Architectures du sport en Seine-Saint-Denis
Saint-Denis, L'Île-Saint-Denis, Saint-Ouen




Les XXXIIIe olympiades modernes, plus communément appelées Jeux olympiques et paralympiques 2024, se sont déroulées à Paris et dans sa banlieue.
Au cœur du dossier de candidature de la France à l’organisation de cette cérémonie, qui se déroule cent ans après les derniers Jeux parisiens, trois piliers étaient valorisés : l’économie, la centralité et l’écoresponsabilité. Il a été décidé de centraliser au maximum les épreuves sportives autour de la capitale, et particulièrement dans le département de Seine-Saint-Denis, en privilégiant le plus possible les infrastructures existantes.
Les seules architectures construites l’ont été quand aucun équipement satisfaisant n’existait. Ainsi, les Jeux de 2024 laissent comme héritage plusieurs ensembles majeurs en Seine-Saint-Denis : le CAO (Centre aquatique olympique), en face du Stade de France, le village des médias, le village des athlètes et le mur d’escalade du Bourget. Ces architectures sont pensées comme réversibles, pouvant changer de fonction une fois les Olympiades terminées et commencer alors une nouvelle vie.
Plus loin que les seuls Jeux olympiques, le territoire a été marqué par plusieurs compétitions sportives – le Mondial de football 1998, l’Euro de football 2016, les JO 2024 – qui ont sensiblement modifié le paysage urbain entre Saint-Denis, L’Île-Saint-Denis et Saint-Ouen au cours du XXe siècle. Ces changements urbains et architecturaux, catalysés par ces grands rendez-vous populaires, sont une grille de lecture essentielle du territoire. L’étude de leur histoire, et plus largement celle des pratiques sportives en Seine-Saint-Denis, est un axe essentiel pour comprendre l’identité de la Seine-Saint-Denis.
Parcours conçu par le CAUE 93 en partenariat avec :

Aperçu du parcours
Le Stade de France (“Grand Stade”, 1998)
Le “Stade de France” de Macary, Zubléna, Costantini et Régembal, depuis le parvis © Hugo Trutt / CAUE 93
Le “Grand Stade” est probablement l’un des lieux les plus connus des Français. Inauguré en 1998 pour la Coupe du monde, remportée par les “Bleus”, l’équipe de football masculine nationale, l’arène de 80 000 places assises est instantanément rentrée dans l’histoire. Mais peu sont ceux qui connaissent bien son histoire et son architecture !
Le concours du “Grand Stade”
Au cours de son histoire, l’équipe de France de football a reçu ses adversaires dans différents stades principaux, comme l’emblématique stade olympique Yves-du-Manoir de Colombes ou le Parc des Princes à Paris 16e. En juillet 1992, lorsque la France se voit désignée pour organiser la Coupe du monde de football FIFA de 1998, se lance un compte à rebours pour réaménager le quartier, organiser un concours d’architecture, suivre et achever le chantier dans un temps record.
Carte postale du Stade Olympique Yves-du-Manoir de Colombes (Hauts-de-Seine), en 1924, lors des premières olympiades modernes à Paris, l’un des stades historique de l’équipe de France. Source : domaine public, Wikimedia
Le “Grand Stade”, rebaptisé “Stade de France”, est construit dans un contexte de crise de la construction qui touche la France du milieu des années 1980 aux années 1990. Pour faire face aux difficultés budgétaires, un ambitieux montage en capitaux publics-privés est retenu, permettant de faire financer ce nouvel équipement par l’État et des groupes privés (actuels Bouygues et Vinci).
Sur les 19 projets soumis en 1994 et examinés par le jury, on retrouve les plus prestigieux noms de l’architecture française à la fin du millénaire : Claude Vasconi, Francis Soler (avec Rem Koolhaas), Architecture Studio, Jean-Paul Viguier (avec Ricardo Bofill), Alain Sarfati (AREA), Henri et Bruno Gaudin, Roland Castro et Sophie Denissoff, etc.
Ce sont deux projets qui arrivent finalistes, le projet rectangulaire de Jean Nouvel contre le projet ellipsoïdal de Michel Macary et Aymeric Zubléna, qui finalement sera retenu.
Le lauréat : le “Stade de France” de Macary, Zubléna, Costantini et Régembal
Le programme vainqueur est signé par Michel Macary et Aymeric Zubléna (qui fondent ensuite l’agence SCAU), avec l’aide de Claude Costantini et Michel Régembal (qui, eux, fondent l’agence CR Architecture). Ce sont des figures plutôt discrètes de l’architecture française, mais qui peuvent alors revendiquer quelques réalisations d’ampleur – notamment dans la ville nouvelle d’Évry, où leur rôle est central, et surtout en réalisant l’aile Richelieu du “Grand Louvre” d’Ieoh Ming Pei.
Le “Stade de France” est pensé comme modulable, avec des gradins rétractables qui permettent de transformer sa capacité de 20 000 à 100 000 places, selon l’événement proposé, qu’il s’agisse d’un grand concert, d’une rencontre de rugby ou d’une compétition d’athlétisme. C’est un projet qui vise la clarté : la forme du stade est dictée par l’ellipse de la piste d’athlétisme. La grande prouesse technique de la structure, c’est ce vélum flottant au-dessus des tribunes, soutenu par 18 élégants haubans fixés sur des aiguilles en forme de javelot de 60 mètres.
Le stade n’est pas pensé comme un isolat, mais au contraire comme une interface qui dessert l’ensemble du quartier. Comme le déclarait l’architecte Michel Macary, aux caméras du journal télévisé de France 2 lors de l’annonce des résultats : “[Il faut que] ce stade soit perçu comme tel depuis la ville et non pas refermé sur lui-même.”
Le stade rayonne sur tout le quartier, qui se dote alors de nouveaux bureaux, commerces, logements, faisant le pont entre le centre-ville, les grands axes de circulation et le quartier du fort de l’Est et des Francs-Moisins. De nombreux arbres et allées végétalisées sont créés pour animer le parvis, qui s’affirme comme l’une des centralités du nord-est parisien et modifie durablement l’image des villes de Saint-Denis et d’Aubervilliers dont il est limitrophe.
Intitulée PIXELAVENUE, cette installation électronique interactive de Fred Sapey-Triomphe, commandé par Plaine Commune et le Stade de France en 2016, anime joyeusement l’espace piéton et cycliste passant en dessous de l’autoroute A86 © Hugo Trutt / CAUE 93 - 2025
Réalisée par Jean-Marie Duthilleul et ouverte en janvier 1998, dans les temps pour le Mondial de football, la gare de RER “La Plaine – Stade de France” relie le nouveau stade à Paris et propulse la Seine-Saint-Denis dans le XXIe siècle.
La Plaine de France : un lieu emblématique pour le “Grand Stade”
Le secteur “Cornillon Nord” n’a aujourd’hui plus rien à voir avec celui où le Stade de France a été construit. Ce quartier, délimité par l’avenue du Président-Wilson (anciennement avenue de Paris), le canal Saint-Denis et l’autoroute A1, est historiquement un espace agricole. Au début du XXe siècle, les terres sont rachetées par la Ville de Paris, qui y installe des usines à gaz, actives de 1929 jusqu’en 1977.
Vue aérienne de l'usine du Cornillon à la Plaine Saint-Denis, à l'emplacement de l'actuel Stade de France. Les structures cylindriques sont des gazomètres, dont le diamètre pouvait atteindre 77 mètres pour 60 mètres de haut © Société du Gaz de Paris (cliché datant des années 1920)
Aujourd’hui, il ne reste que peu de traces de l’activité industrielle dans la zone. Les gazomètres ont été démontés pour laisser place au “Grand Stade”. De l’autre côté de l’avenue Wilson, on peut néanmoins distinguer les ateliers de la Pharmacie centrale de France, construits par l'architecte Jules Saulnier entre 1862 et 1867, et devenus depuis un lieu d’accueil événementiel.
Le choix de ce site, symbole du renouveau d’un territoire industriel, est l’aboutissement d’un long processus pour construire un grand stade en Île-de-France. L’idée était évoquée par l’architecte Le Corbusier, qui proposait déjà en 1937 de bâtir un stade de 100 000 places.
Les stades métropolitains utilisés par l’équipe nationale jusqu’à l’arrivée du Stade de France ne sont pas idéalement adaptés aux besoins, soit trop vieillissants comme “Yves-du-Manoir” à Colombes (qualifié de “vieille carcasse” dans France-Football en 1959), soit trop petits comme le “Parc des Princes” dans le 16ᵉ arrondissement de Paris (45 000 places, dans sa version reconstruite par l’architecte Roger Taillibert en 1972).
Plusieurs lieux seront évoqués successivement, notamment dans la ville de Tremblay-en-France ou dans la ville nouvelle de Melun-Sénart, auxquels s’opposera Jacques Chirac, maire de Paris au début des années 1990, soucieux de ne pas financer des projets jugés trop éloignés de la capitale. Avant d’arrêter le choix sur la ville de Saint-Denis, la candidature de Marne-la-Vallée sera étudiée mais elle obtiendra, comme lot de consolation, l’installation du parc Disneyland Paris.
Le projet perdant de Jean Nouvel et Emmanuel Cattani
Projet « Grand Stade » (non retenu), à Saint-Denis, France © Jean Nouvel & AJN.
