L'architecture de brique du quartier Legendre-Lévis
17ᵉ arrondissement
Des hôtels particuliers au lotissement d'Habitations à Bon Marché d'Henri Sauvage, traversez les époques et partez à la découverte de l'architecture de brique remarquable du quartier Legendre-Lévis !

Ce parcours a été réalisé en partenariat avec le conseil de quartier (CCQ) Legendre-Lévis de la Mairie du 17ᵉ arrondissement.
Aperçu du parcours
Avènement de la brique dans l'architecture du quartier
Façade en parement brique avec chaînages d'angles en pierre blanche © CAUE de Paris
À partir du XXᵉ siècle, l'usage de la brique s'est généralisé dans le domaine de la construction. Cette diffusion est rendue possible grâce à l'évolution de ses modes de fabrication. Désormais cuite au charbon de terre plutôt qu'au charbon de bois, la brique devient plus résistante tout en restant peu coûteuse. À la même période se déroule la densification de la Ville de Paris et ses larges transformations avec les grands travaux d'Haussmann (1853 - 1870). Dans ce contexte, la brique est utilisée pour diverses typologies de constructions qui participent à densifier la ville. Puisant notamment dans le langage de la Renaissance française, les architectes de la seconde moitié du XIXᵉ siècle remettent la brique au goût du jour. Son usage sert de parement, de décor et n'a pas de rôle structurel. Les architectes l'associent alors souvent à la pierre et plus tard au béton.
194 avenue de Villiers vers 1890 © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Le 17ᵉ arrondissement est particulièrement marqué par l'avènement de ce matériau et la brique est employée à différentes fins au fil du temps, lui permettant progressivement de rompre avec son image de matériau industriel. D'abord utilisée pour son rôle décoratif, au service du langage pittoresque des hôtels particuliers, elle l'est ensuite pour des équipements publics de grandes ampleurs et économes. La brique est finalement le matériau de prédilection des HBM (Habitations à Bon Marché) avec le béton grâce à sa facilité d'entretien et sa durabilité. Le parcours explore ainsi ces différentes typologies au fil du XIXᵉ et du XXᵉ siècle. Le quartier Legendre-Lévis qui s'est fortement urbanisé à cette époque sous l'effet de la spéculation immobilière, a été le terrain de jeu des architectes amoureux de ces briques.
Avènement de la brique dans l'architecture du quartier
Façade en parement brique avec chaînages d'angles en pierre blanche © CAUE de Paris
À partir du XXᵉ siècle, l'usage de la brique s'est généralisé dans le domaine de la construction. Cette diffusion est rendue possible grâce à l'évolution de ses modes de fabrication. Désormais cuite au charbon de terre plutôt qu'au charbon de bois, la brique devient plus résistante tout en restant peu coûteuse. À la même période se déroule la densification de la Ville de Paris et ses larges transformations avec les grands travaux d'Haussmann (1853 - 1870). Dans ce contexte, la brique est utilisée pour diverses typologies de constructions qui participent à densifier la ville. Puisant notamment dans le langage de la Renaissance française, les architectes de la seconde moitié du XIXᵉ siècle remettent la brique au goût du jour. Son usage sert de parement, de décor et n'a pas de rôle structurel. Les architectes l'associent alors souvent à la pierre et plus tard au béton.
194 avenue de Villiers vers 1890 © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Le 17ᵉ arrondissement est particulièrement marqué par l'avènement de ce matériau et la brique est employée à différentes fins au fil du temps, lui permettant progressivement de rompre avec son image de matériau industriel. D'abord utilisée pour son rôle décoratif, au service du langage pittoresque des hôtels particuliers, elle l'est ensuite pour des équipements publics de grandes ampleurs et économes. La brique est finalement le matériau de prédilection des HBM (Habitations à Bon Marché) avec le béton grâce à sa facilité d'entretien et sa durabilité. Le parcours explore ainsi ces différentes typologies au fil du XIXᵉ et du XXᵉ siècle. Le quartier Legendre-Lévis qui s'est fortement urbanisé à cette époque sous l'effet de la spéculation immobilière, a été le terrain de jeu des architectes amoureux de ces briques.
Hôtel particulier Fortuny
Gravure de l'hôtel particulier - Revue la semaine des constructeurs du 24 octobre 1891 © Histoire & Patrimoine Paris 17
La rue Fortuny : témoin des typologies architecturales du quartier
On compte l’hôtel particulier Fortuny parmi les nombreux hôtels particuliers qui composent la rue. Ouverte en 1876, cette rue est l’archétype de l’esprit du quartier de la Plaine-Monceau au XIXᵉ siècle. Anciennement un territoire agricole aux portes de Paris, le quartier est rattaché à la capitale en 1860 suite à la démolition des enceintes de Thiers un an plus tôt. Simultanément, les grands travaux d’Haussmann entraînent l’arrivée d’une nouvelle population dans le quartier. La rue Fortuny, désormais occupée par de fortunés propriétaires et investisseurs, connait une transformation drastique au profit d’un environnement urbanisé et commerçant dont elle est le témoin manifeste.
Les terrains de la rue Fortuny, convoités par de nombreuses personnalités, sont notamment acquis par Edmond Rostand (n°2), Marcel Pagnol (n°13) ou encore Sarah Bernhardt (n°35). Le n°9 de la rue est acheté en 1889 par Benjamin Thibaut-Morel : ingénieur et juge suppléant au Tribunal de commerce de Paris. À la fois influencé par les constructions avoisinantes mais aussi par une période de forte construction d’hôtels particuliers à Paris, le propriétaire fait la commande d’un hôtel particulier dans l’alignement de la rue.
