs géométriques participant à la composition d'ensemble du centre-ville. Cette attention portée à la cinquième façade est caractéristique des réflexions urbaines menées à Cergy dans les années 1970.
Initier l’attractivité
Inaugurée en 1973, l’ESSEC est la première grande école à s’implanter dans une ville nouvelle. Son arrivée marque une étape décisive dans le développement de Cergy-Pontoise, alors perçue comme la plus avancée des villes nouvelles franciliennes. Véritable équipement structurant du Centre-Préfecture, il contribue à renforcer la centralité urbaine naissante aux côtés de la préfecture, du centre commercial des Trois-Fontaines et des équipements sportifs. Au-delà de sa fonction d’enseignement, l’ESSEC joue un rôle majeur dans l’attractivité du territoire, problématique inhérente d’une ville qui cherche à se peupler. Elle favorise l’implantation de nouvelles activités, notamment hôtelières et de formation, et participe à la construction de l’image de Cergy-Pontoise comme pôle universitaire et économique.
Malgré les nombreuses extensions réalisées depuis les années 1980 et les importantes transformations du programme « Campus Nouvelle Génération », l'organisation générale imaginée par Seifert demeure lisible. Le Grand Hall, espace central du campus depuis 1973, reste aujourd'hui encore le cœur de la vie étudiante.
Cergy Préfecture
La préfecture
Inaugurée en 1970, la préfecture du Val-d’Oise est le premier édifice majeur de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise. Sa construction s’inscrit dans la réforme administrative de la région parisienne engagée en 1964, qui prévoit la création de nouveaux départements. Souhaitant marquer symboliquement la naissance du Val-d’Oise, Paul Delouvrier, haut fonctionnaire de l’État en charge des villes nouvelles, choisit d'implanter la préfecture au cœur du futur centre de Cergy plutôt que dans un bâtiment existant. Il confie le projet à l’architecte Henry Bernard, prix de Rome, auteur notamment de la Maison de la Radio qui vient d’être livrée.
Conçue comme un monument républicain contemporain, la préfecture adopte la forme singulière d’une pyramide inversée tronquée, reposant sur quatre noyaux structurels. Cette volumétrie spectaculaire, caractéristique des recherches formelles de l’architecture française des Trente Glorieuses, vise à affirmer la présence de l’État dans un territoire en construction. Son architecture rompt avec les formes administratives traditionnelles tout en revendiquant une forte monumentalité.
À l’intérieur, le vaste hall d’accueil traduit la volonté du préfet de rapprocher l’administration des citoyens. Inspiré du modèle des aérogares modernes, il devait accueillir divers services et espaces de rencontre (poste, agence de voyage, régie des tabacs), faisant de la préfecture un lieu de vie autant qu’un bâtiment administratif. Si cette ambition sera progressivement réduite pour des raisons de sécurité et d’usage, elle témoigne de l’esprit réformateur qui accompagne la création de la ville nouvelle.
Malgré les critiques suscitées par son coût et son architecture jugée parfois formaliste, la préfecture s’impose rapidement comme le point d’ancrage du centre-ville de Cergy. Son implantation au sein d’un vaste espace paysager et son image singulière en font aujourd’hui l’un des symboles les plus emblématiques de la ville nouvelle et de l’architecture institutionnelle des années 1970.
Le complexe de Dubuisson
Le plan d’urbanisme de 1968 (Pencréac’h–Vasconi) prévoit de faire de la place de la Préfecture un espace vivant, mêlant plusieurs fonctions, dont un restaurant. Si le démarrage est difficile, par la suite les villes nouvelles ont assumé cette logique d’hybridation des usages (bureaux, logements, commerces, équipements sportifs) qui représente alors une innovation urbaine majeure, notamment sur le plan administratif et programmatique.