Interrogé plus de vingt ans après, Jean Nouvel, le lauréat malchanceux du concours du “Grand Stade”, confiait que la perte de ce concours fut l’une des plus douloureuses pour lui. Son projet rectangulaire était une synthèse des grands préceptes de son architecture : un espace monumental et ludique, conçu comme une gigantesque machine où tous les espaces sont modulables et faisant la part belle aux nouvelles technologies (écrans géants).
“Un peu comme les aéroports, les stades sont devenus des objets qui sont répétés avec juste quelques variantes de forme : soupière, cendrier ou soucoupe volante. À Saint-Denis, c'est la soucoupe volante qui a gagné. (...) La seule chose de sympathique, c'est qu'on y a gagné la Coupe du monde de football, mais on aurait peut-être aussi pu la gagner avec mon projet...”, déclare Jean Nouvel dans le journal L’Équipe en août 2023.
Le projet Nouvel-Cattani a reçu la note maximale par le jury de sélection lors de sa présentation. Malgré sa singularité, il fut finalement écarté par le Premier ministre Édouard Balladur, au profit de celui de Macary-Zubléna, qui respectait scrupuleusement le cahier des charges et annonçait un budget prévisionnel inférieur de 300 millions de francs.
Maîtrise d’ouvrage : consortium privé de conception‑construction‑exploitation (Bouygues, GTM‑Entrepose/Vinci, SGE), dans le cadre d’un contrat avec l’État français. Maîtrise d’œuvre (architecture) : équipe d’architectes composée de Michel Macary, Aymeric Zubléna, Michel Régembal et Claude Costantini (SCAU et C.R. Architecture).
Le Stade de France (“Grand Stade”, 1998)
Le “Stade de France” de Macary, Zubléna, Costantini et Régembal, depuis le parvis © Hugo Trutt / CAUE 93
Le “Grand Stade” est probablement l’un des lieux les plus connus des Français. Inauguré en 1998 pour la Coupe du monde, remportée par les “Bleus”, l’équipe de football masculine nationale, l’arène de 80 000 places assises est instantanément rentrée dans l’histoire. Mais peu sont ceux qui connaissent bien son histoire et son architecture !
Le concours du “Grand Stade”
Au cours de son histoire, l’équipe de France de football a reçu ses adversaires dans différents stades principaux, comme l’emblématique stade olympique Yves-du-Manoir de Colombes ou le Parc des Princes à Paris 16e. En juillet 1992, lorsque la France se voit désignée pour organiser la Coupe du monde de football FIFA de 1998, se lance un compte à rebours pour réaménager le quartier, organiser un concours d’architecture, suivre et achever le chantier dans un temps record.
Carte postale du Stade Olympique Yves-du-Manoir de Colombes (Hauts-de-Seine), en 1924, lors des premières olympiades modernes à Paris, l’un des stades historique de l’équipe de France. Source : domaine public, Wikimedia
Le “Grand Stade”, rebaptisé “Stade de France”, est construit dans un contexte de crise de la construction qui touche la France du milieu des années 1980 aux années 1990. Pour faire face aux difficultés budgétaires, un ambitieux montage en capitaux publics-privés est retenu, permettant de faire financer ce nouvel équipement par l’État et des groupes privés (actuels Bouygues et Vinci).
Sur les 19 projets soumis en 1994 et examinés par le jury, on retrouve les plus prestigieux noms de l’architecture française à la fin du millénaire : Claude Vasconi, Francis Soler (avec Rem Koolhaas), Architecture Studio, Jean-Paul Viguier (avec Ricardo Bofill), Alain Sarfati (AREA), Henri et Bruno Gaudin, Roland Castro et Sophie Denissoff, etc.
Ce sont deux projets qui arrivent finalistes, le projet rectangulaire de Jean Nouvel contre le projet ellipsoïdal de Michel Macary et Aymeric Zubléna, qui finalement sera retenu.
Le lauréat : le “Stade de France” de Macary, Zubléna, Costantini et Régembal
Le programme vainqueur est signé par Michel Macary et Aymeric Zubléna (qui fondent ensuite l’agence SCAU), avec l’aide de Claude Costantini et Michel Régembal (qui, eux, fondent l’agence CR Architecture). Ce sont des figures plutôt discrètes de l’architecture française, mais qui peuvent alors revendiquer quelques réalisations d’ampleur – notamment dans la ville nouvelle d’Évry, où leur rôle est central, et surtout en réalisant l’aile Richelieu du “Grand Louvre” d’Ieoh Ming Pei.
Le “Stade de France” est pensé comme modulable, avec des gradins rétractables qui permettent de transformer sa capacité de 20 000 à 100 000 places, selon l’événement proposé, qu’il s’agisse d’un grand concert, d’une rencontre de rugby ou d’une compétition d’athlétisme. C’est un projet qui vise la clarté : la forme du stade est dictée par l’ellipse de la piste d’athlétisme. La grande prouesse technique de la structure, c’est ce vélum flottant au-dessus des tribunes, soutenu par 18 élégants haubans fixés sur des aiguilles en forme de javelot de 60 mètres.
Le stade n’est pas pensé comme un isolat, mais au contraire comme une interface qui dessert l’ensemble du quartier. Comme le déclarait l’architecte Michel Macary, aux caméras du journal télévisé de France 2 lors de l’annonce des résultats : “[Il faut que] ce stade soit perçu comme tel depuis la ville et non pas refermé sur lui-même.”
Le stade rayonne sur tout le quartier, qui se dote alors de nouveaux bureaux, commerces, logements, faisant le pont entre le centre-ville, les grands axes de circulation et le quartier du fort de l’Est et des Francs-Moisins. De nombreux arbres et allées végétalisées sont créés pour animer le parvis, qui s’affirme comme l’une des centralités du nord-est parisien et modifie durablement l’image des villes de Saint-Denis et d’Aubervilliers dont il est limitrophe.
Intitulée PIXELAVENUE, cette installation électronique interactive de Fred Sapey-Triomphe, commandé par Plaine Commune et le Stade de France en 2016, anime joyeusement l’espace piéton et cycliste passant en dessous de l’autoroute A86 © Hugo Trutt / CAUE 93 - 2025
Réalisée par Jean-Marie Duthilleul et ouverte en janvier 1998, dans les temps pour le Mondial de football, la gare de RER “La Plaine – Stade de France” relie le nouveau stade à Paris et propulse la Seine-Saint-Denis dans le XXIe siècle.
La Plaine de France : un lieu emblématique pour le “Grand Stade”
Le secteur “Cornillon Nord” n’a aujourd’hui plus rien à voir avec celui où le Stade de France a été construit. Ce quartier, délimité par l’avenue du Président-Wilson (anciennement avenue de Paris), le canal Saint-Denis et l’autoroute A1, est historiquement un espace agricole. Au début du XXe siècle, les terres sont rachetées par la Ville de Paris, qui y installe des usines à gaz, actives de 1929 jusqu’en 1977.
Vue aérienne de l'usine du Cornillon à la Plaine Saint-Denis, à l'emplacement de l'actuel Stade de France. Les structures cylindriques sont des gazomètres, dont le diamètre pouvait atteindre 77 mètres pour 60 mètres de haut © Société du Gaz de Paris (cliché datant des années 1920)
Aujourd’hui, il ne reste que peu de traces de l’activité industrielle dans la zone. Les gazomètres ont été démontés pour laisser place au “Grand Stade”. De l’autre côté de l’avenue Wilson, on peut néanmoins distinguer les ateliers de la Pharmacie centrale de France, construits par l'architecte Jules Saulnier entre 1862 et 1867, et devenus depuis un lieu d’accueil événementiel.
Le choix de ce site, symbole du renouveau d’un territoire industriel, est l’aboutissement d’un long processus pour construire un grand stade en Île-de-France. L’idée était évoquée par l’architecte Le Corbusier, qui proposait déjà en 1937 de bâtir un stade de 100 000 places.
Les stades métropolitains utilisés par l’équipe nationale jusqu’à l’arrivée du Stade de France ne sont pas idéalement adaptés aux besoins, soit trop vieillissants comme “Yves-du-Manoir” à Colombes (qualifié de “vieille carcasse” dans France-Football en 1959), soit trop petits comme le “Parc des Princes” dans le 16ᵉ arrondissement de Paris (45 000 places, dans sa version reconstruite par l’architecte Roger Taillibert en 1972).
Plusieurs lieux seront évoqués successivement, notamment dans la ville de Tremblay-en-France ou dans la ville nouvelle de Melun-Sénart, auxquels s’opposera Jacques Chirac, maire de Paris au début des années 1990, soucieux de ne pas financer des projets jugés trop éloignés de la capitale. Avant d’arrêter le choix sur la ville de Saint-Denis, la candidature de Marne-la-Vallée sera étudiée mais elle obtiendra, comme lot de consolation, l’installation du parc Disneyland Paris.
Le projet perdant de Jean Nouvel et Emmanuel Cattani
Projet « Grand Stade » (non retenu), à Saint-Denis, France © Jean Nouvel & AJN.