Gravure de la cour arrière de l'hôtel particulier - Revue la semaine des constructeurs du 24 octobre 1891 © Histoire & Patrimoine Paris 17
Une architecture éclectique
Benjamin Thibaut-Morel fait appel à l’architecte Paul-Adrien Gouny en 1891. Architecte pour la Compagnie des chemins de fer de l’est entre 1877 et 1904, il conçoit de nombreuses gares. Si l’architecte est plutôt réputé pour ses infrastructures ferroviaires, il l'est aussi pour ses constructions en pierre de taille et en brique, visibles, par exemple, sur la façade de la Compagnie des chemins de fer. Il utilise naturellement ces mêmes matériaux pour le n°9 de la rue Fortuny.
Façade de la Compagnie des chemins de fer de l'est © CAUE de Paris
Conçu selon un style architectural éclectique, en vogue à cette époque, l’hôtel arbore une façade aux inspirations médiévales, aux styles gothique et Renaissance savamment composée. La façade est identifiable par la présence de grandes baies aux géométries tantôt arrondies tantôt rectangulaires. Également signe de l’aisance financière de son propriétaire, la façade est richement décorée et l’architecte fait usage de techniques contemporaines telles que la terre cuite, la céramique et les briques polychromes. La brique est ici au service du langage architectural pittoresque.
Ces façades au caractère exubérant contrastent avec la rigueur répétée de l’architecture haussmannienne des environs. De nombreuses saillies (avancée des éléments de façade sur la rue) sont réalisées, conférant un caractère unique à l’hôtel particulier et un nouveau rythme dans l’urbanisme de la rue. Elle exprime toute sa monumentalité grâce aux colonnes et aux frontons.
Frises, colonnes, sculptures et céramiques © CAUE de Paris
Les céramiques sont réalisées par Jules Paul Loebnitz, à l’origine d’un procédé innovant de fabrication des plaques de céramique. Reconnu pour sa collaboration avec de nombreux architectes réputés, tels que Paul Sédille, Jules Paul Loebnitz est notamment à l’origine des faïences et des carreaux de sols du château de Blois ainsi que de la porte des Beaux-Arts réalisée à l'occasion de l’exposition universelle de 1878 à Paris.
Céramique en grès émaillé par Jules Paul Loebnitz © CAUE de Paris
Un plan traduisant du rang social
Destinée à des élites, la composition du plan est influencée par leurs modes de vie. À la fois demeure pour une famille, l'hôtel particulier doit aussi être un lieu de réception et de services. De cette manière, le rez-de-chaussée contient les pièces de services et s’ouvre sur une cour composée des écuries, des remises et des chambres des domestiques. Le premier étage abrite quant à lui le salon et la salle à manger comme espaces de réception. Au deuxième étage, se trouvent les chambres des maîtres et au troisième, celles des enfants.
Plan des étages - Revue la semaine des constructeurs du 24 octobre 1891 © Histoire & Patrimoine Paris 17
Cette composition et la présence de nombreux éléments de décors la distingue de l'architecture domestique classique. L’ensemble de la façade et de la toiture sur rue, la cuisine, l’escalier d’honneur, les chambres des maîtres et les anciennes écuries sont ainsi protégés au titre des monuments historiques depuis 1997.
Détail de pignon et d'ornementations sur la façade principale © CAUE de Paris
Dans un besoin d’adaptation aux nouveaux usages, l’hôtel est d’abord transformé en lycée professionnel de haute couture et d’esthétique jusqu’en 2010. Il est finalement loué en 2015 par une société de production de films pour y réaliser les scènes de tournage des films « Au revoir là-haut » et « 9 mois ferme » d'Albert Dupontel. En 2024, l’hôtel est vendu par la région Île-de-France à une entreprise de numérique et de communication.
Musée national Jean-Jacques Henner
Carte postale de l'avenue de Villiers © Paris Musées – Musée Carnavalet Histoire de Paris
Le quartier de prédilection des artistes et des mondanités
L’avenue de Villiers, une des artères principales du quartier, est le témoin du faste de l'époque. Les architectes profitent pleinement de son percement en 1854 pour réaliser de nouveaux hôtels particuliers. Le musée national Jean-Jacques Henner, initialement conçu comme un hôtel particulier, en fait partie. Cet édifice commandé par le peintre Roger Jourdain est construit entre 1876 et 1878 par l’architecte, peintre et décorateur Nicolas Félix Escalier.
Façade du musée sur l'avenue de Villiers © CAUE de Paris
Également à l’origine de l’hôtel particulier de la comédienne Sarah Bernhardt (au n°35 de la rue Fortuny) la même année, l’architecte déploie un langage commun aux deux projets. Il est également reconnu pour son savoir-faire de décorateur grâce à la réalisation des buffets de l’Opéra Garnier ou encore pour son talent de peintre, avec la création de tableaux d’intérieurs italiens.
Atelier de Sarah Bernhardt par l'atelier photographique Nadar © gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Une véritable maison d'artiste
Cet hôtel particulier est conçu dès l’origine comme une demeure mais aussi comme un atelier d’artiste : à la fois lieu de création et d'exposition. Le rez-de-chaussée abrite à l'origine les salons, les séjours et la salle à manger comme espaces de réception. Au premier étage se trouvaient un atelier d’artiste, un salon et un patio, prolongé au deuxième étage et éclairant généreusement un cabinet de dessin. Ce patio central régit l'organisation des pièces alentour et les distribue.
Patio central sur le premier et deuxième étage © CAUE de Paris
Le troisième étage, quant à lui, était occupé par un grand atelier d’artiste, haut de plafond, baignant l'espace de lumière pour faciliter le travail du peintre.
Guillaume Dubufe dans son atelier par Edmond Bernard 1880-1910 © Paris Musées – Musée Carnavalet Histoire de Paris
En 1878, Roger Jourdain vend cet hôtel particulier, désigné comme « un rez-de-chaussée et deux étages sous combles », au peintre Guillaume Dubufe. À cette époque, M. Dubufe vit une période de consécration dans sa carrière de peintre et de décorateur en obtenant de nombreuses médailles pour son travail.
