Moisson, sur le devant de la Seine
Moisson-Lavacourt
Située aux confins du département des Yvelines, Moisson-Lavacourt est lovée dans la dernière boucle de Seine avant la Normandie. En face, se dressent les coteaux et les majestueuses falaises du Parc naturel régional du Vexin français. Au départ du hameau de Lavacourt, ce parcours vous conduit jusqu’à la Maison du Passeur, face au château de La Roche-Guyon, historiquement attaché à Moisson. Explorez ce territoire à l’histoire surprenante, intimement liée au fleuve, aux aéronefs et au scoutisme. Venez flâner en bord de Seine et admirer le paysage !
Aperçu du parcours
La Seine à Lavacourt
> Bac de Lavacourt - Vétheuil
L'église de Vétheuil depuis Lavacourt, 2025 © Martin Argyroglo
La Seine, une limite ?
Le relief de la boucle de Moisson © Géoportail / CAUE 78 (annotations)
L'arrivée à Lavacourt donne une impression de calme et d'isolement. Ce hameau est rattaché à la commune de Moisson, située 2 kilomètres en aval. Sur l'autre rive, se dressent Vétheuil et les coteaux du Vexin français. Entre les deux, large de 225 mètres, la Seine marque le paysage de sa boucle et constitue une frontière poreuse. En effet, des îles ponctuent le fleuve entre les deux rives, cinq d'entre elles, pourtant adossées sur la rive droite, font partie de Moisson.
Crue à Lavacourt, 1910 © DR
La Seine, quand elle sort de son lit, inonde les berges, les prairies et une partie de l'habitat, donne un caractère insulaire à ces lieux.
Un peu de géologie
Terrasse alluviale © BRGM
Le territoire de Moisson-Lavacourt couvre 970 hectares situés sur une terrasse alluviale. Cette dernière s'est formée lorsque la Seine en mouvement, a déposé de grandes quantités de sable, de gravier et d'argile. Ces formations jouent un rôle crucial dans la création de sols fertiles grâce au dépôt de sédiments. Cette particularité géologique explique les activités liées au territoire de Moisson telles que l'agriculture et l'extraction de sable et de gravier.
Perçoir néolithique © Collection particulière Benjamin ROMAN
L'attirance du fleuve nourricier pour l'homme est attestée par la découverte dans les années 1980 d'objets de l'âge de la Pierre. Vous en trouverez quelques exemples au musée de la Ballonnière et du Jamboree de 1947 à Moisson.
Franchir la Seine à Lavacourt
L'arrivée du bac à Lavacourt, 1905 © Archives départementales des Yvelines (AD_137J263 78)
De nombreux habitants disposaient de bateaux pour pêcher, se rendre sur les îles et traverser le fleuve. Les relations entre Lavacourt et Vétheuil existent depuis très longtemps, elles sont de nature commerciale et touristique. De 1840 à 1970, plusieurs bacs ont permis aux Vétheuillais de traverser la Seine pour se rendre à Lavacourt, les deux communes faisant alors partie du même département de la Seine-et-Oise.
Le ponton du bac de Lavacourt, 2025 © Martin Argyroglo
Malgré les suppressions successives, son retour a toujours été plébiscité car il permet de faire perdurer le lien qui unit les deux rives et de désenclaver Lavacourt. En 2009, grâce à l’association D’une Rive à l’Autre, Vétheuil renoue avec ce passé par le retour de mai à novembre d’un bac reliant les deux communes. Il permet notamment aux habitants de la boucle de se rendre au marché de Vétheuil et aux touristes de randonner de part et d'autre de la Seine.
🎧 Écoutez les habitants et le conducteur du bac, le temps d'une traversée de Lavacourt à Vétheuil (en haut de page).
Un paysage source d'inspiration
Claude Monet, Soleil couchant sur la Seine à Lavacourt, effet d’hiver © DR-CC0 Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais
En 1878, le peintre impressionniste Claude Monet cherche un endroit inspirant et moins cher que Paris. Amoureux de la nature, il s'installe dans une maison à Vétheuil en bordure de Seine.