Interrogé plus de vingt ans après, Jean Nouvel, le lauréat malchanceux du concours du “Grand Stade”, confiait que la perte de ce concours fut l’une des plus douloureuses pour lui. Son projet rectangulaire était une synthèse des grands préceptes de son architecture : un espace monumental et ludique, conçu comme une gigantesque machine où tous les espaces sont modulables et faisant la part belle aux nouvelles technologies (écrans géants).
“Un peu comme les aéroports, les stades sont devenus des objets qui sont répétés avec juste quelques variantes de forme : soupière, cendrier ou soucoupe volante. À Saint-Denis, c'est la soucoupe volante qui a gagné. (...) La seule chose de sympathique, c'est qu'on y a gagné la Coupe du monde de football, mais on aurait peut-être aussi pu la gagner avec mon projet...”, déclare Jean Nouvel dans le journal L’Équipe en août 2023.
Le projet Nouvel-Cattani a reçu la note maximale par le jury de sélection lors de sa présentation. Malgré sa singularité, il fut finalement écarté par le Premier ministre Édouard Balladur, au profit de celui de Macary-Zubléna, qui respectait scrupuleusement le cahier des charges et annonçait un budget prévisionnel inférieur de 300 millions de francs.
Maîtrise d’ouvrage : consortium privé de conception‑construction‑exploitation (Bouygues, GTM‑Entrepose/Vinci, SGE), dans le cadre d’un contrat avec l’État français. Maîtrise d’œuvre (architecture) : équipe d’architectes composée de Michel Macary, Aymeric Zubléna, Michel Régembal et Claude Costantini (SCAU et C.R. Architecture).
Le Centre aquatique Olympique (CAO) – Métropole du Grand Paris
Le CAO MGP vu depuis le Stade de France. Au premier plan, l’autoroute A1 juste avant qu’elle soit couverte © Hugo Trutt / CAUE 93 - 2025
Maîtrise d’ouvrage : Métropole du Grand Paris (MGP). Maîtrise d’œuvre : Ateliers 2/3/4/ (mandataire, architecte et paysagiste) et VenhoevenCS (architecte), avec un groupement d’ingénierie (schlaich bergermann partner, INEX, Inddigo, etc.).
Un centre aquatique à l’image des Jeux olympiques et paralympiques 2024
Les Jeux olympiques (JO) d’été de 2024, officiellement appelés Jeux de la XXXIIIe olympiade de l'ère moderne, fêtent le centenaire des derniers Jeux organisés à Paris (1924). Ce retour aux origines est souhaité comme une vitrine des grands sites patrimoniaux de la capitale, avec une cérémonie d’ouverture monumentale sur la Seine, des épreuves dans le Grand Palais, au château de Versailles, sur la place de la Concorde, etc. À ce volet patrimonial s’ajoute une volonté d’en faire les Jeux les plus écologiquement responsables, privilégiant la rénovation d’infrastructures existantes et ne construisant, le cas échéant, que des équipements sportifs aux dimensions des besoins effectifs du territoire.
Vue aérienne des deux équipements sportifs se faisant face © Métropole du Grand Paris
La Seine-Saint-Denis est historiquement un territoire carencé en infrastructures sportives, malgré une population jeune (20,1% des habitants de Seine-Saint-Denis, soit 1 habitant sur 5, sont des jeunes de 15 à 19 ans, selon la préfecture en 2023). Les JO et les Jeux paralympiques ont été une occasion de rattraper ce retard, avec des équipements sportifs durables : le Prisme (pôle d'activités multisports) à Bobigny, le centre aquatique Annette-Kellermann à La Courneuve, la rénovation de la piscine municipale de Montreuil, etc.
L’un des objectifs architecturaux avoués du comité organisateur des JO 2024 était d’éviter à tout prix les “éléphants blancs”, méga-projets qui amènent plus de coûts que de bénéfices à la collectivité. Pour les infrastructures sportives créées, cela signifie un calibrage attentif des besoins et un cahier des charges clair pour les architectes consultés. Les quartiers d’hébergement des athlètes et des journalistes sont, eux, pensés comme réversibles pour devenir, après les Jeux, des écoquartiers sur les villes de Saint-Denis, Saint-Ouen et L’Île-Saint-Denis.
Une architecture de la juste mesure
Le bâtiment se compose de deux parties principales : la halle olympique, qui abrite les bassins principaux, et son socle, qui fait l’interface entre l’équipement et le futur quartier de la Plaine Saulnier. Il est pensé par un consortium de deux agences, les Néerlandais de VenhoevenCS et l’agence parisienne Ateliers 2/3/4/, nommées architectes et paysagistes du projet après un concours organisé par la Métropole du Grand Paris.
Visible depuis l’autoroute A86 et reconnaissable à ses lames de bois, la halle recouvre élégamment les grands bassins. Elle monte jusqu’à une trentaine de mètres, revendiquant une certaine monumentalité du côté du Stade de France, pour redescendre à seulement 12 mètres de haut de l’autre côté. Un socle en béton, qui surélève la halle, permet de mettre l’ouvrage sur le même plan que le “Grand Stade” de l’autre côté de l’autoroute, dont les parvis sont désormais connectés par un franchissement piéton et modes doux.
Le bois est laissé apparent à l’extérieur mais se retrouve aussi largement à l’intérieur : Le CAO possède la plus grande charpente concave en bois au monde ! © Hugo Trutt / CAUE 93 - 2025
Un soin particulier est apporté à la lumière naturelle, qui pénètre dans les bassins par les larges verrières présentes sur son flanc est. À l’intérieur, la piscine est pensée pour devenir durablement le lieu d’accueil des principales compétitions de natation en France. Elle se dote pour cela de bassins aux tailles réglementaires ainsi que de plongeoirs pour le saut acrobatique, culminant à 10 mètres de haut, faisant du CAO le seul équipement en France à bénéficier de quatre hauteurs de plongeoirs.
Le centre aquatique a une capacité d’accueil de 6 000 visiteurs dans ses tribunes lors des grandes compétitions, mais reste désormais ouvert, à l’année, pour les riverains et les travailleurs du quartier de la Plaine qui pratiquent la natation.
La future ZAC Plaine Saulnier et le “projet 360”
La ZAC Plaine Saulnier : un nouveau quartier sort de terre
En 2025, le futur quartier de la ZAC Plaine Saulnier est encore vide. C’est ici que le quartier sera réalisé. Au loin, la silhouette de la tour Pleyel se distingue sur la ligne d’horizon © Hugo Trutt / CAUE 93 - 2025
Le CAO, au moment où les Jeux olympiques se terminent, est entouré par de nombreux terrains libres, dont certains servent de parking pour les autocars et les taxis des athlètes pendant les JO 2024. Ce territoire de 12 hectares, à la confluence du centre historique de Saint-Denis, du village olympique et du hub de transport Pleyel, a été constitué en ZAC (zone d’aménagement concerté) en 2019 par la Métropole du Grand Paris, qui est maître d’ouvrage de l’opération, avec l’appui de la SPL Plaine Commune Développement.
Plan de situation du quartier (indiqué en orange pâle), qui indique sa situation géographique centrale entre plusieurs pôles urbains : le Stade de France, la porte de Paris à Saint-Denis et le hub Pleyel. Source : Métropole du Grand Paris
C’est un quartier à la position complexe, entre deux voies autoroutières (A1, A86), situé en grande partie sur l’ancien “laboratoire central de recherches gazières” opéré par Gaz de France, sur la plaine du Landy. Avant de construire le CAO et d’aménager la future ZAC, un programme ambitieux d’assainissement des sols industriels a été mené avec l’extraction de 43 000 m³ de terres polluées, dont la moitié fut évacuée par voie fluviale.
Le futur quartier mêlera logements, bureaux, équipements publics, commerces, activités économiques et culturelles dans un ensemble qui ambitionne, selon la Métropole du Grand Paris, d’être exemplaire dans la “préfiguration d’une métropole post-carbone”, en intégrant des démarches vertueuses à l’ensemble des stades de sa réalisation. Les travaux débutent en 2025 pour une livraison du quartier espérée en 2030.
Inaugurée en 2024, l’oeuvre de Bernar Venet “Convergence : 54.5° Arc x 14” sera l’un des grands repères du futur quartier. Les 14 arcs verticaux en acier Corten, matériau emblématique de l’artiste, font écho au passé industriel du quartier et aussi aux valeurs de l’Olympisme souhaitée par l’artiste comme “un geste symbolique, composé de rencontres asymétriques mais équilibrées” … comme une épreuve des JOP ! © Hugo Trutt / CAUE 93
Le “projet 360” de l’agence DREAM (à l’étude, prévu à l’horizon 2030)
Annoncé en mars 2025 par la Métropole du Grand Paris, le pôle à vocation sportive “360”, au cœur de la ZAC Plaine Saulnier à Saint-Denis, est un projet d’environ 20 000 m² qui vise à faire de ce secteur un véritable épicentre métropolitain du sport et des loisirs, en héritage direct des Jeux olympiques. Pensé comme une destination ouverte à tous, il combine des équipements dédiés aux sports urbains (notamment un bikepark/BMX en toiture), des espaces de pratique libre et de compétition, un programme hôtelier et des hébergements pour sportifs, étudiants et jeunes actifs, ainsi que des commerces et services en rez-de-chaussée afin d’animer le quartier au quotidien.