Mosaïques d'origine au rez-de-chaussée datée de 1878, avant les transformations de l'hôtel © CAUE de Paris
Vers 1889, à l'apogée de sa carrière et après l'obtention de sa médaille d'or au Salon, Guillaume Dubufe fait surélever le bâtiment et réalise quelques transformations de l'hôtel. L'atelier du premier niveau devient une chambre orientale aux airs de mosquée arabe et le jardin extérieur de l’hôtel est recouvert d'une verrière pour devenir un jardin d’hiver, typologie architecturale très prisée au XIXᵉ siècle. Ce jardin était alors composé d’une fontaine auréolée de plantes exotiques et d’un salon dédié au théâtre.
Actuel jardin d'hiver à l'emplacement de l'ancien © CAUE de Paris
De style pittoresque à l’extérieur avec sa façade en pierre et en brique inspirée de la Renaissance, cet hôtel emprunte davantage au style ottoman, d’Afrique du nord et d’Asie à l'intérieur. Cet orientalisme est visible dans les multiples décors : porcelaines de Chine, moucharabiehs égyptiens, chaises longues en bambou ou encore tapis orientaux et mosaïques de fleurs jonchent les appartements.
Moucharabiehs des mezzanines dans l'ancienne chambre de Madame Dubufe © CAUE de Paris
Les parements en carreaux de Delft qui ornent les cheminées et les fauteuils Louis XIII traduisent l’appartenance du lieu à une architecture ancrée dans son époque, à l'image des hôtels particuliers du quartier.
Carreaux de Delft sur la cheminée de l'ancienne salle à manger, au rez-de-chaussée © CAUE de Paris
La création du musée
Le peintre Jean-Jacques Henner côtoyait la famille Dubufe depuis les années 1870. Après sa mort en 1905, sa famille inventorie une grande partie des œuvres du peintre. C'est Jules Henner, son neveu qui envisage la création du musée, il décède en 1913. Son épouse, Marie Henner poursuit son rêve et acquiert l’hôtel en 1921 pour le transformer en musée.
Jean-Jacques Henner d'après un portrait peint par lui-même, conservé au musée de Florence © gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg
C’est l’architecte Marcel Legendre qui réalise les travaux et les nouveaux aménagements en 1922, sous les conseils de Charles Girault, architecte du Petit et du Grand Palais. Axé sur la modernisation du lieu et l'aménagement de décors, l'architecte entreprend l'ouverture du salon sur le jardin d’hiver, ajoute quatre colonnes en stuc de style dorique entre les deux espaces et fait couler une dalle de béton sur la mosaïque d’origine au rez-de-chaussée.
Les quatre colonnes en stuc ajoutées à partir de 1922 © CAUE de Paris
En 1923, Marie Henner fait don du musée à l’État et son ouverture se fait le 8 mars 1924. À partir de 1935, l’architecte André Arfvidson réalise une surélévation sur deux étages. Ils sont construits pour accueillir un appartement privé et un nouvel atelier d’artiste à destination du futur conservateur du musée. Les objets appartenant à Jean-Jacques Henner et ses œuvres y seront aussi exposés, faisant partie de la collection de Marie Henner. Aujourd’hui, le musée compte 539 œuvres de l’artiste et de ses compères.
Surélévation accueillant l'ancien atelier du peintre transformé en salle d'exposition © CAUE de Paris
Une importante réhabilitation est engagée en 2008-2009 par l’agence Bodin & associés afin de déplacer l’ascenseur datant de 1930, de repeindre les murs dans une colorimétrie proche de celle d'origine et de créer de nouveaux parcours pour les visiteurs. Une seconde campagne de travaux à lieu de 2014 à 2016 pour rénover le salon d'hiver et ajouter des réserves. Le musée est aujourd’hui classé au titre des sites patrimoniaux remarquables et a reçu en 2019 le label Maison des illustres, au titre de Guillaume Dubufe. Il accueille depuis 2016 des artistes en résidence. Des concerts de musique se déroulent dans le jardin d'hiver, doté d'une très bonne acoustique.
Hôtel particulier Mirabaud
Façade de l'hôtel sur l'avenue de Villiers © CAUE de Paris
Un hôtel de style Louis XIII
Au cœur du quartier Legendre-Lévis se trouve l’hôtel particulier Mirabaud. Construit par l’architecte Lucien Magne en 1880, il est commandité par le banquier Henri-Louis Mirabaud. Issu d’une lignée d’architectes, Lucien Magne cumule plusieurs cordes à son arc en étant à la fois architecte, historien de l’architecture et professeur à l’école des Beaux-Arts. Il est également nommé au Comité des édifices diocésains en 1874 et attaché à la Commission des monuments historiques en 1879. Si son parcours est tourné vers la construction et la restauration de monuments historiques (il a notamment contribué à la construction du chœur et du clocher du Sacré-Cœur), il réalise aussi plusieurs immeubles et hôtels particuliers parisiens.
Ses constructions sont fortement inspirées par un langage régionaliste, emprunt des architectures méditerranéennes, mais surtout du style Louis XIII, advenu en France au XVIIᵉ siècle. La pierre de taille, la brique et le stuc sont alors les matériaux de prédilection pour de tels ouvrages, symboles de noblesse. Les lignes droites, les morphologies rectangulaires ainsi que les fenêtres hautes et étroites traduisent de ce style architectural et décoratif très emprunté pour les hôtels particuliers parisiens.
La composition classique de la parcelle
Photographie du n°42 de l'avenue de Villiers © CAUE de Paris
Depuis l’avenue de Villiers, l'hôtel particulier est construit en deux entités distinctes, reliées entre elles en façade par un portail en arches cintrés richement décorées et soutenues par des colonnes. Les détails de ferronneries des grilles d’entrée nous renseignent à la fois sur le rang de la demeure et sur l'intérêt de l’architecte pour le matériau fer.