Monet peint les fluctuations du paysage avec son bateau-atelier : la Seine, les îles, les berges et Lavacourt où il a résidé occasionnellement. Il saisit de nombreuses vues dont Soleil couchant sur la Seine à Lavacourt, effet d’hiver. En 1882, il quitte Vétheuil pour s'installer 16 kilomètres plus loin, à Giverny.
La Seine, entre travail et détente
La guinguette et le restaurant "Au rendez-vous des canotiers", 2025 © Martin Argyroglo
La guinguette et le restaurant Au rendez-vous des canotiers (petit clin d'œil au tableau de Renoir), témoignent d'une douceur de vivre qui est toujours réelle.
Scène de pêche et de lessive, 1900-1909 © Archives départementales des Yvelines (AD_3Fi162 17)
Les cartes postales montrent que les habitants et les touristes venaient en bords de Seine pour laver le linge, pêcher, canoter, pique-niquer et se détendre le temps d'un dimanche. Les animaux venaient y boire et patauger. Aujourd'hui, il est agréable de contempler le tableau que la Seine et ses paysages nous offrent.
La Seine à Lavacourt
> Bac de Lavacourt - Vétheuil
L'église de Vétheuil depuis Lavacourt, 2025 © Martin Argyroglo
La Seine, une limite ?
Le relief de la boucle de Moisson © Géoportail / CAUE 78 (annotations)
L'arrivée à Lavacourt donne une impression de calme et d'isolement. Ce hameau est rattaché à la commune de Moisson, située 2 kilomètres en aval. Sur l'autre rive, se dressent Vétheuil et les coteaux du Vexin français. Entre les deux, large de 225 mètres, la Seine marque le paysage de sa boucle et constitue une frontière poreuse. En effet, des îles ponctuent le fleuve entre les deux rives, cinq d'entre elles, pourtant adossées sur la rive droite, font partie de Moisson.
Crue à Lavacourt, 1910 © DR
La Seine, quand elle sort de son lit, inonde les berges, les prairies et une partie de l'habitat, donne un caractère insulaire à ces lieux.
Un peu de géologie
Terrasse alluviale © BRGM
Le territoire de Moisson-Lavacourt couvre 970 hectares situés sur une terrasse alluviale. Cette dernière s'est formée lorsque la Seine en mouvement, a déposé de grandes quantités de sable, de gravier et d'argile. Ces formations jouent un rôle crucial dans la création de sols fertiles grâce au dépôt de sédiments. Cette particularité géologique explique les activités liées au territoire de Moisson telles que l'agriculture et l'extraction de sable et de gravier.
Perçoir néolithique © Collection particulière Benjamin ROMAN
L'attirance du fleuve nourricier pour l'homme est attestée par la découverte dans les années 1980 d'objets de l'âge de la Pierre. Vous en trouverez quelques exemples au musée de la Ballonnière et du Jamboree de 1947 à Moisson.
Franchir la Seine à Lavacourt
L'arrivée du bac à Lavacourt, 1905 © Archives départementales des Yvelines (AD_137J263 78)
De nombreux habitants disposaient de bateaux pour pêcher, se rendre sur les îles et traverser le fleuve. Les relations entre Lavacourt et Vétheuil existent depuis très longtemps, elles sont de nature commerciale et touristique. De 1840 à 1970, plusieurs bacs ont permis aux Vétheuillais de traverser la Seine pour se rendre à Lavacourt, les deux communes faisant alors partie du même département de la Seine-et-Oise.
Le ponton du bac de Lavacourt, 2025 © Martin Argyroglo
Malgré les suppressions successives, son retour a toujours été plébiscité car il permet de faire perdurer le lien qui unit les deux rives et de désenclaver Lavacourt. En 2009, grâce à l’association D’une Rive à l’Autre, Vétheuil renoue avec ce passé par le retour de mai à novembre d’un bac reliant les deux communes. Il permet notamment aux habitants de la boucle de se rendre au marché de Vétheuil et aux touristes de randonner de part et d'autre de la Seine.