Le complexe conçu par Jean Dubuisson, bien que peu reconnu par la critique et absent de nombreux guides d’architecture, apparaît aujourd’hui comme une réalisation stratégique du Centre-Préfecture. Il organise une transition entre sol artificiel et parc grâce à une composition rigoureuse en volumes simples, typique de son approche moderniste. Le bâtiment adopte une organisation en T : un immeuble de bureaux reposant sur la patinoire et les parkings, et un immeuble de logements perpendiculaire au-dessus de la piscine. Le premier étage des logements était initialement conçu comme un espace public en belvédère sur le parc, aujourd’hui privatisé.
La piscine, volontairement ouverte sur le parc à la demande de Bernard Hirsch, devait constituer un élément d’animation urbaine et de détente pour les usagers de la préfecture.
Malgré les réserves de Bernard Hirsch, urbaniste et directeur de l’EPA, Jean Dubuisson a maintenu une logique de volume fermé et opaque, ce qui a probablement contribué à la réception globalement négative de l’édifice, perçu comme un échec esthétique et urbain.
L‘Hôtel de l’agglomération
Vous passez actuellement au coeur de ce qui a été le centre culturel et administratif de Cergy construit par les architectes Georges Pencréac’h et Claude Vasconi. Celui-ci est initialement conçu par l’EPA comme un équipement majeur, implanté au cœur stratégique de la ville, entre gare, réseau de bus et espaces centraux. Malgré un programme très ambitieux (musée, conservatoire, bibliothèque, théâtre, maison des loisirs et services associés), le projet est refusé en 1972 par le syndicat intercommunal. Face à ces blocages, une solution de compromis est trouvée : l’hôtel de ville est intégré au projet à la place du musée. Cette reconfiguration donne naissance à un équipement hybride, emblématique des tensions entre élus et aménageurs dans les villes nouvelles.
Le bâtiment, organisé autour de la place des Arts, combine circulation piétonne, espaces publics et équipements culturels. Il s’ouvre sur une placette couverte par une grande verrière, pensée comme un lieu public traversant, permettant à la fois la continuité des flux et l’accueil d’événements en plein air. Par son programme mixte et son insertion urbaine originale, l’édifice se distingue fortement des autres constructions environnantes. Son architecture, plus expressive et colorée que la modernité des années 1960, a suscité des débats importants, notamment autour du choix des matériaux et des couleurs. Après plusieurs ajustements (du blanc et vert initial vers des tons bleu, vert et rouge), le bâtiment assume finalement une identité chromatique forte qui immerge le piéton.
Devenu aujourd’hui hotêl de l’agglomération et trente-cinq ans après son inauguration, il correspond manifestement encore à une forme d'urbanité qu'on attendait de lui alors.
La Tour EDF
Dès 1967, EDF prévoit d’implanter à Cergy un important immeuble de bureaux destiné à un centre régional de distribution et à l’exploitation de centrales thermiques. Le site, situé sur la dalle près de la préfecture, est rapidement choisi, mais de nombreux blocages administratifs repoussent le chantier jusqu’en 1973.
Achevée, la tour atteint 58 mètres pour 26 000 m² et devient le plus haut bâtiment du Val-d’Oise, servant de « signal » urbain pour la ville nouvelle. Elle s’organise autour d’un noyau central et adopte une forme simple de parallélépipède alternant pleins et vides. Sa structure repose sur une ossature métallique périphérique et un système de porte-à-faux qui libère le socle. L’édifice est alors présenté comme une prouesse technique, notamment grâce à un système innovant de refroidissement par circulation d’eau dans les poteaux métalliques (thermosiphon), faisant de lui l’un des premiers immeubles de grande hauteur à ossature « irriguée » en France. Cette ambition technico-constructive s’accompagne d’un effet sculptural marqué, proche d’une forme de « champignon ».