Portail d'entrée de l'hôtel particulier en 1918 © Charles Lansiaux/DHAAP
Nombre de ses détails décoratifs sont publiés dans l’ouvrage Matériaux et documents d’architecture par Antoine Raguenet. Ce portail marque une rupture nette avec la rue et adopte le langage des hôtels particuliers à la française. Cet hôtel possède un soubassement, quatre niveaux courants et un double niveau en R+5 et R+6. Réalisée en pierre claire pour le socle, les encadrements de baies, les balcons et les chaînages d’angles, sa construction est majoritairement en brique rouge. Dans le soin apporté à la création d'ornementations sur la façade en brique, l'architecte redore l'image de ce matériau et l'élève au rang des matériaux nobles.
Écuries et remises dans la cour de l'hôtel © Ville de Paris/Bibliothèque historique, 1-EST-03014
Une fois dans l’enceinte de l’hôtel, dans la cour, se trouve un bâtiment d’un niveau sous combles dont l’usage est destiné aux écuries et aux remises. Ce bâtiment est réalisé en pans de bois et en alternance de brique et de pierre, dont le soin témoigne à nouveau du rang de la demeure. Les écuries accueillent quatre chevaux et les remises, quatre voitures à l’époque. Le premier étage abrite, lui, des logements pour le personnel de l’hôtel ainsi que des greniers à fourrage. Ce bâtiment est remplacé en 1937 pour le compte de la France Mutualiste, ayant racheté l’hôtel à la famille Mirabaud au milieu du XXᵉ siècle. C’est désormais un bâtiment en structure béton et en remplissage de brique rouge sur deux étages qui occupe le fond de la parcelle.
Des ornementations en signe de noblesse
Plafond du hall de l'hôtel dans l'Art appliqué aux métiers de Lucien Magne © Passerelles/Bibliothèque Nationale de France
Si les façades dénotent par leur langage, ce sont tout autant les décors et les boiseries qui permettent aux hôtels particuliers parisiens de rayonner dans la capitale à cette époque. Depuis la cour, les façades de l’hôtel sont richement décorées de sculptures et de corniches. Les deux portes d’entrées latérales sont surmontées de marquises marquant le seuil.
Escalier à quart tournant de l'hôtel dans l'Art appliqué aux métiers de Lucien Magne © Passerelles/Bibliothèque Nationale de France
À l’intérieur, la distribution des étages, la centralité de la cage d’escalier et les pièces ornées de plafond de bois, de boiseries et de cheminées sont autant de signes empruntés au langage classique des hôtels particuliers. L’escalier à quart tournant à l’intérieur ainsi que les décors en lambris des cheminées servent d’exemples pour Lucien Magne aux fondements de ses écrits sur la construction en bois. À l’entrée de l’hôtel, la cage de l’ascenseur en bois et en fer forgé est l’un des premiers ascenseurs hydrauliques de Paris. L’ensemble de ces éléments valent la protection de l’hôtel au titre du PLU (Plan Local d'Urbanisme). Finalement, l'hôtel particulier témoigne d'une volonté de faire cohabiter au mieux la structure et les décors.
Boiseries d'une des cheminées de l'hôtel dans l'Art appliqué aux métiers de Lucien Magne © Passerelles/Bibliothèque Nationale de France
L'hôtel s'est récemment transformé en espace de bureaux, par le studio Vincent Eschalier. Ce changement de destination implique des destructions partielles et la construction d'un nouveau bâtiment de cinq niveaux dans la cour. Malgré les demandes de modifications du projet par les Commissions du Vieux Paris (chargées de veiller au patrimoine parisien) et une forte contestation des riverains, ce projet voit le jour en 2021.
Hôtel Gaillard - Cité de l'économie
Photographie ancienne de la façade de l'hôtel © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Un projet d’ampleur dans le quartier
Si l’on trouve majoritairement des hôtels particuliers de petits gabarits dans le quartier de la Plaine Monceau, l’hôtel Gaillard est l’exception, avec ses grandes dimensions inspirées des châteaux des rois de France. Cet hôtel est ainsi parfois nommé « château Gaillard » et domine la place du général Catroux. Caractéristique des hôtels dits entre cour et jardin, il est construit par l’architecte Victor-Jules Février de 1878 à 1884.
Photographie de la façade principale de l'hôtel en 1918 © Charles Lansiaux/DHAAP
Réalisé pour le compte d’Émile Gaillard, régent de la Banque de France et administrateur des biens du comte de Chambord, l’hôtel est un exemple d’architecture éclectique remarquable dans le quartier. Passionné par la Renaissance architecturale et picturale ainsi que collectionneur, Émile Gaillard souhaite un nouveau lieu pour exposer ses œuvres mais aussi pour accueillir sa famille. Il rachète en 1878, deux terrains agricoles situés place Malesherbes afin d’y faire construire ce nouveau lieu ambitieux.
Sculpture d'Émile Gaillard sur l'hôtel particulier © OpenEdition journals
Dans cette logique, il commande à Victor-Jules Février un hôtel particulier directement inspiré du style Renaissance, de l’aile Louis XII du Château de Blois et de style néo-gothique. En rupture avec la conception classique qui met l’hôtel à distance de la rue, celui-ci adopte une morphologie en U, sur rue et sans porche. Cette morphologie permet de distinguer trois volumes accueillant une aile privée d’habitation, une aile publique pour les collections d’art et des espaces de services.
Du style néo-Renaissance au style néo-gothique
Photographie négative de l'aile Louis XII du château de Blois - Olivier Bourbeau © gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Proche de l’architecte Jules Édouard, auteur de la restauration du Château de Blois, Jules Février conçoit les façades de l’hôtel comme un véritable manifeste néo-Renaissance et néo-gothique dont la brique est le symbole. Son usage, justifié par le goût historiciste de l’époque, crée des façades très chargées aux traits grossis. Les briques sont ouvragées en motifs losangés roses foncés et noirs, comme à Blois. La régularité de sa pose indique une mise en œuvre des briques de façon mécanisée.