🎧 Écoutez les habitants et le conducteur du bac, le temps d'une traversée de Lavacourt à Vétheuil (en haut de page).
Un paysage source d'inspiration
Claude Monet, Soleil couchant sur la Seine à Lavacourt, effet d’hiver © DR-CC0 Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais
En 1878, le peintre impressionniste Claude Monet cherche un endroit inspirant et moins cher que Paris. Amoureux de la nature, il s'installe dans une maison à Vétheuil en bordure de Seine.
Monet peint les fluctuations du paysage avec son bateau-atelier : la Seine, les îles, les berges et Lavacourt où il a résidé occasionnellement. Il saisit de nombreuses vues dont Soleil couchant sur la Seine à Lavacourt, effet d’hiver. En 1882, il quitte Vétheuil pour s'installer 16 kilomètres plus loin, à Giverny.
La Seine, entre travail et détente
La guinguette et le restaurant "Au rendez-vous des canotiers", 2025 © Martin Argyroglo
La guinguette et le restaurant Au rendez-vous des canotiers (petit clin d'œil au tableau de Renoir), témoignent d'une douceur de vivre qui est toujours réelle.
Scène de pêche et de lessive, 1900-1909 © Archives départementales des Yvelines (AD_3Fi162 17)
Les cartes postales montrent que les habitants et les touristes venaient en bords de Seine pour laver le linge, pêcher, canoter, pique-niquer et se détendre le temps d'un dimanche. Les animaux venaient y boire et patauger. Aujourd'hui, il est agréable de contempler le tableau que la Seine et ses paysages nous offrent.
L'architecture, témoin d'un mode de vie
> Rue des Grands Jardins
Grange à Lavacourt, 2025 © Martin Argyroglo
Un passé viticole sous pression
La culture de la vigne qui a progressé durant le Moyen Âge sous l'influence des abbayes, s'est établie le long de la Seine. Jusqu'à la Révolution, Moisson-Lavacourt dépend des seigneurs de La Roche-Guyon qui exercent une très forte pression fiscale sur la production de vin. Les habitants ont l’obligation de se rendre dans l’un des quatre pressoirs du territoire, et acquittent un droit correspondant à 8% de la production, contre 2 % dans les seigneuries voisines. Progressivement, les taxes élevées, la concurrence et les inondations régulières ont raison des vignobles. Il ne reste plus que 8 hectares de vigne en 1892 contre 200 en 1738.
🎧 Écoutez Daniel Vaugelade, historien spécialiste de la Boucle de Moisson (en haut de page).
De la vigne aux asperges
Le marché aux asperges, 1909 © Archives départementales des Yvelines (3Fi162 23)
La création du pont reliant Moisson à La Roche-Guyon, et la mise en place du bac entre Vétheuil et Lavacourt, vers 1840, favorisent les échanges avec la rive droite de la Seine. Les cultures maraîchères et fruitières se substituent à la vigne pour laisser la place aux asperges, cerises et prunes. Les conditions de vie étant toujours très difficiles, de nombreux habitants partent s'établir sur la rive droite.
Extrait du cadastre napoléonien, 1800-1900 © Archives départementales des Yvelines (3P2 222-12)
Le cadastre atteste de ce passé agricole. Le découpage parcellaire en lanières, dont il reste des traces aujourd'hui, témoigne de la présence de vergers et de grands jardins. Vous remarquerez que les îles sont aussi cultivées.
Lavacourt aujourd'hui
Une des venelles de Lavacourt, 2025 © Martin Argyroglo
À Lavacourt comme à Moisson, l'architecture a gardé son caractère rural et témoigne de l'activité agricole. Le tissu ancien est assez dense et concentré sur une zone restreinte, peut-être plus abritée des inondations ? La toponymie révèle d'anciens usages : "rue des grands jardins", "passage du pressoir". La morphologie des habitations route de Mousseaux a peu changé et donne une idée du visage de Lavacourt au XIXème siècle. Globalement, les habitations ne sont pas très hautes et certaines sont closes de grands murs et desservies par des sentes. Quelques maisons de bourg, plus imposantes, font face à la Seine.