Perspective du pôle à vocation sportive “360”, futur équipement central de la ZAC Plaine Saulnier. Sur le toit une piste de BMX © DREAM – Virgin Lemon / Atelier WOA
Le projet de pôle sportif “360”, conçu par l’agence d’architecture DREAM (Dimitri Roussel) et Atelier WOA, s’appuie sur une architecture annoncée comme emblématique, des ambitions environnementales fortes (construction bas carbone, place à la biodiversité et création d’un parc) et un calendrier de réalisation étalé sur les prochaines années, avec l’objectif de transformer durablement la Plaine Saulnier en un quartier mixte et étroitement lié à la culture sportive.
Maîtrise d’œuvre urbaine de la ZAC : Leclercq Associés. Assistance à maîtrise d’ouvrage pour la Métropole du Grand Paris : Plaine Commune Développement. Assistance à maîtrise d’ouvrage stratégique et opérationnelle : Une Fabrique de la Ville. Conception et animation de la concertation : Respublica.
Le parc du Temps des Cerises et sa halle sportive
Le Parc du Temps des Cerises, à l’heure de la pause-déjeuner. © Pierre-Yves Brunaud
Le parc du Temps des Cerises (Agence D’ici Là, 2016)
Le parc du Temps des Cerises est livré en juin 2016, par l’agence D'ici là Paysages et Territoires (Claire Trapenard et Sylvanie Grée), juste pour l’ouverture de l’Euro de football, plus grande compétition de football européenne, organisée en France cet été-là. Sans lien direct avec la compétition, l’espace vert est situé sur l’un des itinéraires piétons qui mènent au Stade de France, l’un des sites de l’événement, depuis la gare de RER “Saint-Denis – Stade de France”.
Le parc n’est pas fermé et reste ouvert jour et nuit. Il mêle plusieurs séquences paysagères, à travers un chemin boisé qui traverse diverses infrastructures sportives du quotidien : une halle dédiée aux jeux de ballon et une pelouse sportive. Le parc joue un rôle de bassin temporaire de rétention des eaux pluviales.
Son nom fait référence à la chanson composée en 1866 par Jean-Baptiste Clément. C’est une chanson très associée au souvenir du soulèvement populaire de la Commune de Paris en 1871, où Clément s’illustre au combat lors de la “semaine sanglante”. On retrouve de nombreuses voies et bâtiments publics nommés d’après son compositeur dans les anciennes localités de la “ceinture rouge” d’anciennes mairies communistes et socialistes autour de Paris. Associé à ce souvenir de résistance, on trouve des groupes scolaires à son nom à Gagny, Dugny, Montfermeil, une avenue aux Pavillons-sous-Bois, une place à Villetaneuse, etc.
Le parc est nommé en 2018 aux Victoires du paysage, concours national récompensant collectivités, entreprises et particuliers pour leurs aménagements paysagers.
La halle sportive (Explorations Architecture)
Très élégante, la halle sportive d’Explorations Architecture, située au cœur du parc, se veut un équipement flexible et multisport, qui permet aux usagers d’y pratiquer aussi bien le basket-ball, le football ou le handball grâce à l’aménagement du terrain. La halle, d’une superficie de 829 m², est couverte de plaques nervurées en PVC translucide, permettant de jouer aussi les mois froids sans perdre en luminosité.
La Halle sportive et ses terrains multisports © Explorations Architecture
Son emplacement, à l’entrée sud du parc, n’en fait pas un élément périphérique. La halle sportive est l’espace principal du parc, abritant les jeux de ballon pendant les matchs ou le reste des usagers lors des averses. La polyvalence de cet équipement léger permet de servir autant les besoins des usagers de la semaine que ceux du week-end, tout en apportant une touche végétalisée bienvenue dans le quartier.
Une petite histoire de la Plaine Saint-Denis
Jugé parfois comme trop tourné vers le tertiaire, le quartier de la Plaine Saint-Denis – où se situe le parc – ne jouit pas d’une image architecturale et paysagère exceptionnelle. Il faut resituer la transformation de cette zone, qui s’est métamorphosée en trente ans pour passer de l’état de friche industrielle à un quartier mêlant bureaux, commerces et logements.
L’aménagement du territoire de la Plaine Saint-Denis s’accélère dans les années 1990 sous l’impulsion du maire de Saint-Denis, Patrick Braouezec, et de celui d’Aubervilliers, Jack Ralite. Ils souhaitent transformer radicalement ce territoire, défiguré par les voies rapides et les restes d’une industrie chimique obsolète. Le projet du “Grand Stade” voisin, annoncé en 1992, donne l’opportunité d’envisager un plan d’ensemble pour transformer largement la zone.
Les deux mairies, via l’aménageur SEM Plaine Commune Développement, confieront alors la mission d’aménagement à un groupement d’architectes et d’urbanistes qui prendra le nom d’“Hippodamos 93”. Il comprend parmi ses membres l’architecte Pierre Riboulet, le paysagiste Michel Corajoud, l’urbaniste Yves Lion et les architectes Bernard Reichen et Jean-Paul Robert. L’un des objectifs principaux est de doubler le nombre d’emplois sur la zone. Pour y parvenir, des travaux d’amélioration du cadre de vie sont mis en place, comme la couverture de l’autoroute A1, mais aussi la réalisation de nombreux ensembles de bureaux, comme le siège du groupe EDF construit au pied des tours Pleyel par l’architecte Claude Parent et le cabinet Reichen & Robert (1998).
L’emphase forte vers l’économie de bureaux, même si le quartier comprend de nombreux logements et des pôles universitaires, risque de créer des dynamiques de quartier très liées au rythme des travailleurs : actif en semaine, calme le week-end. Depuis quelques années, la création d’équipements de loisirs et de détente, comme le parc du Temps des Cerises et sa halle sportive, permet de gommer cette surspécialisation urbaine en offrant des espaces destinés aussi bien aux Dionysiens qu’aux travailleurs.
Maîtrise d'ouvrage : SEM Plaine Commune Développement. Maîtrise d’œuvre (halle sportive) : Explorations Architecture. Paysagistes (mandataire) : D’Ici Là.
Le Franchissement urbain Pleyel (FUP) de Marc Mimram
Le franchissement urbain Pleyel (FUP), depuis la passerelle piétonne © Hugo Trutt / CAUE 93
Une couture pour réparer la ville
Le quartier de Pleyel, situé à Saint-Denis à l’ouest des voies de chemin de fer, est historiquement enclavé. L’arrivée de la station de métro Saint-Denis Pleyel, avec sa gare pensée par l’architecte japonais Kengo Kuma et inaugurée en 2024 juste avant les Jeux olympiques, a permis de réduire cet isolement, mais elle a été doublée d’un pont franchissant les voies de chemin de fer : le FUP (Franchissement urbain Pleyel).
À l’endroit où cette passerelle monumentale se déploie, le faisceau de voies qui part de la gare du Nord a une emprise au sol d’environ 300 mètres de largeur. Les 48 voies qui la composent en font le troisième faisceau ferré le plus fréquenté au monde, après ceux de Chicago et Tokyo.
L’impressionnant faisceau de voies ferrées qu’enjambe le FUP. Au premier plan, la gare du RER D, station “Saint-Denis Stade de France, aussi très utilisée par les travailleurs du quartier du Landy © Hugo Trutt / CAUE 93 - 2025
Afin de répondre à ce problème urbain, l’ingénieur-architecte Marc Mimram propose une solution gigantesque : le tablier du FUP pèse au total plus de 8 800 tonnes, soit plus que la charpente métallique de la tour Eiffel. Malgré la masse de la passerelle, son dessin est assez aérien, la structure ne reposant que sur cinq points d’appui (dont trois piles au milieu des voies).
Un accélérateur pour le quartier
La situation centrale du quartier est primordiale dans les dynamiques de développement territorial local. Le Franchissement urbain Pleyel connecte deux quartiers, le Landy et Pleyel, et fait aussi le pont entre les principales installations sportives des JO 2024 en Seine-Saint-Denis (Stade de France et CAO) et le village des athlètes.
Ce franchissement, destiné autant aux habitants du territoire, à ceux qui y travaillent qu’à ceux qui n’y sont que de passage, est pensé comme une promenade apaisée avec des espaces dédiés aux piétons et aux mobilités douces. La promenade offre des vues remarquables sur le paysage du nord parisien, où l’on distingue facilement le Sacré-Cœur et d’autres grands marqueurs urbains (les tours des Orgues de Flandre dans le 19ᵉ, etc.). De nombreux bancs publics ont été installés pour que le lieu ne soit pas uniquement traversé.
Une voie en site propre destinée aux transports en commun est ajoutée à l’ensemble en 2026.
“Vent, Soleil, Pluie” de Nadine Schütz : une œuvre d’art musicale pour les piétons
Le long de la promenade, on peut profiter d’une promenade sonore en trois parties (“Vent”, “Soleil”, “Pluie”), imaginée par la chercheuse et artiste sonore Nadine Schütz sur l’espace public piéton. Elle a conçu trois instruments qui dialoguent spécifiquement avec la structure monumentale du FUP et le territoire où il s'insère.