Détail des motifs de briques losangés © CAUE de Paris
Les fenêtres immenses, les arches au-dessus des portes, les lucarnes et les balustrades sont autant de signes du style néo-gothique. Tandis que, les formes arrondies, les arcs en plein cintre et les motifs antiques marquent l’inspiration néo-Renaissance. L’architecte puise dans ces inspirations diverses tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l'hôtel.
Modénatures de la façade principale © CAUE de Paris
Les gouttières avec leurs dauphins sont inspirées des dauphins du château de Blois.
Détail de dauphin sur la descente d'eaux pluviales © CAUE de Paris
À l’intérieur, les rez-de-chaussée accueillent les pièces de services, les appartements privés sont à l’entresol et le premier étage est l’étage noble, avec les salles de réception richement décorées (salons et galeries d’expositions). En 1885, Émile Gaillard organise un gigantesque bal dans ces salons pour l’anniversaire de sa fille. L’architecte fait appel à de nombreux artistes pour réaliser à l'intérieur les sculptures sur bois, les verres polychromes et les boiseries. Jules Loebnitz réalise les revêtements de l’escalier d’honneur. La décoration est aussi enrichie par des sculptures, des tapisseries, des meubles médiévaux soigneusement disposés par le propriétaire.
La fête donnée par M. Gaillard dans son hôtel de la place Malesherbes © Passerelles/Bibliothèque Nationale de France
Les changements de destination de l'hôtel
Décédé en 1902, les héritiers d’Émile Gaillard revendent l’hôtel et les collections du banquier. Ensuite loué à la Fédération Nationale de la Mutualité, ce n’est qu’en 1919 que l’hôtel est vendu à la banque de France. L’architecte Alphonse Drefasse est chargé de sa transformation jusqu’en 1923. Cette opération lourde maintient l’ensemble des volumes de l’hôtel en place.
Le chantier du futur hall Drefasse et son sous-sol © Licence Creative Commons
Le gros du projet consiste en la création d’une nef sur deux niveaux dans la cour de l’hôtel, reliant les trois bâtiments entre eux et constituant le hall de la banque sous verrière. Au sous-sol, se trouve une salle des coffres accessible par un plancher mobile, isolé par un fossé bétonné rempli d’eau sur deux mètres de hauteur. Malgré qu'il ait, à l'époque, l'autorisation de transformer l'architecture de l'hôtel, Alphonse Drefasse préserve le langage et les volumes initiaux, ce qui lui vaut la vive admiration de l'architecte Victor-Jules Février, concepteur initial du lieu.
La nouvelle verrière au-dessus du hall Drefasse pendant le chantier © Licence Creative Commons
La succursale de la banque de France ferme définitivement en 2006, laissant place au projet de la Cité de l’Économie et de la Monnaie. Cette transformation est entraînée par le classement complet du bâtiment aux titre des monuments historiques en 1999. Un projet muséographique et pédagogique se prête alors parfaitement au lieu. Des travaux permettront d'adapter le bâtiment aux normes d'accueil et de classement ERP (Établissement Recevant du Public), dans le respect du patrimoine existant. Pour l’ensemble de ces éléments architecturaux et décoratifs, l’ancien hôtel est également protégé au titre du PLU et inscrit à l’ISMH (Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques).
Hôtel Haviland
Façade sur rue de l'hôtel particulier © CAUE de Paris
Un souffle créateur à l'échelle du quartier
Le quartier, devenu un véritable laboratoire d’architecture, est le terrain de jeu de l’architecte Victor-Jules Février. Aussi architecte pour l’hôtel Gaillard, place du Général Catroux, Jules Février réalise entre 1880 et 1882 ce second hôtel, à deux pas du premier. Construit simultanément à l’hôtel Gaillard, l’hôtel Haviland est commandé par Charles Edward Haviland, fils du fondateur de l'entreprise de porcelaine Haviland. Fondée en 1840 par le père de Charles Edward, l’entreprise de porcelaine fournit officiellement la Maison Blanche au XIXᵉ siècle, ce qui participe de sa renommée. Connu pour être le quartier parisien de prédilection des grands industriels, monsieur Haviland, américain résidant à Limoges, fait le choix de s’installer à la Plaine-Monceau. Industriel, collectionneur et mécène, son goût pour l’architecture est prononcé.
Ainsi, à l'échelle du quartier se crée progressivement une émulation autour de l’architecture et les riches industriels et artistes s’inspirent les uns des autres pour la construction de leurs demeures. L’hôtel Gaillard constitue la source d’inspiration première de l’hôtel Haviland, lui-même inspiré de l’aile Louis XII du château de Blois, d’architecture Renaissance.
Photographie de l'aile Louis XII du château de Blois par l'Agence Rol © gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Jules Février calque ici un langage en façade qui lui permet d’être identifiable : usage de la brique aux modénatures losangés, fenêtres hautes, lucarnes et détails de gouttières, tous les éléments permettent de rendre compte du travail soigné et raffiné de l’architecte.
Détail de la brique aux motifs losangés et descente d'eau pluviale © CAUE de Paris
De la structure aux décors
Le goût pour l’architecture pittoresque encourage l’usage de nombreuses harpes de pierre blanche qui rythment la façade et rendent d’autant plus visible la composition de celle-ci. Divisée en trois grandes travées, la façade traduit, par ses modénatures, la structure intérieure du bâtiment. En effet, deux grands murs de refends (murs porteurs) divisent les espaces intérieurs de façon transversale : de la rue vers la cour en fond de parcelle. Ce rythme en façade est accentué par l’alternance de baies horizontales et verticales, pouvant indiquer des usages intérieurs.
Quatre niveaux sont habitables dans cet hôtel. Dans la première travée à gauche, se situe un escalier monumental desservant les deux premiers étages. On le devine derrière le vitrail divisé par trois grands montants verticaux. Au premier étage, au centre, se trouve le salon et la salle à manger, pièces de réception de l’hôtel, disposés derrière une large baie de cinq vantaux. Au deuxième étage, se trouve une grande bibliothèque. Un escalier de service permet finalement de desservir l’ensemble des étages.