Une architecture rurale modeste
Une grange rue des Grands Jardins, 2025 © CAUE 78
L'architecture rurale reflète le mode de vie de ses habitants. Elle est construite en matériaux locaux : pierre calcaire et bois. De grandes portes cochères permettent de laisser entrer les charrettes et les troupeaux. Les ouvertures à l'étage donnaient accès au grenier destiné au stockage du foin et des récoltes.
Les îles comme prolongement du territoire
> Chemin de halage
La Seine depuis le chemin de halage, 2025 © Martin Argyroglo
Îles... étaient une fois
Extrait de la carte d'état-major, 1820-1866, 2025 © Géoportail
Les îles sont formées par des dépôts d’alluvions modelés par les courants de la Seine. Un plan de cadastre de 1829 en dénombre 16 et il n’en reste que 5 sur le territoire de Moisson : île de Bouche, île de Moisson, île Robin, île de Haute-Isle et île aux Demoiselles. Les autres ont été submergées ou se sont soudées entre elles, on peut penser que cette situation va continuer à évoluer. Ces îles sont pourtant plus proches de l'autre rive, mais le nouveau découpage administratif de la Seine-et-Oise en 1968 fait qu'elles sont situées dans les Yvelines et non dans le Val d'Oise.
Lavacourt, presque une île
Vue aérienne de Lavacourt © Ville de Moisson
Quand la Seine inonde les prairies alentours, le hameau de Lavacourt s'apparente à une île. Et de manière plus permanente, sa situation entre le méandre de la Seine, les étangs et la base de loisirs en font une presqu'île et renforce son caractère isolé.
La Plaine de la Vacherie
Vue aérienne de la plaine de la Vacherie, 2011-205 © IGN Remonter le temps
Les vues aériennes et le cadastre montrent que certains terrains rattachés à Moisson sont probablement d'anciennes îles qui se sont soudées à la commune. C'est le cas de la plaine de la Vacherie, espace directement alluvial, parallèle au fleuve et organisé en longueur.
Un complément de territoire
Vue aérienne de la Seine au niveau de Moisson © Leconte
Ces îles créent physiquement des espaces tampons et des terres supplémentaires utilisées auparavant pour l’agriculture et le pâturage. Les bêtes y étaient transportées avec un bac. Aujourd'hui, très boisées, elles brouillent visuellement les limites entre les deux rives. Et contrairement à ce que laisse penser leur côté sauvage, certaines accueillent des maisons. Accessibles en bateau, ces îles offrent un refuge pour les hommes et la faune.
Réinvestir les anciennes carrières
> Gîte de Moisson
Le gîte de Moisson depuis la route de Lavacourt, 2025 © Martin Argyroglo
Un développement industriel porté par la Seine
Au bord de la route reliant Moisson à Lavacourt, le gîte municipal, installé dans un ancien bâtiment industriel réhabilité, est le témoin d’une époque désormais révolue.
En 1934, l’entreprise familiale Joyeux est chargée d’exploiter les premières carrières de la boucle. Elles alimentent en granulats de sable les travaux de reconstruction du pont de la Roche Guyon. L’installation de l’entreprise à proximité de la Seine n’a rien d’anodin. À cette époque, le transport fluvial, alternative bien moins coûteuse au transport routier ou ferroviaire, est plébiscité par les industries.
Évolution de l'exploitation des carrières, 1954-2015 © IGN, Remonter le temps
À partir de 1953, la boucle de Moisson est exploitée en continu pendant près de 50 ans : d’abord par l’entreprise Morillon-Corvol jusqu’en 1986, puis par la Compagnie des sablières de la Seine jusqu’en 2007, qui deviendra petit à petit Lafarge.
La construction du pont de la Roche-Guyon puis de l’autoroute de Normandie et l’urbanisation du Mantois transforment durablement le paysage de la boucle, en laissant différents vestiges. Ceux-ci ont fait l’objet de stratégies successives pour se réapproprier ces centaines d’hectares délaissés.