L’harpe éolienne “Vent”, de © Nadine Schütz
La sculpture sonore “Vent”, et sa “harpe éolienne” tendue dans l'air dionysien, joue une mélodie que vient rythmer le passage des trains. Les cymbales de l'installation “Pluie”, activées par les intempéries, ont une tessiture en harmonie avec celle des cloches de la basilique de Saint-Denis et du Sacré-Cœur. La sculpture “Soleil”, positionnée derrière un banc, utilise la structure porteuse comme caisse de résonance.
Maîtrise d’ouvrage (FUP) : établissement public territorial Plaine Commune, avec maîtrise d’ouvrage déléguée à Plaine Commune Développement. Maîtrise d’œuvre (FUP) : groupement mené par Marc Mimram (architecture/ingénierie) et Richez Associés, avec Edeis et Artelia.
Le “hub” Saint-Denis Pleyel et son parvis
L’impressionnant “hall-cathédrale” de la Station Saint-Denis Pleyel © Hugo Trutt / CAUE 93
Une gare signée par un artiste de la lumière
Kengo Kuma (né en 1954 à Yokohama, Japon) est l'un des plus célèbres architectes contemporains. Auteur de nombreux ouvrages théoriques qui documentent sa pratique, il souhaite faire la synthèse entre l'architecture japonaise traditionnelle et les usages du XXIe siècle. Son style fait la part belle aux matériaux traditionnels, qu'il laisse volontiers apparents. L'apparente simplicité des volumes créés donne toujours lieu à un jeu d'une grande finesse sur la circulation de la lumière dans l'espace.
Détail de brise-soleils et lames acoustiques au plafond, en bois © Hugo Trutt / CAUE 93
L’ouvrage est impressionnant. Avec un point haut culminant à 35 m, et qui s’enfonce jusqu’à 28 m sous le sol, la gare est bâtie sur des circulations verticales qui s’effectuent pour partie autour d’un grand atrium monumental, où seront accrochées les 108 Vénus sculptées par l'artiste Prune Nourry, inspirées des Vénus paléolithiques, et qui ont donné lieu à une collecte de terres auprès de femmes habitant ou travaillant à Saint-Denis.
L’architecte n’est pas étranger à l’olympisme puisqu’il a signé le nouveau stade national du Japon, à Kasumigaoka, où se déroulèrent les cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux olympiques d'été de 2020.
Un futur carrefour du Grand Paris
La gare de Saint-Denis Pleyel, livrée en 2024, est vouée à devenir l’un des plus grands pôles de mobilité du territoire. En plus de la ligne 14, trois autres lignes desserviront à terme ce “Châtelet-les-Halles du Nord parisien”. L’ouvrage gigantesque est proportionné à son destin annoncé, avec 30 000 m² de surface de plancher.
Aujourd’hui, la gare a trouvé un premier public, avec les nombreux travailleurs du quartier de la Plaine-Landy, les spectateurs du Stade de France et le développement de nouveaux équipements dans le quartier Pleyel. À sa livraison, la gare Saint-Denis Pleyel n’est reliée qu’à la ligne 14. À quelques minutes de marche, on peut rejoindre la ligne 13 du métro et la ligne de RER D. La gare sera reliée aux lignes 16 et 17 en 2027.
Le parvis de la gare Saint-Denis Pleyel, côté ouest. Au fond à gauche, l’ancien siège de Siemens, construit par l’architecte Bernard Zehrfuss (1971), rénové en 2010 par Vincen Cornu © Hugo Trutt / CAUE 93 - 2025
L’affluence prévue par la Société des grands projets est de 200 000 voyageurs par jour en 2031. L’ensemble de ses espaces est accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR).
Autour, le quartier s’est déjà métamorphosé avec notamment la transformation en hôtel de la tour Pleyel (1973), réhabilitée par les architectes Sretchko Markovic et Axel Schoenert. La tour de 140 mètres de haut, vestige d’un projet de zone d’activité tertiaire, est devenue pour les JO 2024 un hôtel “grand porteur” (697 chambres).
Le sommet de la “nouvelle” tour Pleyel, réhabilitée par Sretchko Markovic et Axel Schoenert. Aujourd’hui blanche, le restaurant panoramique à son sommet permet de voir en détail un territoire en pleine mutation © Hugo Trutt / CAUE 93 - 2025
La tour Pleyel, photographiée en 2022, pendant les travaux de rénovation © Martin Argyroglo, 2022 pour le CAUE 93
La sculpture BBoy HeadSpinna par Carlos Rodriguez
Le sculpteur Carlos “Mare” Rodriguez (né en 1965 à Harlem, NYC) est une figure emblématique du monde du graffiti new-yorkais. Pendant des années, il peint sous le nom de “Mare 139” avant de faire évoluer sa pratique artistique vers la sculpture pour produire des structures métalliques inspirées des lettrages graffiti.
Carlos Mare, BboyHeadSpinna, © Nico Giquel
Cet observateur des cultures urbaines américaines commence, depuis les années 2000, une série de sculptures intitulée “B-Boy Abstracts”, qui s’inspire des mouvements des danseurs hip-hop. Installée en 2024 de manière pérenne sur le parvis de la gare Pleyel, la sculpture “BBoy HeadSpinna” représente un danseur effectuant une vrille sur la tête, mouvement emblématique de la “breakdance”, discipline invitée pendant les Jeux de 2024.
Maîtrise d’ouvrage : Société des grands projets (ex‑Société du Grand Paris). Maîtrise d’œuvre (architecture de la gare) : Kengo Kuma & Associates.
La “Cité du Cinéma” (centrale « Saint-Denis »)
La grande nef de la centrale « Saint-Denis I », photographiée en 2022 © Martin Argyroglo / CAUE 93 - 2022
La centrale « Saint-Denis I » : un vestige industriel de la Plaine Saint-Denis
La Cité du cinéma se remarque de loin, et pour cause : le bâtiment se déploie sur environ 62 000 m². Patrimoine industriel reconverti, il accueille aujourd’hui l’ensemble de la chaîne de production cinématographique, allant des studios, matériels et décors de tournage aux bureaux destinés aux diverses sociétés et prestataires de cette industrie. Dans le périmètre du village olympique de 2024, il devient “la plus grande cantine du monde”, selon les mots des organisateurs, et fait office de lieu de restauration pour les athlètes et leurs équipes.
Ce bâtiment s’inscrit dans l’histoire industrielle de la banlieue nord et particulièrement de la Plaine Saint-Denis. Au début du XXe siècle, dans une volonté de produire de l’électricité pour le métro parisien, le baron Empain crée en 1903 la Société d’Électricité de Paris (SEP).
Vue générale du site en front de Seine vers 1933. A droite l’ensemble de Saint-Denis 1 et, à gauche, Saint-Denis 2 (Source : IGN)
Situé entre le quai de Saint-Ouen et la rue Ampère, le site a été choisi pour sa proximité de Paris et de la Seine. La centrale « Saint-Denis I », puis « Saint-Denis II » en 1906, ont permis la production d’électricité de manière industrielle, faisant de la Plaine un haut lieu de la production francilienne d’énergie. Cependant, la désindustrialisation et la concurrence d’autres unités de production, comme les centrales thermiques et nucléaires, ont fait péricliter l’activité de la centrale à partir des années 1950.
Plan des centrales thermiques de Saint-Denis en 1938 (Source : Archives de la ville de Saint-Denis)
Une reconversion vers l’industrie cinématographique
En 2003, Luc Besson présente son projet de « Cité du cinéma » à l’emplacement de l’ancienne centrale électrique, après y avoir tourné les films Nikita (1990) et Léon (1993). Le projet est finalement concrétisé en 2012 par la société Europacorp et selon les plans de l’agence Reichen et Robert & Associés. Le projet s’articule autour de la nef, autrefois salle des machines, percée aux deux extrémités par des verrières.
Le hall de la salle des machines aujourd’hui. L’espace absolument monumental a été gardé volontairement vide lors de la rénovation par l’agence Reichen & Robert © Hugo Trut / CAUE 93 - 2025
La nef a fait l’objet d’une déconstruction méthodique permettant son désamiantage et son traitement en conservant la structure. La halle est encadrée par des bâtiments neufs, eux-mêmes raccordés au bâtiment de l’ancienne chaufferie de l’usine. Des témoignages du passé industriel du lieu ont été conservés, comme une turbine de 5 mètres de haut ou encore deux ponts roulants, visibles dans la galerie centrale. D’une superficie de 15 000 m², la Cité du cinéma regroupe aujourd’hui des studios de cinéma, des bureaux, un restaurant, un auditorium et l’École nationale supérieure Louis-Lumière.
La turbine de la salle des machines, décorée par des artistes de street-art © Hugo Trutt / CAUE 93 - 2025
Pour les JOP, la grande halle du bâtiment est utilisée en tant que restaurant principal du village des athlètes, servant près de 5 000 repas simultanément. Les studios servent alors de lieux d’entraînement pour les basketteurs et volleyeurs.
En 2026, après plusieurs mois de travaux initiés par les nouveaux gestionnaires du site, la Cité du cinéma transforme certains de ses espaces en “pôle d’excellence événementielle et d’innovation culturelle”, destiné à accueillir congrès, actions culturelles, expositions et événements.