Composition de la façade sur rue © CAUE de Paris
La décoration intérieure est très chargée et surabonde. Plafonds à caissons ouvragés, portes en bois sculptées, serrures frappées (avec le H de Haviland) et plafonds à poutres et solives habillent l’intérieur de l'hôtel. Signe de l’inspiration néo-Renaissance mais aussi signe de prospérité de la famille Haviland, le propriétaire affectionne ce vocabulaire historiciste.
La transformation de l'hôtel
Après la Seconde Guerre mondiale, l’hôtel quitte le parc immobilier de la famille Haviland. C’est l’ambassade de Corée qui occupe les lieux jusqu’en 1982. À cette date, le conservatoire Claude Debussy s’y installe. Comptant plus de 800 élèves, ce conservatoire spécialisé dans le théâtre et la musique occupe les lieux jusqu’en 2013. En 2016, le bâtiment est protégé au titre du PLU pour son architecture pittoresque aux inspirations gothique et Renaissance française. Après quelques travaux pour remettre aux normes incendies et sécuritaires l’ensemble du bâtiment, il est dédié à partir de 2017 à la Maison de l’Europe, qui forme à la citoyenneté européenne. L'hôtel, comme de nombreux autres dans le quartier, a récemment fait l'objet de scènes de tournage pour différents films et émissions.
Hôtel particulier du parfumeur Guerlain
Façade sur la rue de Tocqueville © CAUE de Paris
Une entreprise de parfumerie prospère
L’histoire de l’entreprise de parfumerie Guerlain démarre officiellement en 1828, lorsque Pierre-François-Pascal Guerlain, son fondateur, ouvre la première boutique de l’enseigne. En vogue pour la clientèle bourgeoise parisienne et pour les nombreux touristes qui arpentent la capitale, la parfumerie se développe rapidement et l’entreprise connaît un vif succès. La boutique, située au n°42 de la rue de Rivoli, s’installe alors dans un tissu urbain aux façades uniformes, selon les volontés de Napoléon, et en un lieu éminemment connu pour les riches touristes anglais et l’aristocratie parisienne.
Illustration de la boutique Guerlain rue de Rivoli © Gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
L’enseigne Guerlain devient rapidement le fournisseur officiel de parfum pour toute l’Europe mondaine et pour d'illustres reines de l'époque, la Reine d’Angleterre et la Reine d’Espagne. Face à ce succès, le besoin d’ouvrir de nouvelles boutiques plus spacieuses se fait sentir pour la marque. En 1844, Guerlain annonce la création d’une nouvelle boutique au n°11 de la rue de la Paix, dont la façade arbore un style Renaissance et constitue une des premières boutiques de luxe de cette nouvelle rue.
Boutique Guerlain rue de la Paix © Gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
La migration progressive des quartiers luxueux vers l’ouest parisien entraîne la construction de la fabrique des parfums, avenue de Saint-Cloud, aujourd’hui avenue Victor-Hugo. Le quartier n'est alors pas encore urbanisé et l'usine est entourée d'un large parc. L’entreprise se rapproche au fil du temps du 17ᵉ arrondissement et du quartier des Champs-Elysées.
Fabrique de parfumerie Guerlain © Gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Après le décès du père en 1864, les deux fils reprennent l’entreprise pour en assurer la gestion et la création des parfums. Aimé Guerlain, un des deux fils, souhaite témoigner de la prospérité de l’entreprise en faisant construire un hôtel particulier dans un style pastiche Renaissance, à la mode au XIXᵉ siècle. Il fait appel à l’architecte des monuments historiques, Paul Selmersheim, pour le réaliser et lui commande un espace de 500 m² qui peut accueillir douze pièces distinctes. Il se trouve au cœur d’un des nouveaux quartiers chics parisiens, rue Legendre.
L’architecte fait construire le projet en 1880. Cette date figure d’ailleurs sur la façade de l’hôtel et est sculptée en italien dans la pierre, marquant l’inspiration Renaissance. Cet hôtel exprime clairement un style architectural éclectique aux nombreux détails tantôt visibles tantôt dissimulés en façade.
Inscription « Anno 1880 » sculpté dans la pierre de la souche de cheminée © CAUE de Paris
Un vocabulaire de la monumentalité
L’hôtel se trouve à l’angle de trois rues, ce qui lui vaut une morphologie particulière reconnaissable par ses pans coupés en façade. Ces dernières, visibles de part et d’autres des rues, encouragent l’architecte à travailler l’ensemble à la manière d'une façade principale. L’architecte joue avec la polychromie : un soubassement en pierre de meulières surmonté de brique rouge et noire, dont le motif losangé est familier dans le quartier. Au centre du motif se trouve des poinçons de briques brune et aux encadrements de baies sont disposées des pierres blondes.
Motifs losangés en brique rouge et noire © CAUE de Paris
Les influences architecturales sont nombreuses. Rue de Tocqueville se dresse un pignon à escalier d’inspiration flamande. Au rez-de-chaussée, la grande verrière laisse penser que se trouvait auparavant une partie des ateliers du parfumeur.
Le pignon à escalier d'inspiration flamande © CAUE de Paris
Les nombreux décors sculptés de la façade sont directement inspirés de la Renaissance italienne, identifiables grâce aux chérubins, aux mascarons (représentant une figure humaine effrayante) et aux éléments végétaux et animaliers qui ornent les édifices.
Détails de sculptures taillées dans la pierre © CAUE de Paris
Rue Legendre, le triplet de baies, les fenêtres à meneaux et les lucarnes à meneaux évoquent la Renaissance italienne. On trouve également une voûte en plein cintre autour de la porte d’entrée. Les références au passé sont utilisées en abondance. Ici, l’usage de la brique permet à la fois de mettre en valeur les différents éléments sculpturaux en façade et devient, par son association avec la pierre, un symbole de monumentalité, objet de créativité et de liberté des architectes. La brique est à la fois utilisée en motifs et en continuité, pour servir de toile de fond contrastée aux sculptures de pierre.