À chaque époque son opération : la mise en eau, l’enfrichement et la renaturation
L'île de loisirs des Boucles de Seine (vue de planeur), 2009 © Patrick Arnold
En effet, la Base de Loisirs des Boucles de Seine (1977), un des plus grands plans d’eau d’Île-de-France, n’est autre qu’un ancien bassin de décantation et de stockage.
Les abords du chemin Les Mares de Dessus les Prés, 2025 © Martin Argyroglo
Entre Lavacourt et Moisson, les abords du chemin Les Mares de Dessus les Prés ont été laissés en friche. Le sentier aboutissait aux bords de Seine et permettait de charger et de décharger les péniches il y a encore quelques décennies.
La Réserve naturelle régionale de la Boucle de Moisson site Natura 2000
Landes à callunes de la Réserve naturelle de Moisson © Valérie Leconte
Quant à la Réserve naturelle de la Boucle de Moisson, elle couvre un territoire dont les sols avaient été complètement mis à nu et chamboulés. Rendue à la nature et gérée écologiquement, pelouses, landes et boisements ont repris leur droit, favorisant le retour de la biodiversité. Dans ces habitats variés, rares en Île-de-France, foisonne une faune et une flore d’une grande valeur. Les sols, tapis de pelouses, de landes et de fleurs, se colorent au gré des saisons, de vert, de violet ou de jaune. Leur richesse permet le développement d’une faune diversifiée, avec des oiseaux remarquables (l'Oedicnème criard, l’Engoulevent d’Europe) cohabitant avec des mammifères, des insectes et des reptiles.
Des dirigeables et des scouts
> Place Guerbois
Le musée de la Ballonnière et du Jamboree de 1947, 2025 © Martin Argyroglo
Vous vous trouvez sur la place Guerbois avec ses rues « en aile de moulin », centre de l’animation du village. Face à vous, le Musée de la Ballonnière et du Jamboree de 1947 s'est installé dans l'ancienne grange Jolivot.
Une ancienne grange au centre du village
Le café de la Ballonnière et à l'arrière la grange Jolivot, 1900-1909 © Archives départementales des Yvelines
En 2003, le devenir de ce bâtiment est remis en question et la commune fait appel au CAUE* afin de réfléchir à de possibles usages. Après avoir sensibilisé le maire et les élus à la fragilité de leur patrimoine, les architectes du CAUE les ont convaincus de la nécessité de conserver la grange. Ce bâtiment est représentatif d’un patrimoine rural important à préserver. Outre son identité forte et inchangée, il dispose, dans l’épaisseur de ses murs, de témoignages de la vie ordinaire : un four à pain et un baromètre.
Valoriser l'histoire locale
Vue de l'intérieur du musée, 2025 © CAUE 78
Afin de donner une vocation publique au bâtiment, il a été décidé d'y installer un musée qui retrace l'étonnante histoire de deux événements qui ont marqué la commune au XXème siècle : le lancement de ballons dirigeables Lebaudy depuis la boucle de Moisson et le Jamboree de 1947 ayant rassemblé des scouts du monde entier.
🎧 Écoutez Jean-Christophe Bertin, intervenant et collectionneur du musée de la Ballonnière et du Jamborée de 1947 (en haut de page).
Les habitants comme artisans du souvenir
La transformation de cette ancienne grange en musée, aborde la question du projet comme héritage du passé, transmetteur et fabricant de la mémoire. Non pas uniquement dans le sens d’une conservation absolue du patrimoine mais plutôt dans le sens de sa transformation vivante et dynamique. La réhabilitation de ce bâtiment est aussi une réappropriation symbolique de la mémoire des lieux par les habitants. En atteste la riche collection du musée qui provient en partie de dons de moissonnais et de passionnés de ce pan de l'histoire atypique !
Redynamisation du bourg
Arrivée sur la place Guerbois avec le musée sur la gauche, 2025 © Martin Argyroglo
Ouvert tous les dimanches d'été de 14h à 17h30, ce musée vit grâce à l'engagement de ses bénévoles qui viennent assurer à tour de rôle les permanences. Avec les deux restaurants, le musée vient compléter l'animation de la place, permettant d'insuffler une nouvelle dynamique à ce petit centre-bourg !
*Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement des Yvelines
Les Lebaudy, une famille influente
> Chemin des Ajous
La terrasse de la maison Julliot, 2025 © Martin Argyroglo
Des propriétaires entrepreneurs
Le Chalet de la famille des Lebaudy, situé au bord de la route reliant La Vacherie à Mousseaux © Archives départementales des Yvelines
À l'aube du XXème siècle, le nom de Lebaudy évoque déjà une puissante famille d'industriels qui possède une grande partie du territoire de la boucle. La villa dite "le Chalet" (rendez-vous de chasse qui aurait été rapporté de Normandie après 1870) témoigne de leur installation. À la tête de la plus importante compagnie sucrière de France, les frères Lebaudy, assistés par leur cousin, vont se lancer dans une toute nouvelle conquête : celle des cieux. Henri Julliot, ingénieur à la direction technique de la raffinerie, est chargé d'étudier la question aéronautique et de coordonner le projet.
Une présence qui a laissé des traces
Maison Julliot vue depuis la Seine © Archives départementales des Yvelines
Ainsi, d'imposants hangars sortent de terre dans le vaste espace ouvert de la plaine de Moisson. Les champs s'étendent encore à perte de vue quand Henri Julliot construit une maison à toit terrasse à l'orée de la ville, au bout de la rue des Mares (à gauche sur la carte postale). Ce paysage dégagé permet de superviser les essais depuis le toit terrasse. Le 13 novembre 1902, le premier dirigeable prend son envol.
Deux autres acteurs du projet s'installent dans le bourg de Moisson : Antoine Rey, mécanicien attitré, habite au 4, rue de l'Abreuvoir et Georges Juchmès, pilote et maire de Moisson de 1908 à 1912, 8, route de Lavacourt.
Un engagement économique et politique
Hommes en train de ranger une toile dans l'un des hangars © Archives départementales des Yvelines
La commune de Moisson bénéficie de cette activité nouvelle et florissante. L'entreprise emploie près de 100 habitants, soit plus du quart de la commune. Les femmes collent et cousent des toiles servant au revêtement des aéronefs, les hommes montent l'armature du ballon et de la nacelle. En 1947, c'est encore la famille Lebaudy qui est à l'origine du Jamborée à Moisson, en mettant à disposition ses terres pour l'installation des infrastructures. Ces initiatives contribuent à leur implication dans la vie politique du territoire. D'une génération à l'autre, de Rosny à Moisson, les Lebaudy briguent des mandats à la Chambre de commerce de Paris, de député au Parlement, de conseiller général du canton ou bien de député d'arrondissement.
La Seine, une voisine capricieuse
> Chemin de halage
Portail monumental d'une maison faisant face à la Seine, 2025 © Martin Argyroglo
Dans le hameau de Lavacourt, vous avez pu remarquer les nombreuses maisons de bourg faisant face à la Seine. Certaines d'entre elles ont été transformées en maisons "de villégiature". Il s'agit à l'origine de constructions plutôt ordinaires auxquelles ont été ajoutés extensions, larges baies, balcons et toitures élaborées pour donner l'allure des villas de bord de Seine.
L'inspiration normande
Villa à pans de bois d'inspiration normande, 2025 © CAUE 78
Plus loin sur le chemin de halage, au niveau du bourg de Moisson, on peut observer une tendance similaire. Admirez les grandes demeures à toiture en chaume et façades à faux pans de bois qui font référence à l'architecture traditionnelle normande et ne sont pas sans rappeler la proximité avec le département voisin. Au cours du temps, la Seine a embarqué avec elle des images, des références et des inspirations qui dessinent l'architecture de la vallée.
La Seine comme loisir
Aménagement des berges le long du chemin de halage, 2025 © CAUE 78
Ancienne baraque à frites, hangars à bateaux et aménagements des jardins sont les témoins d'une activité de pêche et de loisir en lien avec le fleuve. Chaque maison possédait un prolongement de l'autre côté du chemin de halage avec un petit ponton à barques. Chacun à leur manière, les habitants s'approprient cette "petite extension" de leur terrain. L'attachement à la Seine se fait aussi par la contemplation. En témoigne les nombreux bancs et aménagements de l'autre côté du chemin et au plus près de l'eau !