La Halle Maxell
La Halle Maxwell rénovée, après les JOP2024. Juste avant de repartir pour une dernière tranche de travaux pour la transformer en bureaux © Hugo Trutt / CAUE 93 - 2025
Intégrée à la requalification de la Plaine Saint-Denis dans le cadre des JOP de Paris en 2024, la Halle Maxwell, ancienne salle des machines, est réhabilitée en un espace d’accueil d’entreprises.
Conçue par l’ingénieur Nicolini, la Halle Maxwell est l’un des bâtiments composant la centrale électrique « Saint-Denis I », première génération de centrale thermique à charbon construite par la Société d’Électricité de Paris (SEP) entre 1903 et 1907. Elle précède sa petite sœur « Saint-Denis II », aujourd’hui reconvertie en « Cité du cinéma ». La Halle Maxwell comptait parmi les installations les plus importantes d’Europe à l’époque, avec ses 220 m de long, 20 m de large et 12 m de haut à son point culminant.
Usine “Saint-Denis I”. Le bâtiment allongé au premier plan est la Halle Maxwell. Sur la toiture, on lit “Société d’Electricité de Paris”. (Source : Archives départementales de Seine-Saint-Denis)
Démantelée en 1986 à la suite de son déclassement, l’infrastructure est intégrée au programme de requalification de l’ancienne friche industrielle « Universeine » (6,4 ha) porté par Vinci Immobilier et CDC Habitat. Le nouveau quartier comprend 1 035 logements, 63 000 m² de bureaux et 4 300 m² de commerces et locaux d’activités. Les grands principes urbains sont la réouverture du quartier sur le fleuve par l’aménagement des berges et de promenades, et la valorisation du patrimoine industriel avec la requalification du pavillon Copernic mais aussi de la Halle Maxwell par la construction d’une toiture verrière, portée par le cabinet d’architecture Chaix & Morel et Associés.
La halle Maxwell en 2022, pendant les travaux précédant les JOP 2024 © Martin Argyroglo / CAUE 93 - 2022
En partenariat avec la SOLIDEO, la halle accueille les athlètes pendant les JOP 2024 et est depuis reconvertie en espaces de bureaux et de commerces, avec la construction de deux extensions. Depuis 2026, les bâtiments accueillent les bureaux de 2 500 fonctionnaires du ministère de l’Intérieur. Le quartier Universeine s’implante dans un territoire en pleine mutation, à quelques minutes à pied de la gare Pleyel, pôle majeur du Grand Paris Express.
La halle Maxwell réhabilitée dans le cadre du quartier Universeine
© Vinci Immobillier
Le village des athlètes de Saint-Denis
Le Village des Athlètes, aujourd’hui ! © Hugo Trutt / CAUE 93
Le “Village Olympique” : une tradition centenaire
En 1924, le comité organisateur des Jeux olympiques est chargé pour la première fois de son histoire de pourvoir à l’hébergement et aux besoins des athlètes accueillis. C’est à Paris, lors des Jeux qui se déroulent la même année, que va naître l’idée d’un “village” olympique. Les hébergements sont alors des cabanons en bois, pensés pour être démontés. Depuis plusieurs décennies, les Jeux olympiques sont souvent utilisés comme élément catalyseur du développement de quartiers ou de villes, et le “village” est reconverti après les Jeux olympiques.
Le premier hébergement dédié aux athlètes a été installé à Colombes (Hauts-de-Seine), à quelques dizaines de mètres du stade Yves-du-Manoir, lors des JOP de 1924. (Source : BNF)
Pour la 33e édition des Jeux olympiques et paralympiques d’été, le village des athlètes a été pensé selon une approche inédite : concevoir d’abord un véritable quartier, adapté aux besoins du territoire et doté de tous les services du quotidien, avant d’y accueillir, pendant deux périodes de quinze jours, les plus grands athlètes du monde entier.
Vue du Village des Athlètes de Paris 2024 en Seine-Saint-Denis en février 2024 © SOLIDEO / Dronepress
Implanté en Seine-Saint-Denis, à cheval sur Saint-Denis, Saint-Ouen-sur-Seine et L’Île-Saint-Denis, il s’étend sur 52 hectares, soit l’équivalent d’environ 70 terrains de football. Dès 2024, ce nouveau quartier bénéficie d’une desserte en transports en commun, portée notamment par la gare Saint-Denis Pleyel, futur pôle majeur d’interconnexion du Grand Paris Express.
Un nouveau quartier bas carbone et réversible
Les constructions nouvelles répondent, quant à elles, à une démarche environnementale avec une structure et des façades en bois et béton bas carbone. En effet, la SOLIDEO a pour ambition d’atteindre un bilan carbone inférieur de 40% à celui des bâtiments conventionnels, en favorisant notamment la réutilisation des matériaux de déconstruction.
L’ensemble des espaces a été conçu selon un principe de réversibilité, afin d’être transformé dès la fin des Jeux en logements, bureaux, équipements publics et commerces. En plaçant l’héritage au cœur du projet dès sa conception, il a été possible d’éviter des transformations ultérieures trop lourdes.
L’un des immeubles du village des athlètes, livré par l’agence CoBe (2024), qui a la particularité d’avoir accueilli la délégation française pendant les JOP 2024 !
Un exemple concret de réversibilité : si les cuisines ne sont pas installées pendant les Jeux dans les chambres des olympiens, elles sont prévues pour les futurs habitants ; les arrivées d’eau ont été anticipées dès l’origine pour en faciliter l’aménagement. Durant l’événement, ces mêmes dispositifs permettent d’installer les salles de bains supplémentaires nécessaires à l’accueil des athlètes.
Un engagement porté dans les espaces publics
Les aménagements des espaces publics, conçus par l’agence de paysagistes-urbanistes TER et les designers du Studio 5.5 dans le village des athlètes, s’inscrivent dans une approche écologique et sensible de l’espace public, où paysage et lumière sont étroitement liés. Au cœur du projet, la “trame noire à vivre” propose une gestion innovante de l’éclairage nocturne, conciliant préservation de la biodiversité et création d’ambiances inclusives. Cette démarche accompagne la renaturation du site en instaurant un équilibre subtil entre ombre et lumière, tout en structurant des continuités paysagères à l’échelle du quartier.
Une rampe pour les mobilités douces, pensée par l’équipe de l’agence TER, connecte le quartier aux rives apaisées de la Seine © Hugo Trutt / CAUE 93
Parallèlement, le projet se distingue par une forte exigence de sobriété et de réemploi, avec une réduction significative de l’empreinte carbone grâce à l’utilisation de mâts en bois et d’éléments recyclés issus d’anciens tubes d’échafaudages du chantier. Ce mobilier urbain se veut un démonstrateur de la possibilité de faire évoluer le design urbain vers des standards plus durables.
Détail sur les luminaires conçus en réemploi par le studio 5.5 © Hugo Trutt / CAUE 93
Maître d'ouvrage : Société de livraison des ouvrages olympiques – SOLIDEO. MOE espaces publics : Agence TER, Egis (chef de file), Ingérop, Concepto, Studio 5.5, Urbaneco, Zefco, Structuris. Éditeur de la gamme de mobilier urbain Podium : Sineu Graff | design Alexandre Moronnoz + Studio 5.5.
La tour Signal et ses anneaux, emblèmes du village des athlètes
La tour Signal et l’oeuvre Lucerna, vue depuis la passerelle avec L’Île-Saint-Denis © Hugo Trutt / CAUE 93
Les anneaux de “Lucerna”, œuvre de l’artiste Charlotte Vergély et du scénographe urbain Archibald Verney-Carron de l’atelier CH.V, constituent le point dominant du quartier à 50 mètres de haut. L’œuvre monumentale couvre 600 m² de surface, dont 216 m² de vitraux, sur les quatre faces de la tour Signal, signée par l’architecte Clément Vergély.
La tour Signal est le point dominant du secteur A1, collé à la Seine. L’un des deux îlots à dominante résidentielle fait face à la Halle Maxwell. L’îlot est percé de grands porches qui desservent de vastes jardins privatifs. La tour Signal émerge de l’ensemble, plus haute que le gabarit des immeubles du village, marquant une empreinte distinctive dans le paysage.
On retrouve sur “Lucerna” une réinterprétation du motif historique des anneaux olympiques, dessinés en 1914 par le père même des olympiades modernes : Pierre de Coubertin. Les cinq anneaux enlacés du drapeau olympique représentent chacun les cinq continents de l’olympisme. Les six couleurs (vert, jaune, rouge, noir, bleu et le blanc de l’arrière-plan) portent, quant à elles, l’universalisme du sport, car tous les drapeaux du monde contiennent au moins l’une de ces teintes.
Les anneaux revisités de “Lucerna” par Charlotte Vergély © Hugo Trutt / CAUE 93
C’est le tracé de ce drapeau porteur de sens que réinvente Charlotte Vergély, en ayant recours à la technique du vitrail, comme un clin d’œil à la basilique de Saint-Denis. Le nom de l’œuvre, “Lucerna” (la “lanterne” en latin), fait référence au surnom qu’on attribuait à ce même bâtiment jusqu’au XVIIIe siècle.
Tour Signal et coordination du secteur A1 : Architecte coordinateur du secteur : Clément Vergély. Architectes associés : Béal & Blanckaert. Maître d'ouvrage : Vinci Immobilier. Livraison : 2024.