L'entrée principale de l'hôtel avec la brique en motif à gauche et en continuité à droite © CAUE de Paris
Rue Léon Cosnard, se trouvent les ateliers du parfumeur au rez-de-chaussée, visibles derrière la verrière d’angle en structure métallique. C’est ici qu'est créé le parfum Vicky, fameux pour rompre complètement avec les conventions de la parfumerie (intégration de composants de synthèse). Sur cette même façade, se trouve une cour cernée de murs en brique et à colombages en bois. La multitude de langages invoqués pour ce projet témoigne de l'intérêt de l’architecte et de son commanditaire pour les références historiques, signe de prospérité.
La cour et ses façades à colombages © CAUE de Paris
La première boutique ouvre avenue des Champs-Elysées en 1914 puis place Vendôme en 1935. Finalement, l’hôtel particulier sort de la propriété de l’entreprise et est vendu en 2009 à un propriétaire anglais. Il appartient finalement depuis 2013 à un français fortuné.
Illustration de la boutique Guerlain des Champs-Élysées © Gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France
Ancienne école des Hautes Études Commerciales
Façade de l'école depuis la rue de Tocqueville © CAUE de Paris
La brique au service d'une architecture économique et efficace
Cette étape couvre une période historique beaucoup plus tardive. L’École des Hautes Études Commerciales est construite dans l’entre-deux guerres, en 1928. Si le bâtiment est bel et bien réalisé en brique, cela n’est pas motivé par les mêmes raisons que les hôtels particuliers précédemment abordés. Ici, la brique utilisée en grande quantité, traduit la motivation économique de son usage. Elle a le rôle de remplissage en façade sur des structures en béton.
L’architecte Georges Lisch conçoit ce projet. Fils de l’architecte Juste Lisch, architecte au service de l’État, il travaille dans la même veine que son père et collabore de nombreuses fois avec lui au cours de sa carrière. Avant la guerre, son activité principale dépend d’une clientèle d’aristocrates et d’industriels fortunés pour lesquels il entretenait ou créait des châteaux et hôtels particuliers. Il réalise notamment la modernisation et la restauration du château de Vaux-le-Vicomte et celle de l’hôtel de Lauzun à Paris.
Hôtel de Lauzun à Paris aux éditions Neurdein Frères © Paris Musées/Musée Carnavalet – Histoire de Paris
La Seconde Guerre mondiale marque une phase de sa carrière. La société est radicalement transformée par cet évènement, les projets de l’architecte s’en verront eux aussi impactés. Désormais tourné vers des équipements publics, il réalise deux grands projets d’envergure : la reconstruction du village de Béthancourt-en-Vaux, détruit par la guerre, et les nouvelles sucreries d’Eppeville, dans la Somme.
Élévation de la sucrerie d'Eppeville par Georges Lisch, façade en brique, fer et verre © Région Hauts-de-France, inventaire général
L'héritage de l'architecture éclectique du XIXᵉ siècle
Des hôtels particuliers réalisés par l’architecte à ce bâtiment industriel, la présence de la brique demeure centrale. Inspirée par les réalisations en brique de son père en périphérie parisienne, mais aussi architecte hygiéniste, Georges Lisch accorde un intérêt particulier à l'idée de lier la modernisation aux traditions artisanales. Par ce double héritage, l’architecte apporte un soin particulier à l’assemblage des briques et à la création de modénatures qui animent les façades.
Photographie zoomée de la façade principale des sucreries d'Eppeville © Didier Rykner
Le projet de l’école des Hautes Études Commerciales prend donc racine dans le parcours de son auteur et traduit à la fois l’époque historique et architecturale dans lequel il s’inscrit, autant que l’héritage stylistique propre à l'architecte. L’école de la rue Tocqueville constitue l’extension de l'établissement d’origine, situé au n°108, boulevard Malesherbes et ouvert depuis 1881.
Ce bâtiment est construit en structure béton dissimulée derrière des façades en pierre et en brique rouge. Friand du style Louis XIII, l’architecte conserve tout au long de sa carrière un vif intérêt pour l’assemblage colorimétrique du rouge et du blanc.
La façade principale en brique et en pierre © CAUE de Paris
La trame régulière des ouvertures et leurs dimensions traduisent l’usage du bâtiment mais aussi l'économie réalisée dans la construction de l’édifice. L’architecte prend tout de même le soin de dessiner des modénatures travaillées au niveau des allèges basses des fenêtres. Ce détail constitue un motif géométrique en relief, distinctif du bâtiment.
Allèges basses en brique rouge de la façade principale © CAUE de Paris
En 1964, l’école HEC du n°108, boulevard Malesherbes est transférée à Jouy-en-Josas. Les locaux du n°49 rue Tocqueville sont donc vidés et accueillent désormais la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Île-de-France.
Lotissement du square Gabriel-Fauré
Square Claude-Debussy © CAUE de Paris
La brique, matériau de prédilection des HBM
Durant l’entre-deux guerres, une nouvelle forme d’habitat émerge à Paris et se multiplie dans les quartiers périphériques de la capitale : les Habitations à Bon Marché (HBM). Ces nouveaux aménagements urbains, de grande envergure, sont constitués de logements sociaux en grand nombre. Conçus dans des morphologies d’îlots singulières, les HBM doivent permettre de favoriser la circulation de l’air et de la lumière à une époque où les logements en ville manquent de salubrité et où la tuberculose sévit. Ils sont ainsi organisés autour de cours ouvertes et sont multi orientés. Ces ensembles ont la particularité d’être construits en structure béton dissimulée derrière un remplissage en brique. L’usage de ces matériaux est donc motivé par un souci d’économie, d’efficacité constructive et d’entretien minime dans le temps. La brique récupère ici son statut de matériau économe par son usage en masse.