En revanche, son couronnement surprend davantage : un volume technique en forme de cabane de chantier, visible au-dessus de la terrasse panoramique, regroupe notamment des équipements et une chaufferie au gaz, contrastant avec le soin apporté au reste de l’édifice. La tour souffre alors d’une réception mitigée et d’une image durablement discutée, nécessitant plusieurs décennies plus tard une rénovation importante.
Cette reconversion lourde est portée par le promoteur Linkcity et a été confiée à une équipe de maîtrise d’œuvre dirigée par l’architecte Pablo Katz. Le projet vise à transformer l’immeuble de bureaux désaffecté en un programme mixte et habité, tout en conservant sa silhouette verticale, repère majeur du quartier du Grand Centre. La silhouette de la tour va en être chamboulée avec l’écrêtement de quatre étages au sommet et la création d’une toiture-jardin avec une “forêt urbaine”, conçue pour remplacer le précédent signal. A l’intérieur tous les plateaux sont réhabiliter et les socles requalifier pour améliorer les circulations piétonnes.
Au-delà de la seule rénovation, ce projet cherche à faire de la Tour EDF un prototype de reconversion des IGH des villes nouvelles, combinant densification maîtrisée, mixité fonctionnelle et transition écologique.
La Tour des jeunes mariés
Livrée en 1974, la Tour des Jeunes Mariés est conçue par les architectes Martine et Philippe Deslandes comme un habitat social expérimental destiné à de jeunes couples, intégrant logements et services collectifs (restauration, laverie, garde d’enfants).
Elle s’inscrit dans une série d’expérimentations architecturales cherchant à rompre avec les formes orthogonales traditionnelles de l’habitat collectif. L’édifice propose une écriture entièrement tournée vers la courbe : façades ondulantes, vitrages galbés et organisation générale fondée sur des principes circulaires. À l’intérieur, cette logique est poussée à l’extrême : circulations, escaliers et paliers adoptent des formes rondes, tandis que les logements (121 studios et petits appartements) sont organisés selon des dispositifs très contraints. Les espaces sont souvent mono-orientés, de petite taille, et structurés autour d’éléments intégrés sur mesure, comme des salles de bains en forme de coquille ou des cuisines épousant les mêmes courbes.
Cette conception très formalisée interroge cependant les conditions réelles d’habiter, certains espaces étant peu pratiques ou dépendants de règles d’usage strictes. Son efficacité dans le logement social reste discutée, notamment le parti pris radical entre en tension avec les contraintes d’usage et de surface.
D'importants travaux de rénovation thermique ont été entrepris par l’agence AF Architectes en 2017 sur ce bâtiment de 40m de haut pour atteindre le niveau BBC. Le béton teinté bleu originel se transforme en une vêture alucobond bleue qui reflète la lumière et participe de la conservation de ce signal urbain.
Le centre commercial des 3 fontaines
Au moment de développer le projet du centre commercial des Trois Fontaines, deux modèles s’affrontent : l’hypermarché, format fermé et autonome, et le shopping center, structuré autour d’une rue commerciale. Pour Cergy, l’EPA choisit le modèle du shopping center et pensent confier le projet à des acteurs comme Robert de Balkany (SCC), promoteur de Parly 2, qui défend une logique très automobile fondée sur les parkings et la circulation motorisée, il cite : “le piéton, en dehors de l’automibiliste qui a garé sa voiture, c’est un être en voie d’extinction”.
Ce modèle entre toutefois en tension avec la vision initiale des urbanistes de Cergy (Douady, Vasconi, Pencréac’h), qui veulent intégrer le commerce au cœur du tissu urbain et des cheminements piétons. C’est pourquoi près arbitrage, le projet est confié à un maître d’ouvrage plus flexible (SEREP Aménagement), qui s’appuie sur des études de marché et sur des architectes dont Claude Vasconi, également impliqué dans la conception du plan guide de la ville nouvelle. Le centre commercial des Trois-Fontaines qui en résulte est ainsi un compromis : il combine grande distribution, galerie commerciale et équipements de loisirs, mais reste fortement structuré par l’automobile et les parkings. Les extensions ultérieures renforceront encore cette logique, au point de complètement diluer le projet initial de Vasconi.