Œuvre “Lucerna” de Charlotte Vergély : Matériaux : acier thermolaqué, verre trempé texturé et teinté dans la masse. Conception et coordination de production : Atelier CH.V. Fabrication du verre : Saint-Gobain.
Pont olympique Louafi-Bouguera
Le pont Olympique, qui connecte Saint-Denis à L’Île-Saint-Denis, témoin concret de l’héritage des JOP 2024 pour le territoire © Hugo Trutt / CAUE 93
Architecte / concepteur : Thomas Lavigne (Bureau AOA). Urbaniste : Cécilia Amor (C3A). Dimensions : 138 mètres de long sur 16 mètres de large.
Une passerelle au cœur des quartiers olympiques
Si elles sont limitrophes, les communes de Saint-Denis et de L’Île-Saint-Denis sont historiquement assez mal connectées par des ponts. S’il existe un pont emblématique, qui connecte le parvis de la gare Saint-Denis RER (lignes D et H) avec la place de la mairie de L’Île-Saint-Denis, aucune liaison n’existait au sud de ce territoire, en dehors d’un franchissement par l’autoroute A86.
L’écoquartier de L’Île-Saint-Denis a été l’un des sites d’accueil des athlètes pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris (JOP) en 2024. 2 700 athlètes et accompagnant·es y sont logé·es avant sa reconversion en phase héritage.
La passerelle est largement végétalisée et possède de nombreuses assises permettant de regarder le panorama sur le fleuve (Hugo Trutt / CAUE 93)
C’est la SOLIDEO qui prend en charge, à hauteur de près de 30 millions d’euros, la réalisation de la passerelle qui permet le franchissement de la Seine pour rejoindre la partie du village des athlètes située à Saint-Denis et Saint-Ouen. Ce franchissement désenclave l’île en la reliant directement à la Cité du cinéma et place le nouveau quartier à une dizaine de minutes à pied de la gare Saint-Denis Pleyel.
Cette passerelle, conçue par l’architecte Thomas Lavigne du bureau AOA et l’urbaniste Cécilia Amor de l’Atelier C3A, a une forme élégante censée évoquer la silhouette “d’un athlète en mouvement”. Elle est souhaitée dès le début comme largement végétalisée et proposant de nombreuses assises, en matières naturelles, orientées vers le fleuve.
Louafi Bouguera, une figure oubliée de l’olympisme français
Le pont est dénommé pont olympique Louafi-Bouguera et inauguré officiellement, après les JOP, le 7 décembre 2024. On lui donne le nom de Louafi Bouguera, né en 1898 à Ouled Djellal en Algérie et mort assassiné à Saint-Denis le 18 octobre 1959. Louafi Bouguera est le premier athlète africain indigène à conquérir une médaille olympique en remportant le marathon des Jeux d'été d’Amsterdam en 1928.
Boughéra El Ouafi en 1928 (Source : Agence de presse Meurisse — Bibliothèque nationale de France)
Après avoir rejoint les rangs des tirailleurs algériens dans les derniers instants de la Première Guerre mondiale, il est repéré pour ses qualités à la course par l'un de ses supérieurs dans l'armée. Il est envoyé en 1923 à une compétition d'athlétisme militaire à Paris, où il impressionne. En 1924, il participe aux Jeux olympiques de Paris, où il termine à la 7ᵉ place.
Pendant les quatre années suivantes, il travaille sur les chaînes des usines Renault à Boulogne-Billancourt (92) tout en s'entraînant. En 1928, à la surprise générale, il s'impose dans l'épreuve reine des courses de fond au terme d'une course de 2 h 32 min 57 s. Il fut, pour les 9es Jeux olympiques de l'ère moderne, le seul représentant de la France à remporter un titre en athlétisme.
Après son titre olympique, une suite de revers de fortune et d'erreurs met un terme à sa carrière sportive et il sombre progressivement dans la misère. En 1956, le journal sportif L’Équipe, ayant retrouvé sa trace, lance même une souscription auprès de son lectorat pour lui assurer une retraite décente. Il meurt en 1959, en pleine guerre d'Algérie, tué par balle. Les circonstances exactes de sa mort n'ont jamais été élucidées et il repose au cimetière musulman de Bobigny.
Ecoquartier fluvial de l'Île-Saint-Denis
L’écoquartier fluvial de l’Ile-Saint-Denis © Martin Argyroglo / CAUE 93 (2022)
L’Île-Saint-Denis : une commune insulaire
L’Île-Saint-Denis est l’une des deux seules communes françaises dont l’emprise coïncide parfaitement avec une île fluviale. Entourée par les deux bras de la Seine, l’eau joue un rôle important sur ce territoire. C’est aussi plus au Nord, au niveau de l’écluse de la Briche, que se jette le canal de Saint-Denis.
Les berges de la Seine ont été pendant longtemps un lieu d’inspiration pour les artistes impressionnistes, dont Alfred Sisley est l’un des emblèmes. Dans le Parc Départemental de l’Ile-Saint-Denis, situé au Nord de la commune, la « promenade des impressionnistes » permet aux promeneur.ses de fouler les pas de ces artistes.
De la « Friche Michels » au quartier apaisé
Le périmètre de l’écoquartier fluvial. On distingue les emprises considérables au sol d'entrepôts, qui sont aujourd’hui démolis © Philippon Kalt
A la place d’anciens entrepôts industriels Printemps et Galeries Lafayette, inoccupés depuis 2004, la Ville et Plaine Commune ont l’ambition de créer un nouveau quartier d’habitations et d’activités. La Zone d’aménagement concertée (ZAC) est créée en 2009 et c’est l’agence d’architectes Philippon Kalt qui est en charge d’imaginer ce nouveau quartier. Celui-ci se divise en trois phases.
En 2014, la « friche Michels », première pierre de l’écoquartier, est livrée. Vient ensuite le tour de la phase 1 du « Secteur Printemps » de 2016 à 2021, et enfin la phase 2 de ce même secteur, achevée en 2024, avec le Village des Athlètes.
Immeubles de la Friche Michels © Anaïs Béji / CAUE 93 - 2022
Dans l’ensemble des phases livrées, on observe une attention particulière à l’environnement et au paysage de l’île. Lors de la déconstruction des entrepôts du Printemps, un partenariat avec l’association Bellastock a répondu à l’objectif de « 0m3 de terre évacuée » et la réutilisation des matériaux.
Dans une optique de proposer un cadre de vie apaisé, la voiture est interdite dans l’écoquartier, et reléguée dans une « centrale de mobilité » située à la limite du quartier.
La centrale de mobilité, discrète, qui garantit un quartier apaisé sans circulation motorisée © Hugo Trutt / CAUE 93
Les eaux pluviales sont gérées sur site, par un système de noues, favorisant l’infiltration des eaux dans le sol. Elles sont aussi réutilisées pour l’arrosage des espaces verts publics. Les berges du côté de Villeneuve-la-Garenne sont quant à elles réaménagées avec un sentier de promenade et un ponton en bois.
Exemple de noues paysagères, creusées au premier plan © Hugo Trutt / CAUE 93
La proximité avec le village olympique et le nouveau franchissement piéton permet à de nouvelles activités de s’installer, comme un hôtel récemment inauguré place de la Batellerie (AAVP architectes, 2024) et la construction d’un centre d’art “La Maison Fleuve” (Farid Azid arch., 2024), abritant les activités du CNEAI (Centre national édition art image).
Les berges aménagées de la Seine
Les berges de Seine constituent un enjeu central d’aménagement urbain. Dans une volonté de requalification du lien entre la ville et le fleuve, plusieurs projets sont en cours avec le réaménagement des berges. C’est le cas de l’écoquartier fluvial de l’Île-Saint-Denis, mais aussi, du quartier des Docks de la ville de Saint-Ouen, avec l’intégration de plusieurs trames paysagères reliant le quartier au fleuve.
Un soin particulier a été mis pour faire la couture entre le nouveau quartier et les berges, ici au niveau de la nouvelle place de la Batellerie où la transition se fait en douceur © Hugo Trutt / CAUE 93 - 2026
Sur l’Ile-Saint-Denis, l’Établissement Public Territorial (EPT) Plaine Commune mène la renaturation des berges, en mobilisant les financements du Fonds européen de développement régional. Le canal Saint-Denis constitue aussi, depuis les JOP, une liaison douce entre Saint-Denis et Paris.
Grande Nef de l'Île aux Vannes
La Grande Nef du complexe de l’Ile-des-Vannes © Hugo Trutt / CAUE 93 - 2026
Une île dans l’île
A la pointe sud de l’Ile-Saint-Denis, dans un écrin de verdure, l’édifice du centre sportif de l’Ile des Vannes surplombe la jonction des deux bras de la Seine. « Proue de navire », « bouche de baleine », cet édifice invite à l’imagination et marque le paysage de l’Ile-Saint-Denis.
La grande nef, à l’extrémité sud de l’Île. Carte postale, années 1970.
(Source : Archives de la ville de Saint-Ouen)
A l’origine, la commune de l’Ile-Saint-Denis est composée de trois îlots : l’île de Saint-Denis, l’île du Châtelier et l’île-des-Vannes. Elles sont réunies par comblement au XIXe siècle. C’est en 1955 que la ville de Saint-Ouen acquiert les terrains appartenant à l’usine « Chocolat Meunier » et projette de créer des espaces verts et sportifs.