HBM en construction dans Paris © APUR
Le quartier Legendre-Lévis accueille l’un de ces ensembles : le lotissement du square Gabriel-Fauré. Construite à partir de 1927 et livrée en 1931, cette opération de lotissement est conçue par le célèbre architecte Henri Sauvage. Architecte du XXᵉ siècle formé à la pensée rationaliste, il produit des projets à la fois singuliers et formels, répondant aux besoins constructifs de son temps. Il commence sa carrière avec des commandes privées sophistiquées de style Art nouveau, comme la fameuse Villa Jika à Nancy.
1898-1902. Villa Jika pour Louis Majorelle, Nancy (Meurthe-et-Moselle) : vue ext., n.d. (cliché anonyme) © Nancy, musée de l’Ecole de Nancy, fonds Jacques Majorelle
Avec son associé Charles Sarazin, ils prônent une architecture accessible à tous et la présence de l’art à tous les niveaux de la ville. Ils réalisent ensemble plusieurs projets d’immeubles ouvriers et d’HBM dans Paris pour la Société des Logements Hygiéniques à Bon Marché. Adoptant une écriture post haussmannienne, on retiendra leur première opération construite d’HBM en 1903-1904, au n°7, rue Trétaigne, dans le 18ᵉ arrondissement. En structure béton et remplissage brique, favorisant une économie de moyen, cet immeuble arbore tout de même des décors évocateurs de l’Art nouveau, auxquels les architectes sont attachés.
1903. Immeuble d’habitation hygiénique à bon marché, rue de Trétaigne, Paris 18ᵉ : vue de la façade sur rue, n.d. (cliché anonyme) © Cité de l’architecture et du patrimoine, fonds Sauvage, Henri (1873-1932), 18 IFA 29
Une opération novatrice de seconde génération
Quant à l’opération du square Gabriel-Fauré, elle est réalisée plus tard, durant la seconde génération des HBM (1927-1939). La répartition des immeubles autour d’allées centrales ainsi que la morphologie en peigne sont tirées des théories hygiénistes de l’époque.
Cette opération intègre une diversité de typologies d’immeubles, propres à cette seconde génération et issues des retours et expérimentations déjà réalisées au début du XXᵉ siècle. Henri Sauvage intègre différents standings d’immeubles au sein du même lotissement, destinés à des populations diverses. Dans une première séquence se trouve d’abord des façades HBM courantes, reconnaissables par leur matérialité et leur composition. La brique est ici utilisée en bande ou en fond uni et les variations de couleurs sont légères, rythmant le linéaire construit.
Square Emmanuel-Chabrier © CAUE de Paris
En poursuivant au fond de l’allée du square Emmanuel-Chabrier, nous remarquons des façades distinctes d'ateliers d’artistes, visibles par les dimensions des ouvertures. En effet, Henri Sauvage intégrait déjà des ateliers d’artistes dans certains immeubles de rapport parisien. Cette typologie, en vogue à l’époque, est identifiable par une écriture aux lignes géométriques épurées et par une hauteur sous plafond importante, baignant les pièces de lumière et favorisant la pratique de la peinture et du dessin. Les briques disposées en continuité permettent de lire davantage ces grandes ouvertures, qui sont marquées par de grands linteaux blancs.
Ateliers d'artistes au niveau du square Emmanuel-Chabrier © CAUE de Paris
Ce système d’ateliers d’artistes était déjà élaboré par l’architecte dans l’immeuble du n°124, rue de Provence dans le 8ᵉ arrondissement et conçu pour les ateliers de l'ébéniste Louis Majorelle.
Lotissement du square Gabriel-Fauré
Projet SAUHE-C-1927-4 - Immeuble d'habitation, square Gabriel-Fauré et rue Legendre, Paris 17ᵉ. 1927-1931 © Cité de l'architecture et du patrimoine, P-18-139-002
Les expérimentations architecturales d'Henri Sauvage
Simultanément à l’élaboration des immeubles HBM, Henri Sauvage s’est aussi consacré à de nombreuses expérimentations architecturales pour industrialiser la construction et la rendre efficace, économique et hygiéniste. L’architecte propose aussi de nouveaux systèmes constructifs et des formes architecturales novatrices qu’il fera breveté dès le début du XXᵉ siècle.
Au n°4, du côté du square Gabriel-Fauré, l’immeuble dénote parmi les briques avec sa façade lisse en béton. Les derniers niveaux de l’immeuble sont marqués par des retraits en gradins, favorisant la circulation de l’air et de la lumière : un des systèmes brevetés par Henri Sauvage depuis 1912.
État actuel de l'immeuble n°4 © CAUE de Paris
L’immeuble, par son alignement et ses deux premiers niveaux en pierre, s’intègre de façon harmonieuse dans l’ensemble HBM malgré ce changement de matérialité.
Cette dernière séquence du square témoigne d’un standing d’habitations plus élevé. En effet, par la présence de longs balcons, les débords de façades arrondies, les gradins des derniers niveaux et les ferronneries, l’architecte cherche à exprimer un langage plus proche de l’immeuble de rapport que des HBM. Seule la matérialité et la dimension des baies traduisent de ce statut.
État actuel de l'immeuble n°2 © CAUE de Paris
Le travail des rez-de-chaussée et le traitement des entrées d’immeubles marquent encore davantage ce standing. Des arches en briques polychromes d’une certaine profondeur signale l’entrée de l’immeuble n°2. Le compositeur Albert Roussel, comme de nombreux autres artistes, a résidé dans cet immeuble de 1929 à 1937.
Entrée de l'immeuble n°2 © CAUE de Paris
Finalement, à travers les différentes constructions réalisées en brique, on peut percevoir le rang social auquel ont pu appartenir les différents propriétaires et locataires des immeubles. La brique permet donc ici de comprendre à la fois le système d'une architecture reproductible mais aussi le langage singulier propre à un architecte.
Activités annexes
Accéder au parcours
Bus
Monceau (ligne 30)
Métro
Monceau (ligne 2)
Vélib'
Parc Monceau (station n°17018)