Une voisine dont on se méfie
La Seine en crue, 2021 © Patrick Arnold
La Seine offre un cadre idyllique et recherché, mais elle peut aussi représenter un danger. En effet, lorsque les journées pluvieuses s'enchainent et que le fleuve gonfle, la Seine sort de son lit. De nombreuses maisons sont installées en fond de parcelle en haut d'une légère pente, ou surélevées d'un niveau afin que les rez-de-chaussée ne subissent pas de dégâts en cas d'inondations. Toute cette zone est aujourd'hui assortie d'un Plan de Prévention des Risques Inondation (PPRI) afin de limiter une trop grande proximité entre la Seine et les constructions.
Carte du Plan de Prévention des Risques Inondation (PPRI), 2007 © Préfecture des Yvelines
Une boucle à facettes
> Chemin de halage
Étendues de champs et pinacles de craie, 2025 © Martin Argyroglo
Le Vexin français en spectacle
Haute Isle, OPPVSF*, 2021 © Ambroise Tézenas & Jérémie Léon
Le temps, l'eau et les éléments ont façonné le visage de la boucle. Des falaises escarpées surplombent les plaines alluviales, séparées par la Seine et ses îles. Les coteaux verdoyants sont marqués par la blancheur éclatante des pinacles de craie, ouvrages naturels sculptés par les mers peu profondes du Crétacé.
Église troglodytique de la Haute-Isle, 2025 © CAUE 78
Le Parc naturel régional du Vexin français a été désigné pour préserver ce territoire d’une grande valeur écologique, paysagère, patrimoniale et culturelle. Il cache d’autres trésors résultant de facteurs naturels et/ou humains. De l’autre côté de la Seine, le village de Haute-Isle abrite un ensemble troglodytique : des habitations, une église et un pigeonnier sont creusés à même les falaises. La porosité et la friabilité de la craie, qui affleure dans la région, offre un terrain propice à leur édification. Désormais aménagées en caves ou en annexes, ces boves servaient à l’origine de maisons principales comme d’étables.
Une boucle sous haute protection
Sites natura 2000 du Vexin, 2022 © PNR-VF
Pour la rareté ou la fragilité des milieux et des espèces sauvages qu’elle abrite, la réserve naturelle bénéficie d’un double classement. Tout d'abord, au titre du réseau européen Natura 2000, elle appartient au site « Boucles de Moisson, de Guernes et forêt de Rosny » désigné pour la protection des oiseaux. Et ensuite, au site « Coteaux et boucles de la Seine » dans l’objectif de préserver les habitats, la faune et la flore. Les sites Natura 2000 sont des espaces naturels désignés par l'Union Européenne pour leur fort intérêt à l’échelle du continent. Contrairement aux réserves naturelles qui bénéficient de réglementations strictes en faveur de la préservation de la biodiversité, les sites Natura 2000 ont en France vocation à concilier activités humaines et protection de l’environnement.
Un chemin de halage devenu promenade L'ensemble des cartes postales et photos anciennes montre que jusque dans les années 50, les arbres étaient pratiquement absents des berges offrant une vue plus lumineuse et dégagée du paysage. De ce fait, la relation visuelle ou pratique entre les terres et la Seine était bien plus évidente. Ce changement est dû en partie à l'arrêt de l'usage du chemin de halage dans les années 1860 et aux changements progressifs des activités agricoles. Aujourd'hui, cet ancien chemin emprunté par les promeneurs est malheureusement interrompu entre Moisson et Freneuse. Espérons que la situation évolue !