Le plan du complexe sportif de l’île-des-Vannes (Source : Archives municipales de Saint-Ouen)
Le centre sportif, dont les travaux ont débuté dans les années 1960, est composé de plusieurs ouvrages : une salle de sport, un bassin de natation, un stade de sport avec tribunes couvertes, et enfin le Rowing Club, bâtiment abritant le premier club d’aviron d’Ile-de-France.
La Nef de l’Île-des-Vannes, un ouvrage emblématique restauré pour les Jeux Olympiques
Le bâtiment le plus emblématique est le stade couvert en forme de nef, réalisé par Pierre Chazanoff et Anatole Kopp. Inaugurée le 27 février 1971, la Grande Nef est composée d’une structure en béton armé novatrice pour l’époque. Ce bâtiment a pu voir le jour du fait des progrès techniques et de l’industrialisation du domaine du bâtiment. De 98 mètres de longueur, 51 mètres de largeur et 26 mètres de hauteur, elle est couverte d’une surface en paraboloïde hyperbolique dont la structure est composée d’un maillage de câbles prétendus entre des rives.
La Grande Nef en construction (Source : Archives municipales de Saint-Ouen)
Les rives et le voile sont en béton. Des pieux à 20 mètres de profondeur soutiennent la super-structure, évitant un affaissement de cette dernière. Cette technique de construction permet alors de couvrir près de 5 000m2 sans point d’appui, laissant la surface au sol libre. En plus de sa renommée sportive, la Grande Nef a aussi accueilli des concerts d’artistes de renom, marquant l’histoire du lieu : Pink Floyd en 1972, Led Zeppelin en 1973 ou encore Bruce Springsteen en 1981.
La grande nef pendant le chantier de rénovation © Martin Argyroglo / CAUE 93 (2022)
Par son allure architecturale caractéristique, la Grande Nef a été labellisée en 2007 « patrimoine du XXe siècle » par le ministère de la culture. C’est donc avec beaucoup de précautions que s’est déroulée la restauration de la Nef, financée par la SOLIDEO (Société de livraison des ouvrages olympiques). Lieu d’entraînement pour les JOP de 2024, l’équipement vise ensuite à devenir un lieu de formation sportive. Menée par les équipes de Frédéric Chatillon, la restauration consiste majoritairement à une meilleure isolation du bâtiment par les façades.
Architectes (Grande Nef) : L. Métrich, A. Kopp, P. Chazanoff arch., R. Sarger et J.-P. Batelier ing. Livraison : 1968-1971. Rénovation : François Chatillon arch. (livraison définitive 2025).
Patinoire de Saint-Ouen
© Martin Argyroglo / CAUE 93 (2022)
En plein centre-ville, la patinoire de Saint-Ouen ne laisse pas indifférent.e de par sa structure métallique volumineuse. Malgré son manque d’entretien et de reconnaissance, elle est le témoin d’une époque, et est caractéristique de l’architecture proposée par l’Atelier d’Urbanisme et d’Architecture (AUA) et l’un de ses architectes phares, Paul Chémétov.
Un héritage spectaculaire des Jeux Olympiques de Grenoble
C’est à partir de 1968 avec les Jeux Olympiques d’hiver de Grenoble que se construisent plusieurs patinoires suite à l’engouement pour les sports de glisse. La ville de Saint-Ouen est la troisième ville de Seine-Saint-Denis, après Neuilly-sur-Marne (1973) et Le Raincy (1975) à se doter de ce nouveau type d’équipement. Le terrain disponible étant insuffisant, l’architecte Paul Chémétov, membre de l’AUA et proche du maire de l’époque Fernand Lefort, place la piste et les gradins en hauteur, laissant libre l’espace au sol, où se trouve un supermarché, ainsi qu’un parking en sous-sol.
Élévation de façades. Patinoire de Saint-Ouen (Source : Archives municipales de Saint-Ouen)
La particularité du bâtiment se trouve dans le choix de construire la patinoire sur une plate-forme surélevée couvrant les voies latérales. Pour ce faire, quatre piliers carrés en béton armé, où se trouvent les ascenseurs, soutiennent la structure et le plancher, qui enjambent la rue du Docteur Bauer. Les deux extrémités de la patinoire sont aménagées pour les espaces d’accueil du public et les locaux techniques. La patinoire est d’ailleurs l’un des lieux de compétition des équipes de la Fédération française de hockey sur glace.
La patinoire de Saint-Ouen en construction en 1978 (Source : Archives municipales de Saint-Ouen)
Les difficultés financières de la SERAF (Société d’étude et de réalisations des applications du froid), concessionnaire de la patinoire en échange du financement des travaux, ont retardé le chantier. La ville a finalement mis fin à la concession avec le SERAF, termine les travaux à ses frais et inaugure les lieux le 25 octobre 1980. Encore aujourd’hui, cet équipement constitue une prouesse technique et architecturale marquant le paysage urbain du centre-ville de Saint-Ouen.
Paul Chemetov et l’AUA, des artisans du sport en Seine-Saint-Denis
L’Atelier d’Architecture et d’Urbanisme (AUA) est un acteur majeur de la construction de la “banlieue rouge” pendant presque trente années d’existence (1960-1986). L’AUA se présente comme un collectif pluridisciplinaire composé d’architectes, d’urbanistes, de paysagistes, etc. qui revendiquait alors plus une méthode qu’un style pour s’atteler à la modernisation des banlieues franciliennes. Parmi leurs membres, on compte quelques noms connus : Jacques Kalisz, Michel Corajoux, Maria et Jean Deroche - mais Paul Chémetov en reste probablement la figure la plus célèbre.
Logo de l’AUA (années 1970) © AUA / Paul Chemetov
Très liés au socialisme et communisme municipal, en accord avec leurs engagements politiques, les membres de l’AUA travaillent massivement dans les villes de la “ceinture rouge” parisienne, et particulièrement en Seine-Saint-Denis où est installée leur agence à partir de 1968. Ils réalisent dans le département de nombreux ensembles de logements mais aussi des importantes infrastructures municipales.
La patinoire avant sa reconversion (la piste est aujourd’hui démontée)
Alexandra Lebon, Cité de l’architecture et du patrimoine, 2015
Paul Chemetov se liera dans les années 1960 au maire de Saint-Ouen, qui lui confiera les études liminaires de la rénovation de ville, puis la réalisation du secteur Arago-Zola où il s’essaiera à différentes typologies de logements : grands immeubles collectifs, habitats intermédiaires et individuels (ainsi qu’une école maternelle). Il continuera à construire pour la municipalité jusqu’au milieu des années 1980, puis sera invité ponctuellement à réintervenir sur ses réalisations.
Avant de construire celle-ci, Paul Chemetovl n’a jamais construit de patinoire, mais il est le coauteur (avec l’architecte Jean Deroche) de nombreuses piscines franciliennes : Corbeil-Essonnes (1967), Villejuif (1969), Châtillon-Malakoff ou encore Epinay-sur-Seine (1972). Pour réaliser cet ouvrage complexe, il fait appel à l’ingénieur yougoslave Miroslav Kostanjevac dont l’importance fut crucial pour la réalisation de cet équipement « destiné aux besoins d’une clientèle modeste ».
Si c’est un point d’orgue impressionnant de la politique volontariste du “communisme municipal” audonien pour les sports, la patinoire de Saint-Ouen est aussi une oeuvre particulièrement marquante dans la carrière de Paul Chemetov (disparu en 2024). L’architecte fêtera dans la patinoire, encore en travaux, la réception en 1980 du Grand Prix d’Architecture.
Aujourd’hui, un équipement qui se réinvente en lieu d’art
Fermée temporairement en 2020 pour des raisons de sécurité, la patinoire le devient définitivement en 2022. Les normes de sécurité et de performance thermique sont désormais inatteignables pour un bâtiment conçu dans les années 1960.
Emblématique, la Patinoire de Saint-Ouen reste aujourd’hui l’un des bâtiments les plus identifiés du centre-ville. Si plus aucun patineur n’y glisse, elle est occupée successivement par des interventions artistiques qui préfigurent doucement sa future métamorphose : la mairie de Saint-Ouen a lancé en 2026 des dernières consultations pour transformer ce bâtiment emblématique du patrimoine architectural audonien en un “haut lieu culturel”.
La transformation d’usage et la rénovation du bâtiment s’accompagnent d’un travail de réaménagement de ses abords immédiats, dans une démarche participative menée par la Ville de Saint-Ouen depuis l’automne 2022 avec les habitants. L'enquête de terrain a fait ressortir le besoin de la « raccrocher » au centre-ville, en piétonnisant certaines voies de circulation qui aujourd’hui l’isolent du reste du tissu urbain.
Activités annexes
Accéder au parcours
Train
Saint-Denis (Ligne H)
RER
La Plaine Stade de France (RER B)
Stade de France - St Denis (RER D)
Métro
Front Populaire (Ligne 12)
Saint-Denis - Porte de Paris (Ligne 13)
Saint-Denis - Pleyel (Ligne 14)
Tramway
Saint-Denis Basilique (N°1)
Saint-Denis Porte de Paris (N°8)
Bus
Stade de France - Saint-Denis (N°139 / N°153 / N°173 / N°255 / N°350)