Au final, l’ensemble illustre une contradiction durable des villes nouvelles : concilier un centre urbain piéton et mixte avec des dispositifs commerciaux dépendants de l’accessibilité routière, selon le principe implicite « no parking, no business ».
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Quartier Bossut, Pontoise
Passé militaire
Le quartier Bossut s’installe sur l’ancienne caserne militaire Bossut, construite au début du XXe siècle sur le plateau Saint-Martin. Pendant près d’un siècle, le site accueille cavalerie, transmissions puis diverses unités militaires, avant d’être définitivement désaffecté à la fin des années 1990. En 1998, l’armée quitte les lieux et le site est transféré à l’agglomération de Cergy-Pontoise, ouvrant la voie à une vaste opération de reconversion urbaine.
Couture urbaine
Le site devient une Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) en 2012 et vise à créer un nouveau quartier résidentiel et mixte pour Pontoise capable d’accueillir 6 500 habitants. L’objectif est de transformer une ancienne enclave en quartier de couture urbaine, reliant des tissus urbains autrefois disjoints. Le cœur du projet est un grand parc central, imaginé par la paysagiste Florence Mercier, élément organisateur du quartier. Le projet conserve aussi des traces de l’histoire du site, notamment par le réemploi de matériaux et la mise en valeur de l’ancienne géométrie militaire.
Évolution récente
Le quartier est aujourd’hui en phase active de livraison d’équipements et de logements. Bossut est pensé comme un nouveau quartier “innovant et écologique”, labellisé à l’échelle régionale. Ses ambitions principales sont de faire le lien entre ville ancienne et ville nouvelle, de développer un quartier mixte, habité et équipé où la dimension environnementale est fortement intégrée. Encore en construction, son identité urbaine continue de se définir au fil des livraisons.
Moulin de la Couleuvre
Historique
Le moulin de la Couleuvre, dont l’origine remonte au XIIe siècle, a connu de multiples usages au fil des siècles (moulin, activités artisanales), avant d’être progressivement abandonné à partir des années 1970. Rendu célèbre par une peinture de Cézanne en 1881, il tombe ensuite en ruine jusqu’à son acquisition par la ville de Pontoise et son inscription aux Monuments historiques en 1979, qui permet d’engager sa sauvegarde.
Réhabilitation
Dans les années 1980, le CAUE du Val-d’Oise s’y installe partiellement et engage un projet de réhabilitation global sur ses fonds en échange d’un bail emphythéotique. L’objectif est de transformer le site en lieu de travail et d’accueil du public, tout en servant de démonstrateur d’architecture contemporaine appliquée au patrimoine.
La rénovation, confiée à l’architecte Philippe Goudenège, conserve les structures principales mais introduit une intervention résolument contemporaine : renforts métalliques, extensions vitrées, nouveaux circulations et espaces modulables. Le projet cherche à concilier mise en valeur du bâti ancien et adaptation aux usages modernes (bureaux, expositions, conférences), sous le contrôle de l’Architecte des Bâtiments de France du Val d’Oise, Charles Maj.
L’ensemble repose sur un dialogue entre ancien et moderne : conservation des murs en pierre et des traces historiques (dont la façade peinte par Cézanne qui est protégée), mais insertion de matériaux contemporains (acier, béton, verre) et création de nouvelles transparences et parcours visuels.
Enfin, les abords du moulin sont requalifiés en espace paysager expérimental : la cour est transformée en lieu public, tandis que le jardin est repensé comme un paysage vivant, mêlant verger, prairie et plus tard gestion écologique. Le site devient ainsi un exemple de réhabilitation associant patrimoine, architecture contemporaine et expérimentation paysagère.
Accéder au parcours
RER
RER A - Cergy Saint-Christophe