*OPPVSF : Observatoire photographique des paysages de la vallée de Seine
La "Maison du Passeur" (La Vacherie)
> Chemin de halage
La Maison du Passeur vue de côté, 2025 © Martin Argyroglo
Les activités liées à la Seine, à la chasse et à la circulation entre les bourgs ont composé un réseau : chemins forestiers, chemin de halage et routes. À la croisée entre Freneuse, Moisson, Mousseaux et La Roche-Guyon, la Maison du Passeur est située à un point de convergence de ce réseau. L'exploitation industrielle du sable et l'abandon de pratiques ont par endroits effacé et coupé certaines de ces liaisons.
La Seine source de richesse
Les dépendances de la Maison du passeur et le château de La Roche-Guyon, 2025 © Martin Argyroglo
Depuis l'implantation stratégique du château de La Roche-Guyon, la commune de Moisson est inféodée à ce domaine. Impôts, péages, cultures, bois de chauffage, main d'œuvre sont dûs aux seigneurs. Le fleuve enrichit le sol de ses limons et les seigneurs de ces taxes. Traversées, pêche, denrées alimentaires, halage pour remonter le fleuve... tout est bon pour appliquer des taxes et des droits. La Vacherie puis la Maison du Passeur deviennent des passages obligés pour payer.
La Maison du Passeur
Vue de Moisson depuis La Roche-Guyon © Delcampe (N°6026-D 0281)
La Maison dite du Passeur, ne porte pas ce nom par hasard. Déjà, au XVIIIème siècle, la Seine y est franchissable : le Bac de la Vacherie indiqué sur la Carte de Cassini (début XIXème siècle) permet de rallier La Roche-Guyon. Le lien entre les deux rives pourrait même être bien plus ancien. Le roi Philippe Auguste (1165-1223) accorde au seigneur Gui de la Roche un droit de péage sur le fleuve. La Maison du Passeur est mentionnée en 1776 en tant que « Logement du Receveur des droits de Péage à La Vacherie » parmi les factures de travaux du château de La Roche-Guyon. Ces documents révèlent la connexion historique et économique entre le château et Moisson.
Le chemin de halage
Chemin de halage au niveau de Lavacourt, 2025 © Martin Argyroglo
Sur ordonnance royale, le chemin de halage a été aménagé en 1446 entre Rouen et Paris. Il permet aux chevaux de tirer les bateaux qui remontent le fleuve vers Paris. Une ferme a été installée à la Vacherie afin de servir de relais aux chevaux qui parcouraient ce chemin. Les habitants ne doivent pas obstruer les berges pour laisser le passage aux chevaux qui circulaient. Il n'est plus utilisé en tant que tel depuis l'apparition des bateaux à vapeur vers 1860, mais il offre à présent un chemin de promenade très agréable.
La ferme de la Vacherie, un lieu d'expérimentation
Plan de La Vacherie, 1745 © Archives départementales des Yvelines
Vers 1750, pour faire face aux difficultés liées à la viticulture, Moisson devient le laboratoire d'expérimentations agricoles novatrices. Vers 1773, la famille de La Rochefoucauld, propriétaire du château, entreprend notamment la plantation de mûriers pour alimenter une magnanerie (culture du ver à soie) à proximité de la ferme de la Vacherie. Depuis la terrasse du château, s'étend une allée de 600 mûriers qui accompagne le chemin forestier vers Mousseaux. Hélas, cette expérience n'a pas porté les fruits escomptés et fut abandonnée à la fin du XVIIIème siècle. Le cadastre napoléonien (début XIXème siècle) indique une construction liée à cette activité. Aujourd'hui encore, une ruine est visible sur place.
Franchir la Seine
Cette relation étroite entre les deux rives se poursuivra aux XIXème et XXème siècles, avec les constructions successives de deux ponts. Un pont suspendu de 190 mètres édifié en 1837 est détruit en 1914. Un nouveau pont, situé en aval le remplace en 1934. En béton, avec une arche de 160 mètres de portée, ce pont, véritable prouesse technique, est le plus long d'Europe à l'époque ! Il sera à son tour détruit en juin 1940 par les soldats du Génie français et jamais remplacé. Des traces sont toujours visibles des deux côtés de la Seine.
🎧 Écoutez Daniel Vaugelade, historien spécialiste de la Boucle de Moisson (en haut de page).


